mardi 2 mai 2017

S’abstenir est aussi un acte civique



Ma génération d’octogénaire, encore marquée par le droit de vote attribué aux femmes, jetait l’opprobre sur les abstentionnistes. J’ai moi-même considéré que s’abstenir n’était pas remplir son devoir de citoyen et je considérais qu’il devait s’agir d’un cas de force majeur. Dans nos villages de France, on regarde encore d’un mauvais œil ceux qui ne sont pas venus signer le registre électoral. Nombre de citoyens votent blanc uniquement pour cette raison au lieu de s’abstenir, ce sont des abstentionnistes qui n’osent pas afficher leur conviction que le choix proposé ne leur plaît pas. Le mal vient d’abord du fait que le vote blanc ne sert pas à grand-chose puisqu’il est considéré comme un vote nul et n’intervient pas dans le comptage des votes exprimés. Certains candidats, lors du premier tour, ont exprimé la volonté de considérer ces votes dans le comptage. La seule concession faite jusqu’à présent est de les compter à part… ce qui leur fait une belle jambe.

Le vote blanc va finir par compter car la peur que cela fasse grossir le nombre d’abstentionnistes n’a plus lieu d’être puisque c’est déjà le premier parti de France. La force du vote abstentionniste est d’affaiblir les candidats élus et en l’occurrence pour la présidentielle, celle du nouveau Chef de l’Etat. D’ailleurs, très logiquement, lorsque l’abstention atteint 50% des suffrages exprimés, l’élection devrait être annulée et les candidats en lice ne devraient plus avoir le droit de se représenter. Vu le refus de plus en plus grand des politiciens exprimé par les citoyens, cela pourrait très bien devenir le cas car la motivation de l’abstention serait boostée par cette règle. L’abstention et le vote blanc réunis prendraient alors leur plein sens de vote démocratique de rejet global des choix proposés. Il est anormal que nous soyons obligés d’accepter un des candidats si la majorité ne veut aucun d’eux. 

C’est pourtant ce qui va se présenter le 7 mai, l’électeur aura le choix entre quatre solutions, l’un des deux candidats, l’abstention et le vote blanc. Il est pour l’instant poussé à choisir l’un des deux, et bon nombre d’entre eux vont mettre leur bulletin dans l’urne sans aucun enthousiasme en votant pour l’un des deux. C’est le spleen qui atteint l’électeur pratiquant le vote CONTRE. Or cette catégorie ne cesse de croître et n’est évidemment pas recensée par les statistiques électorales. L’ostracisation des deux candidats l’un comme l’homme de la Finance prédatrice du peuple, et l’autre comme la bête immonde, insinue dans l’esprit de l’électeur que ne pas choisir c’est accepter l’inacceptable et se sentir coupable si l’impensable arrive. Pourtant parmi tous ceux qui vont voter CONTRE, il y a un rejet des deux candidats, on vote pour le « moins pire ». Quelle horrible image d’une démocratie assumée !

C’est pousser un candidat qui en fait, dès son élection va être la cible conjointe de ceux qui avaient voté POUR un autre choix et de ceux qui avaient CONTRE son adversaire. Si le poids des CONTRE est important, il est très probable qu’il ne pourra pas vraiment gouverner. On a donc faussé le jeu normal de la démocratie, car le camp des abstentionnistes, c’est-à-dire de ceux qui ne veulent aucun des deux ou sont dégoûtés de l’ensemble de la politique et de ses représentants, voit fuir une partie importante de la désapprobation du corps électoral pour les candidats en lice. Le candidat élu a une représentativité qui ne correspond plus à la réalité électorale. La démocratie est faussée. 

Mais dans le cas du vote du 7 mai, le choix du vote CONTRE est encore plus absurde. En effet aucun des deux candidats ne pourra réaliser les promesses faites en dehors de celles qui correspondent aux Grandes Orientations de la Politique Économique. Pour Macron cela explique d’ailleurs pourquoi il ne peut pas répondre aux sollicitations de Mélenchon sur la loi El-Khomri, puisqu’il s’agit de l’application d’une directive européenne. Pour Marine Le Pen, elle peut sortir du traité de Schengen parce qu’il s’agit d’un traité à part. Par contre la sortie de l’euro est impossible car elle n’est pas prévue dans les traités, et la renégociation des traités ne peut se faire qu’à l’unanimité des 27 membres si l’on exclut le Royaume-Uni. On peut entrer dans l’euro mais on ne peut pas en sortir sans sortir de l’UE.

Ceci explique au passage que, compte-tenu du peu d’enthousiasme du peuple français briffé depuis 20 ans sur les bienfaits de l’euro et depuis 10 du catastrophisme d’en sortir, la candidate effectue un rétropédalage rapide. La perspective de négociations sans certitude d’en sortir, ajouté à la complication d’un système de monnaie commune que les électeurs ont du mal à comprendre, fait que le nouveau couple NDA-Marine n’envisage plus vraiment de se battre pour convaincre les français qu’en réalité l’UE nous tue lentement mais sûrement. Pour l’autre candidat, c’est la soumission sans conditions à Bruxelles. Les candidats qui pensent que l’UE est mortifère n’ont plus de représentant et ceux qui croient que l’UE est bénéfique n’ont entendu qu’un son de cloche et voteront pour la Finance ou contre la bête immonde. Le résultat sera le même car ils seront soumis aux mêmes directives. 

Le vrai vote était oui ou non à l’UE. Ce combat n’existe plus, l’un veut le statu quo et l’autre jette l’éponge. Le choix qui reste est de voter Macron si l’on croit à l’UE et de s’abstenir si l’on n’y croit pas. Ce qui va sortir des urnes ne représentera aucunement la carte électorale réelle mais sera l’illustration d’un jeu de dupes où les électeurs sont floués car privés d’une véritable campagne sur le fond et poussés à choisir entre deux maux au lieu de les dénoncer l’un et l’autre par l’abstention. Il reste encore les législatives mais, si le réflexe du vote CONTRE perdure, le résultat sera également faussé avec une culpabilité plus grande pour l’abstention le choix étant plus large. Espérons que la campagne sera moins maîtrisable par les médias qui ont joué un rôle prépondérant lors de l’élection présidentielle et qu’un débat beaucoup plus ouvert puisse avoir lieu… même si je constate que le Système est d’ores et déjà bien verrouillé et que les grands médias tenus par la Finance continueront leur matraquage en empêchant le seul débat qu’ils redoutent, celui de l’UE.

On ne peut faire savoir à tout moment que l’on ne croit plus à rien, que les politiciens sont tous des pourris, qu’il faut tout changer, que les banquiers et les multinationales sont des exploiteurs du petit peuple, que nos libertés s’amenuisent chaque jour, etc. et succomber à encourager de nouveau ceux qui mèneront, à des variantes près, la même politique de soumission à l’UE contrôlée par les États-Unis et de vassalisation auprès de l’OTAN, bras armé des mêmes. Rien ne peut changer sans la sortie de l’UE, et le peuple sera de nouveau grugé dans une troisième expérience qui sera la simple suite des précédentes pour 5 ans. Mais sachez-le bien si le peuple refuse le moyen démocratique de l’abstention, il lui restera la rue mais aller dans la rue c’est tenter l’épreuve du sang. Néanmoins c’est la seule chose que craint la Finance… le désordre. 

On verra bientôt si le peuple commence à comprendre

Qu’on le guide par le bout du nez vers le chaos 

De la pauvreté dont souffrent déjà les grecs,

Pauvreté qui va s’emparer de l’Italie 

Et qui s’empare déjà de nos rues !

 Votez en conscience et sans peur 

Plutôt que la tête dans le sable.

L’abstention est un vote 

De refus d’obéir !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon