dimanche 28 mai 2017

Regard sur l’évolution de la géopolitique mondiale



Quatre évènements majeurs récents font évoluer la géopolitique mondiale : le référendum britannique sur le Brexit et l’amorce des négociations de sortie, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le vote en Iran qui conforte la stabilité du pays et le renforcement des liens entre la Russie et la Chine. La France est concernée par l’élection de son nouveau Président, mais son engagement ferme pour l’UE n’apparaît pas changer beaucoup la géopolitique mondiale. De tous ces évènements on constate deux choses, le passage d’un monde unipolaire à un monde multipolaire, la constance de la politique hégémonique des Etats-Unis tissant des relations nouvelles avec les pays occidentaux. Le sommet du G7 met en lumière les évolutions dues à la personnalité de Donald Trump, et au déplacement du centre du monde de l’Atlantique Nord au Pacifique Nord. L’hégémonie reste une constante de la stratégie américaine mais elle prend une autre forme d’application.

Trump est un businessman, pas un diplomate. Il négocie comme le fait un chef d’entreprise avec un client. Son attitude avec l’Arabie Saoudite est révélatrice, il y a fait du business sans état d’âme. La guerre doit être un soutien à l’économie américaine et éviter que des pays viennent la perturber par des réticences à obtempérer lorsqu’ils jugent les actions sur eux non équitables, voire prédatrices, ou qu’ils viennent se mêler d’affaires hors de leur territoire sur des chasses gardées américaines. Trump agit avec l’Arabie Saoudite, comme nous l’avons fait, mais il ne se cache pas derrière de faux prétextes, il y va pour faire du commerce. La guerre se traite à part, mais l’Iran peut venir troubler le jeu de mainmise sur les richesses du sous-sol syrien et irakien. Il faut lui faire savoir que ce n’est pas son affaire. C’est un ennemi comme la Russie sur le théâtre du Moyen-Orient. Les pays du Golfe mènent une guerre religieuse, c’est leur affaire, pense Trump. 

Il en est de même sur le climat qui n’a pas obtenu un consensus du G7. Trump n’est pas un idéologue, c’est un homme pragmatique. Quand un entrepreneur se lance dans une affaire, il mesure le gain possible par rapport au risque. C’est ce genre de raisonnement que fait Trump en mettant en balance le doute scientifique et les conséquences financières. Sa prise de position va inéluctablement relancer le débat et redonner de la vigueur à un débat où la contestation a été muselée. Si l’on a encore une étincelle de doute, il suffit de lire la traduction de la conférence de Richard Lindzen pour se convaincre que  celui-ci est permis : https://static.climato-realistes.fr/2017/05/Lindzen-Richard-trad-Veyres-def.pdf .

Cette attitude de Trump se concrétise à nouveau dans les discussions sur l’OTAN. Après avoir dit que l’OTAN ne servait plus à rien, sous-entendu coûtait trop cher, et que le mieux était de rétablir des relations plus normales avec la Russie, Trump s’est fait rattraper par le complexe-militaro industriel et se voit mis en danger par un soupçon d’intelligence avec l’ennemi. Il réagit en reprenant l’idée de faire plus payer les partenaires vassaux au budget de l’OTAN. Il ne parle plus de son inutilité en Europe, mais fait passer l’idée de l’extension des objectifs de l’OTAN aux conflits du Moyen-Orient. De ce fait les pays européens et les autres prendront chacun une part plus importante que leur propre dépense sur ce théâtre d’opération. En résumé la France paiera plus pour la présence de l’OTAN en Europe, et plus pour la présence de ses armées au Moyen-Orient. Cerise sur le gâteau, la France faisant partie de l’OTAN ne pourra plus se dégager du conflit du Moyen-Orient, qui est la zone où les produits pétroliers sont plus importants pour Trump que le sort de l’Ukraine, pays qui va sombrer tout seul. Il suffira de le ramasser à coups de dollar. 

L’arrivée de Trump change totalement la donne des relations multinationales, la guerre commerciale est son credo. Sa reprise en main par le « shadow cabinet » l’oblige à donner des gages à la guerre. C’est le cas en Extrême-Orient avec la Corée du Nord où la présence américaine dans ce secteur est contestée. L’hégémonie américaine ne peut supporter qu’un pays la défie et le bouclage de la ceinture autour du duo Chine-Russie est une priorité de la stratégie militaire américaine. En résumé Trump fustige l’Iran qui vient mettre son nez dans un pré-carré pétrolier américain au Moyen-Orient, mais le complexe militaro-industriel est prêt à lui faire appuyer sur le bouton de la destruction de la Corée du Nord. Résistera-t-il longtemps à la pression des faucons, comme l’a fait Poutine pour l’Ukraine et ses républiques rebelles, cela reste une inconnue et dépend seulement de la façon dont Trump pourra se sortir de la procédure de destitution qui mûrit contre lui. Poutine pouvait compter sur son peuple.

A tout seigneur tout honneur, il me fallait parler d’abord des États-Unis, deuxième puissance économique et première puissance militaire du monde. Avant de quitter ce sujet, la France ne peut pas poser un problème aux Etats-Unis dans la mesure où elle se tient coi sous la bannière de l’UE, s’engage résolument dans la guerre au Moyen-Orient, et ne manifeste pas son désaccord sur l’extension des missions de l’OTAN. Sylvie Goulard, la nouvelle Ministre des Armées, vient justement de révéler que nous avons des troupes au sol en Syrie… et en toute illégalité vis-à-vis de l’ONU. Que demander de plus à notre pays ? Macron prend une gifle pour le climat, mais bof… c’était la grande œuvre de son prédécesseur ! La France n’est qu’un marché à prendre par le TAFTA, et une puissance économique à laquelle il faut prendre ses marchés… comme en Arabie Saoudite. 

Par contre, sur le Moyen-Orient, une fêlure s’agrandit entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Le Brexit signe aussi une nouvelle ère de la géopolitique britannique. Le Royaume-Uni n’oublie jamais son histoire et le fait que c’est les États-Unis qui lui ont volé la domination sur le monde. Ce pays, rompant le carcan contraignant avec le continent européen pour n’en faire qu’un partenaire économique privilégié, se tourne désormais vers le monde. Il a quatre atouts : la City, première bourse mondiale, la première puissance maritime avec son domaine maritime qui s’étend sur le monde entier, la langue anglaise, et les restes du Commonwealth. Ses anciennes relations coloniales, avec l’Inde et l’Australie en particulier, lui ouvrent des perspectives commerciales sur toute cette partie du monde en pleine croissance. Forte de ce nouveau statut d’un Brexit en cours, le Royaume-Uni fait savoir aux États-Unis qu’il entend ne pas être un vassal mais un partenaire exigeant sur ses propres intérêts. Il a exprimé sa volonté de mener des actions plus personnelles en Syrie et envers Daech. N’oublions pas qu’il a, avec la France, pesé lourdement sur le destin de ces pays du Moyen-Orient.

Le parallèle de la politique étrangère française et celle qui se dessine au Royaume-Uni montre bien que nous avons choisi le parapluie de l’OTAN, ainsi que le carcan d’une Europe, et la vassalité à l’UE, où l’Allemagne ne cesse d’augmenter son poids, et aux États-Unis qui drivent l’UE et l’OTAN. La France a restreint son ambition à être la deuxième puissance européenne en tandem de la machine allemande, et à être le fantassin et le pourvoyeur de l’hégémonie américaine. Il ne nous reste plus qu’à voir les bases américaines s’installer sur notre territoire sous couvert de l’OTAN comme cela s’amplifie partout en Europe. Le nouveau siège de l’OTAN à Bruxelles, qui a coûté plus d’un milliard, n’est que le symbole d’une UE voulue par les États-Unis sur laquelle va peser inéluctablement le poids économique et militaire d’une puissance étrangère qui n’y voit que ses propres intérêts. Le Royaume-Uni choisit la voie de l’indépendance et de l’ouverture au monde avec l’axe des relations économiques, une politique étrangère propre et le sentiment d’être un grand pays qui peut se débrouiller seul. La France de Mitterrand a pensé le contraire et accepté les chaînes d’une UE non démocratique, et vassalisée.

Le peuple français ne croit plus en son destin depuis.
Le prochain article s’intéressera aux évolutions de la géopolitique vis-à-vis de la Russie et de la Chine.

L’histoire plus ou moins récente a des constantes. 

Le Royaume-Uni veut en tirer un nouvel élan

Les États-Unis hégémoniques privilégient 

L’économie sur la puissance militaire

Mais la guerre reste totale. 

La France se replie,

Elle en oublie… 

Son histoire !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon