lundi 29 mai 2017

Regard sur l’évolution de la géopolitique mondiale (suite)



Avant de regarder au-delà du monde occidental, il faut jeter un dernier coup d’œil sur l’Union Européenne où les dissensions prennent de l’ampleur au fil des mois désormais. Si La France de Macron se dit prête à resserrer les rangs autour de Merkel, les idées qu’évoquent certains des grands pays endettés, dont la France, génèrent déjà de vives réactions. L’idée d’un gouvernement de la zone euro ne peut évidemment pas faire la joie d’un grand pays comme la Pologne, la poursuite de cette idée ne peut que créer une cassure entre zone euro et hors zone. Mais à l’intérieur de la zone euro, l’idée d’avoir une politique économique commune et surtout celle de mutualiser la dette, est loin de faire un consensus. La Finlande vient même de faire savoir que si cette idée lui était imposée, elle n’hésiterait pas à sortir de cette zone donc d’engager un Finexit puisque la sortie de la zone n’est pas prévue dans les traités. On sait de plus que nombre de pays font des accommodements avec le traité de Schengen, allant jusqu’à fermer leurs frontières comme la Hongrie. La gestion du flux migratoire va continuer à polluer les discussions internes à l’UE.

Le problème de fond de la primauté de l’Allemagne, dû à son excédent commercial brandissant et à la baisse des exportations des pays où l’euro est trop fort pour leur économie, génère de plus en plus une attirance des capitaux sur la Bundesbank dont surtout les obligations pourries. En cas d’éclatement de l’UE, chacun se prépare à mettre ses œufs dans le meilleur panier. Une énorme bulle est en train de se former en Allemagne bâtie sur des valeurs papier… sans valeur. Par ailleurs les mouvements indépendantistes prennent de l’ampleur constamment, dopés par le Brexit. L’arrivée de plus en plus massive de troupes américaines (de l’OTAN) sur le sol de l’UE ne fait qu’attiser ces sentiments de dépossession et d’envahissement d’autant plus que ces arrivées se font de moins en moins discrètes. Ajoutons enfin que la situation de l’Italie et de la Grèce ne cesse de se dégrader rapidement. Les conditions imposées à la Grèce pour débloquer une nouvelle tranche du prêt sont un nouveau tour de vis à leur niveau de vie. En plus les prêts sont accordés en dollars, ce qui fait qu’il devient de plus en plus difficile pour la Grèce d’envisager une sortie de l’euro, ceci se ferait avec une dévaluation de 50% de la drachme alors que les prêts ne seraient pas automatiquement convertis 1 pour 1 dans la nouvelle monnaie nationale. 

Le pré carré de l’Europe sous contrôle américain ne cesse de s’agrandir. La Turquie remet la pression pour son intégration avec la victoire d’Erdogan aux élections. Les Etats-Unis ne font que l’encourager car il faut faire coïncider OTAN et UE. L’Ukraine qui sombre dans la misère et dans une prise de pouvoir des nazis ne respecte plus les accords de Minsk. Le sujet était à l’ordre du jour de la rencontre Macron-Poutine aujourd’hui. On ne peut pas en espérer une évolution notable car les américains ont mis des personnels à eux dans les principaux rouages ukrainiens, particulièrement financiers. L’UE est absente et rien ne peut être résolu sans qu’un accord États-Unis – Russie se fasse sur le sujet. On peut prévoir que cela devra se terminer par l’indépendance des Républiques du Donbass et de Lougansk. Le reste de l’Ukraine sera avalé par l’UE et l’OTAN. Les États-Unis viendront se mettre un peu plus près des frontières russes selon la tactique habituelle d’encerclement. La Russie aura définitivement récupéré la Crimée et se dotera d’un matelas territorial ami avec ces républiques indépendantes mais en fait tournées vers elle par la langue et l’économie.

La stratégie américaine d’encerclement se corse par une action de déstabilisation des peuples hostiles, non coopérants ou proches des ennemis, la Russie et la Chine. Par exemple la collusion entre la CIA et le dalaï-lama a été révélée. Elle explique la rébellion tibétaine qui a été sévèrement jugulée par la Chine. On aide une partie d’un peuple en souffrance de liberté ou de niveau de vie à prendre les armes contre « l’oppresseur », le pouvoir en place à déstabiliser. Ce schéma est suivi partout, et l’a été plus près de nous en Libye et en Syrie. Mais cela existait déjà en 1980 où les moudjahidin, financés par la CIA et les services saoudiens, ont déstabilisé l’Afghanistan et obligé les soviétiques à intervenir neuf ans plus tard dans une guerre qui fut leur Vietnam et entraîna la chute de l’URSS. Les « arabes afghans », formés à cette occasion, furent ensuite dispersés sur d’autres théâtres d’opération pour déstabiliser un peu plus encore l’influence russe sur l’espace eurasien de l’ère post soviétique. La hantise de la suprématie américaine c’est la constitution d’un bloc eurasien, c’est une des deux raisons majeures de leur volonté de création de l’UE : couper l’Europe de l’Asie. 

Le Caucase et ses richesses pétrolières restent un lieu privilégié de l’action de la CIA, qui a déjà sévi en Tchétchénie, en Ossétie et en Azerbaïdjan. Même l’Ukraine, avec sa révolution de la place Maïdan, n’a pas échappé à la stratégie du pourrissement. Celle-ci a deux facettes, une facette soft qui concerne les pays que l’on dit alliés pour ne pas dire vassaux, et une facette hard pour les récalcitrants ou les pays à déstabiliser pour des raisons économiques ou militaires. La facette soft se contente d’actions ponctuelles de terreur sur la population civile avec un nombre de victimes suffisamment conséquent pour voir le peuple accepter des mesures de plus en plus contraignantes sur ses libertés. Ces terroristes, loups plus ou moins solidaires, peuvent être autonomes et même agir sous leur seule impulsion religieuse, le tout est de maintenir un niveau de peur. Cela assure les États-Unis qu’une stabilité du pays concerné sera maintenue sous la contrainte. Pour la facette hard, il s’agit au contraire de véritables combats avec des groupes puissamment armés et aidés financièrement par les pays du golfe avec plus que l’assentiment des États-Unis.

L’évolution primordiale actuelle de la géopolitique mondiale change la donne pour les États-Unis. Les fondements de leur politique de suprématie va continuer mais l’alliance de plus en plus étendue entre la Chine et la Russie, qui agglutinent autour d’eux de grands pays comme l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, les BRICS, dressent devant les Etats-Unis une force militaire et économique de poids équivalent. Les BRICS n’ont pas l’intention de faire une union, comme l’UE, qui s’acheminerait vers la disparition des États, mais au contraire un ensemble de pays signant des accords gagnant-gagnant pour leurs pays respectifs. La Russie et la Chine y incluent des investissements énormes sur les infrastructures reliant l’Ouest et l’Est de l’Asie par voie terrestre et maritime, les nouvelles routes de la soie. De toute évidence il s’agit à terme de relier l’Est de l’Asie à l’Ouest de l’Europe. Mais ils ajoutent des accords stratégiques et militaires, ainsi qu’une fusion de plus en plus étendue de leurs monnaies. 

Tout ceci explique le durcissement de la politique américaine des faucons à laquelle Trump doit donner des gages. Il a choisi l’Iran pour montrer sa détermination et lui permet de contenter Israël et l’Arabie Saoudite où il parle commerce. Mais la gente militaro-industrielle a les yeux tournés vers le Pacifique. La Corée du Nord est désignée comme pays récalcitrant et menaçant, de même que les Philippines, ancien allié fiable. Pour la Corée, une guerre d’anéantissement se prépare. Pour les Philippines on lance les opérations de combat intérieur avec des groupes « musulmans » d’une autre obédience, armés et financés contre le « dictateur ». Les combats commencent. En résumé Trump, qui a relancé une guerre économique plus intense et le rapatriement des industries américaines, ne pourra pas s’opposer à ceux qui ont programmé le Nouvel Ordre Mondial. Celui-ci vise à l’asservissement des peuples pour lequel la guerre est un excellent moyen. La France de l’UE est condamnée à suivre parce que l’UE et l’OTAN sont des agents de la suprématie américaine.
 
Les français qui s’apprêtent à donner en juin encore une large majorité 

A un Président qui a juré fidélité aux puissances qui l’on poussé

Sont condamnés aux mêmes illusions pour cinq ans de plus. 

Mais ils vont voir que le sort de la Grèce devient le leur

Que notre pays pourrit son identité petit-à-petit 

Selon une stratégie inexorable « En Marche »

Et jureront un quinquennat plus tard 

Que l’on ne les y prendrait plus 
!
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon