mercredi 3 décembre 2014

Mon cher et vieux pays, où vas-tu ? (3ème partie : la fin de la Vème République)



Le constat est amer mais, comme en 1938 où nous glissions vers la guerre les yeux fermés, nous glissons vers la perte de souveraineté et vers le déni de démocratie qui nous ferme les yeux. Nous glissons peut-être aussi vers la guerre, endormis dans les bras de l’OTAN. Pourtant c’est bien du peuple que viennent les vents de révolte et le refus de la Constitution Européenne détourné par le Traité de Lisbonne est toujours dans les mémoires. La dernière consultation sur les européennes a conforté le FN pour qui ce scrutin était jusqu’alors défavorable. Sa position sur l’Europe a cette fois payé. On voit même Nicolas Sarkozy remettre en cause le joug de l’Europe, lui qui a préparé le traité budgétaire européen que l’on nomme le TSCG, lui le fervent de la règle d’or, partant sabre au clair pour imposer l’équilibre budgétaire par voie européenne. Son ralliement soudain, après avoir rallié l’OTAN, laisse quelques inquiétudes sur la solidité de son opinion qui suit les vents du moment… électoral.

Certains à gauche réclament une sixième république, alors que nous nous redirigeons vers la quatrième avec l’affaiblissement du président de la république, les clivages de plus en plus nombreux au sein des partis, à la multiplication des petits partis à gauche, à droite et au centre, à la montée des corporatismes. Tout ceci a une odeur de quatrième et de pays ingouvernable avec un exécutif faible, une confiance du peuple au plus bas. Avant 1958, le peuple ne croyait plus en rien et surtout plus dans les politiques affublés de « ballets roses » après l’affaire Le Troquer à la fin des années 1950. Les aventures sentimentales du Président intéressent plus que ses discours auxquels plus personne ne croit. Avec deux slogans, sortir de l’euro et limiter l’immigration, le FN rafle la mise des convaincus et des mécontents de gauche et de droite, sans avoir à s’emparer des micros que l’on ne peut plus lui refuser comme auparavant. 

La Vème république n’existe plus, son costume ne peut plus habiller le Président. Ce costume d’apparat est devenu celui d’un attaché commercial portant la cravate de travers. Les politiques économiques alternant celle de l’offre et de la demande, ou les deux à la fois, les réformes sociétales et éducatives, le chômage, l’immigration, la perte d’identité nationale, la pression fiscale, ont chamboulé la tête des français. Ce charivari incessant les a divisé entre les riches et les pauvres, entre les conservateurs et les progressistes, entre les patrons et l’État, entre les patrons et les syndicats, entre les tenants de la diversité et de la discrimination positive contre ceux de la limitation migratoire et de l’assimilation, entre les églises qui ferment et les mosquées qui ouvrent, entre ceux qui paient l’impôt et ceux qui n’en paient pas, entre ceux qui veulent l’égalité des résultats scolaires et ceux qui veulent l’école du mérite, entre ceux qui vident les prisons et ceux qui en veulent d’autres, etc. etc. 

La cacophonie a envahi les gouvernements, où chacun se croit autorisé à parler d’un domaine qui n’est pas le sien sous prétexte qu’il participe au Conseil des Ministres. Un Ministre s’exprime, un autre vient aussitôt « corriger » les paroles du premier. Le Président fait faire un pas en avant à son Premier Ministre et fait aussitôt un pas en arrière, mêlant dans la confusion les responsabilités du Président et de son Premier Ministre. Le manque de résultats doit alors trouver un bouc émissaire, l’état déplorable de finances laissé par la droite, les contraintes inadmissibles de Bruxelles, les patrons qui ne jouent pas le jeu. Nous sommes déjà entrés dans une VIème République qui ne réussit pas sa mue passant d’un corset trop large dans un sac déformable sans tenue nécessaire pour y entrer. La France va cul par-dessus tête, hagarde, et louche un œil sur Obama et l’autre sur Angela Merkel. 

La France doit-elle revoir les institutions pour officialiser la VIème ? Il n’y a pas de sens à discuter des institutions si la France n’est plus un État souverain. Cela place d’emblée la question de la souveraineté au centre du débat. Encore faudrait-il définir où nous en sommes arrivés et où nous voulons aller. Nous avons déjà bricolé la Vème sous l’impulsion de Jacques Chirac en ramenant le mandat présidentiel à 5 ans, ce qui fait que quand c’est mal parti, l’Assemblée Nationale laisse les moyens d’agir pendant tout le mandat à un Président déjà répudié par le peuple créant de plus une confusion des responsabilités entre le Président et le Premier Ministre, ce qu’avaient voulu éviter Michel Debré et Guy Mollet. Cela devient d’autant plus une séparation du pouvoir et du peuple que le référendum est désormais abhorré. 

Après s’être laissé aller, sous la pression des lobbies, à faire chorus avec les technocrates de Bruxelles, l’OTAN et la Cour de Justice Européenne, Nicolas Sarkozy en revient, comme par hasard, à retrouver les vertus du référendum qui lui redonnerait un peu du poids abandonné à Bruxelles… si le résultat est conforme à son attente ! Comme le gamin qui hésite entre le beurre ou la confiture sur son pain, nous entrons dans une valse-hésitation entre la souveraineté qui fuit et le fédéralisme qui avance. Comme le gamin nous voulons le beurre et la confiture. Pour montrer à l’extérieur nos petits biceps, nous nous dépêchons de trouver des conflits à la mesure de notre armée, nous jouons la mouche du coche pour les autres, en Syrie, en Iran, en Ukraine, en Irak. Nous retenons le Mistral à quai à coups de milliards à perdre et nous prononçons avant les États-Unis la reconnaissance de la Palestine qui n’a pas encore de vrai gouvernement et est en plein conflit interne. Nous ne sommes plus dans la politique de la chaise vide mais dans celle du strapontin avant d’être dans celle… du siège éjectable ! 

Comme dans les intempéries du Sud-Est la France va à vau-l’eau. 

C’est dans les vêtements trempés du Président 

Que la Vème se rétrécit et tente de se muer 

Dans une VIème qui en revient à la IVème. 

Vive la République Une et Divisible ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon