mardi 9 mai 2017

Victoire écrasante et consensus médiocre



Avec 66% des votes favorables, Emmanuel Macron est l’un des Présidents de la République les mieux élus, mais un regard plus approfondi sur les chiffres dévoilent au contraire un consensus médiocre de la part du corps électoral. La France compte 51,5 millions de citoyens en âge de voter et Macron a recueilli 20,8 millions de voix soit 40,3% des français pouvant voter. 30,7 millions de français n’ont donc pas voté pour lui (10,6 millions pour Marine, 12,1 millions d’abstentions, 4,1 millions de votes blancs et nuls, 3,9 millions de non-inscrits). Le Président de tous les français ne peut donc s’appuyer que sur un peu plus d’un français sur trois pour soutenir sa politique. Si l’on enlève les 3,9 millions des non-inscrits, c’est seulement 43,6 % des électeurs inscrits qui soutiennent son programme et sa personne. Avec un parti « En Marche » qui n’existe que dans la tête des électeurs, des partis traditionnels éclatés mais qui n’attendent que leur revanche, la victoire sans appel peut se transformer en victoire à la Pyrrhus lors des législatives du 18 juin.

Avec une abstention record de 25,44% et surtout une augmentation de 3,21 points de plus par rapport au premier tour, le recul des français est déjà notoire et montre qu’il s’agit bien du vote ni-ni et non d’un désintéressement affiché. L’abstention est toujours considérée comme un acte non-citoyen et rebute toujours une partie des électeurs, en particulier dans les petites communes où tout le monde se connait plus ou moins. Donc une augmentation de 14,4% des abstentions entre le premier et le second tour marque bien que la dynamique d’adhésion du premier tour a trouvé ses limites. Mais les votes blancs et nuls sont encore venus étayer un peu plus ce vote ni-ni. Avec 4,1 millions soit 11,47% des votes, les bulletins blancs et nuls ont non seulement battu le record mais ont été multipliés par 4,5 entre le premier et le second tour. C’est très grave pour un Président qui a bâti sa campagne sous le signe du rassemblement. Son socle d’adhésion spontanée du premier tour, où les électeurs avaient encore le choix, de 20,8 millions de voix se voit opposer 16,2 millions d’abstentions, de votes blancs ou nuls au second tour. Ces derniers ont augmenté de près de 50% entre les deux tours. 

8,7 millions de français avaient voté pour Emmanuel Macron au premier tour, donc il a rallié 12,1 millions d’électeurs au second tour dont on est en droit de penser qu’il s’agit essentiellement de votes CONTRE Marine le Pen qui n’a récolté que 2,9 millions de plus. Si l’on ajoute que cette dernière a joué battue le dernier round de la confrontation télévisée, on peut prévoir que beaucoup de ces votes manqueront au mouvement « En Marche » lors des législatives, en tout cas au premier tour. De 24,2% d’abstentions, blancs et nuls au premier tour, on est passé à 36,9% au second tour de 2017. De 25,5% d’abstentions, blancs et nuls au second tour de 2012, on est passé à 36,9% en 2017, soit une augmentation de près de 50% !

Je profite de ces chiffres pour tordre le cou à l’idée que ce sont les abstentionnistes qui ont porté Macron à la Présidence lors du deuxième tour. Les abstentionnistes, les votes blancs et nuls ont augmenté de 4,6 millions entre le premier et le second tour alors que la différence de voix entre Macron et Le Pen a été de 10,1 millions. On voit bien que cela n’aurait rien changé et ceux qui ont voté CONTRE Macron ont simplement détourné la réalité du vote démocratique. Comme la même chose s’est produite CONTRE Marine Le Pen, on ne sait plus à l’issue du second tour qu’elles sont les réels soutiens des deux candidats à part les votes du premier tour. Par contre il est intéressant de comparer le chiffre des abstentionnistes, blancs et nuls en plus du second tour, soit 4,6 millions, à celui de la somme des voix obtenues par les deux candidats au premier tour, soit 16,3 millions, aussi au nombre de voix supplémentaires portées sur ces deux candidats au second tour, soit 14,4 millions. On voit que, parmi les électeurs qui n’avaient pas voté pour l’un des deux candidats au premier, 78% d’entre eux ont choisi de voter POUR ou CONTRE au second tour. C’est donc bien eux qui ont fait la décision et non ceux qui ont voté Ni-Ni. 

Faisons en plus l’hypothèse que, n’ayant plus leur candidat du premier tour, ils aient voté POUR que pour la moitié d’entre eux selon la répartition finale de 2 contre Le Pen et 1 contre Macron. On voit que cela se répartirait en 26% et 13%, soit au second tour 12,4 millions de voix pour Macron, au lieu de 20,8, et 9,6 millions pour Le Pen, au lieu de 10,1. Si donc l’autre moitié, soit 7,2 millions s’était abstenue, le taux final d’abstention, serait passé de 12,1 millions à 19,3 millions, soit un taux d’abstention de 25,4% à 40,5%. Si l’on y ajoute les 11,5% de votes nuls et blancs du deuxième tour, on atteint 52% des votes de participation ! Emmanuel Macron aurait eu 56,5% des voix, et Marine Le Pen 43,5% des votes exprimés. Ceci montre au passage que Macron a rassemblé plus que Marine Le Pen en voix POUR au second tour. Même si l’on garde la répartition 66,1% Macron, et 33,9% Le Pen dans les votes exprimés, et que l’on inclut ce nouveau taux d’abstention, blancs et nuls de 52%, dans la répartition des pourcentages sur les électeurs inscrits, soit 47,6 millions d’électeurs, on obtient un résultat très différent (graphique ci-contre).

Cette petite étude montre que le consensus pour le nouveau Président est faible puisqu’en réalité seuls environ 1/3 des français ont voté réellement POUR et surtout que la moitié des français pourraient ne pas lui apporter leur soutien en plus de ceux qui ont voté POUR Marine Le Pen. Mais il montre aussi que la pratique du vote CONTRE détruit la réalité du vote démocratique. En l’occurrence il cache, même à l’extrême qu’aucun des deux candidats ne convient pas à la moitié des électeurs inscrits ! La proposition faite par l’un des candidats du premier tour, François Asselineau, prend alors tout son sens. Le vote blanc, serait compté dans les votes exprimés. Ceci inciterait les abstentionnistes à aller voter avec l’intérêt de l’expression du Ni-Ni cette fois par le vote blanc. On pourrait même concevoir que lorsque le nombre cumulé des abstentions, et des votes blancs et nuls, est majoritaire, le vote serait annulé et une nouvelle campagne serait ouverte avec d’autres candidats. Il est en effet parfaitement anti-démocratique que nous soyons désormais gouvernés par un élu qui ne représente même plus vraisemblablement le tiers des inscrits sans compter les non-inscrits. Malheureusement le deuxième tour des législatives de juin risque encore de ne pas faire concevoir aux électeurs que le vote CONTRE n’est pas souhaitable et de voir une carte électorale faussée avec en plus le manque de proportionnalité qui exclut les petits partis de l’Assemblée Nationale. Cette pratique favorise l’apparition de monarques qui deviennent les véritables fascistes pour une oligarchie financière qui n’a aucune sollicitude pour les peuples.

Notre démocratie se dévoie de plus en plus. 

Après les primaires à l’américaine

Le vote CONTRE finit 

De la pourrir !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon