vendredi 26 décembre 2014

La baisse de l’euro suffira-t-elle pour notre croissance ?



L’euro baisse par rapport au dollar et avoisine 1,22$ pour 1 euro (0,82€ pour 1 dollar) alors que nous avons atteint 1,60$ en 2008 et que nous étions à 1,31 début septembre. En 2007 la France se portait encore relativement bien avec un euro fort, elle se porte mal aujourd’hui avec un euro plus faible. Ajoutons de plus que le prix du baril de pétrole est au plus bas, ce qui n’était pas le cas en 2007 où il atteignait les 100$ le baril alors qu’il est redescendu en décembre 2014 à 56$. La situation apparaît favorable puisque la baisse concomitante de l’euro et du prix du pétrole affecte peu le coût de nos importations en pétrole et facilite nos exportations. On devrait donc sentir un net regain de croissance, or les chiffres de la croissance en novembre sont à peine dans les clous de la prévision budgétaire et le chômage augmente.

La demande de la baisse de l’euro faite par Arnaud Montebourg ne semble donc pas la solution à nos difficultés, en tous cas à court terme. La raison en est simple. Nous ne sommes pas un pays « tout exportation » comme l’Allemagne et notre capacité de production est devenue faible et même en régression constante. On ferme plus d’entreprises que l’on n’en crée. Notre croissance est essentiellement soutenue par la consommation. Or lorsque l’on produit peu, une part importante de la consommation est d’origine étrangère. Nous sommes le premier client de l’Allemagne et nous représentons le couple moteur de la zone euro. 

La baisse de l’euro n’affecte en rien le coût de nos achats à l’Allemagne et ne joue que sur les exportations hors zone euro. N’oublions pas que notre balance commerciale est en déficit de l’ordre de 70 milliards. Tout au plus pouvons-nous espérer le diminuer quelque peu. La diminution de la consommation due à une politique d’austérité entraîne la baisse des importations qui s’ajoute à une hausse probable des exportations hors UE. Mais l’impact sur la croissance restera faible car l’effet sur l’exportation risque d’être compensé par la baisse de la consommation affectant les produits « Made in France ». 

L’Allemagne par contre voit ses exportations hors UE facilitées sans que ses industries soient pénalisées par un renchérissement du prix du pétrole dont elle est le plus gros consommateur européen. La baisse du prix du pétrole payé en dollar compense ainsi la baisse de l’euro. Par contre la faible croissance, voire la récession, dans les pays de l’UE, ajoutée la politique d’austérité à l’allemande en particulier sur les pays du sud, a un impact sur la consommation de nombreux pays clients de ce pays. La croissance allemande s’en trouve affectée. 

On pourrait donc aussi avancer que la sortie de l’euro avec dévaluation de la monnaie nationale, que les souverainistes et le FN prônent, ne produira lui que des effets encore plus négatifs avec des fuites de capitaux, des mesures spéculatives sur les monnaies nationales, un renchérissement des importations, etc
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Il faut bien avoir à l’esprit que dans le monde d’aujourd’hui, et ce depuis la seconde guerre mondiale,  l’économie se joue entre trois entités : la monnaie du pays, le dollar et le prix du baril. La monnaie de notre pays est devenue l’euro dont le pilotage est assuré par la BCE, laquelle joue en fonction de la Fed américaine. L’Allemagne détient la majorité des fonds de la BCE avec 27,6%, la France 20%. De fait c’est l’Allemagne qui impose le tempo à l’économie et à la finance européennes et qui accumule les dettes souveraines des pays en difficulté comme la Grèce. La France est sous une double dépendance seigneuriale, les Etats-Unis (qui peuvent faire des injections monétaires ex-nihilo, dites planche à billet, et imposent le dollar pour les achats pétroliers) et l’Allemagne (qui impose une politique d’austérité et une dépendance des pays en difficulté). 

En particulier depuis la crise de 2008, les écarts entre les économies européennes se sont creusées aux dépends des pays du sud et de l’Irlande. L’euro a montré son inefficacité à être un rempart pour notre économie en particulier. Il est devenu une machine à enrichir l’Allemagne par le transfert d’argent des économies faibles vers elle par le biais des importations. Sortir de l’euro, c’est briser la dépendance de notre économie et celle des pays du sud pour un rééquilibrage des monnaies permettant de diminuer la quantité des produits importés de par leur renchérissement et d’augmenter nos exportations non seulement hors UE mais à l’intérieur. Alors on peut espérer faire renaître et développer des entreprises, et retrouver la croissance et l’emploi. La prédiction du prix Nobel Milton Friedman, lors d’une interview donnée à la Hoover Institution, en 1999, s’avère prémonitoire : 

« Lorsque vous avez des pays qui parlent la même langue, lorsque des mouvements de population ont lieu entre les pays, lorsque des systèmes d’ajustement existent pour contrer les chocs asymétriques sur les différents pays, les États-Unis sont une bonne zone pour une monnaie unique. Mais l’Europe est l’opposé de tout cela. Ses habitants ne parlent pas la même langue et ont différentes coutumes. La mobilité est réduite entre les pays. Le taux de change de ces différents pays était un mécanisme par lequel ils pouvaient s’ajuster face à des chocs qui les touchaient de façon asymétrique. En fait, les Européens ont fait le pari de jeter ce mécanisme d’ajustement par la fenêtre. Mais au final, je pense que cela sera une grande source de problèmes. Les problèmes ne se poseront pas pour tout le monde. Certains seront affectés par des situations qui étaient réglées par des dévaluations. Mais en raison du fait qu’ils sont bloqués dans un système à monnaie unique, l’alternative sera une récession. » 

La baisse de l’euro n’affectera que peu la croissance 

Si nous restons dans la zone euro, malgré la chance 

Que le prix du baril suive cette baisse, sauf… 

Si l’Allemagne en sort… avant nous ! 

Claude Trouvé

Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon