samedi 6 mai 2017

Stop au catastrophisme sur l’abandon de l’euro !



Demain chacun votera en conscience. J’ai assez dit sur ce sujet et en particulier sur l’abstention qui mêle le vote d’indifférence et de colère après une campagne présidentielle pourrie de manipulations grossières à répétition. Cela a commencé par la pression médiatique outrancière sur le candidat Macron, par des primaires destructrices des partis de gouvernement, par des affaires sorties à point nommé et soumises à une justice immédiate, par des manipulations sur les bulletins de vote avec des milliers de personnes ayant plus d’une carte électorale suivies de manipulations de résultats de vote différents entre ceux affichés en mairie et ceux du Ministère de l’Intérieur, etc. Le résultat était connu d’avance puisque tout était mis en œuvre pour qu’il en soit ainsi. Les connivences entre l’appareil d’Etat et les grands médias ont guidé une masse désinformée d’électeurs vers le résultat souhaité, les manipulations ont fait le reste.

Si l’oligarchie financière a gagné en donnant demain le candidat qu’elle a choisi, elle n’a pas pu totalement effacer le débat qu’elle redoutait sur l’appartenance ou non à l’Union Européenne. C’est le caillou dans la chaussure du prochain quinquennat où un certain nombre de français ont ouvert les yeux sur l’Union Européenne que la plupart des candidats officiels voulait réformer et un seul en sortir au plus vite. C’est un long travail de maturation qui a commencé dans des cerveaux à qui, depuis vingt ans, on a inculqué le nouveau petit livre rouge dans lequel on lit que le grand Guide des français c’est l’appartenance à l’UE et à l’euro, avec en annexe l’appartenance plus récente à l’OTAN. D’ailleurs la France en a tiré un grand profit et grâce à cela, elle a pu sortir de la crise de 2008 en relevant la croissance jusqu’à 1,1% en 2016 et seulement 10% de chômeurs… un exploit ! On doit d’ailleurs féliciter tous les gouvernements qui se sont succédé depuis près de cinquante ans. Ils ont tenu la France au sixième rang de l’économie mondiale tout en faisant face à la désindustrialisation et à la disparition des agriculteurs. Bravo ! La société de services, et les avancées dans la haute technologie, la robotique et les logiciels informatiques, a sans doute joué un rôle, mais là il est question de l’intelligence du monde du travail mais pas de la capacité de nos dirigeants. 

Donc pratiquement une entreprise par jour ferme, et il en est à peu près de même des suicides des agriculteurs. Dans nos armées cela se nomme le quota admissible de pertes. Vu de l’UE il en est de même. La dette a explosé depuis 1974 pour dépasser 2.200 milliards, le commerce extérieur est déficitaire de 47 milliards, et notre argent file vers l’Allemagne qui fait 247 milliards d’excédent pendant que la Bundesbank croule sous des montagnes d’obligations plus ou moins pourries provenant des banques inquiètes de la tournure des évènements car quand le système s’écroulera il vaudra mieux avoir son argent là-bas. Ceci n’a pas effleuré les discussions de campagne où nous avons vécu avec l’agitation inquiétante du chiffon rouge sur l’euro. Les européistes ont bien compris que le catastrophisme sur l’euro était la bonne stratégie, car il touche directement au porte-monnaie, à l’argent indispensable pour vivre ou pour survivre pour un nombre grandissant de français. Car ne l’oublions pas, grâce à l’euro, la pauvreté ne cesse d’augmenter et touche désormais tous les âges.

La vision ou l’écoute des réflexions d’un bon nombre de nos compatriotes, quel que soit leur niveau d’études, montre une méconnaissance totale de ce qu’est cette monnaie unique. Le fait de leur parler de monnaie commune ne fait qu’obscurcir leur compréhension. Les pires contre-vérités sont dites mais loin de moi l’idée de me moquer d’eux car le matraquage sur le catastrophisme de la sortie de l’euro dure depuis vingt ans. Alors reprenons les choses depuis le début. Lorsque nous sommes passés du franc à l’euro, nous avons vu nos revenus, notre compte bancaire, et nos contrats d’assurance et d’épargne afficher des euros au lieu des francs. Mais le montant était divisé d’un facteur de plus de 6. De même les marchandises et les services ont affiché cette division des prix mis en euros cette fois. Bien sûr certains ont profité de la confusion et le rapport de un à six pour nous faire confondre un euro avec un franc, mais cela n’a joué que sur les marchandises à faible montant. En principe rien n’aurait dû changer, sauf que les parités des monnaies nationales avec l’euro, différentes d’un pays à l’autre, ont brutalement fait évoluer comparativement les prix des marchandises et services dans les autres pays. Nous n’en n’avions pas toujours pris conscience si nous n’allions pas à l’étranger mais les prix des marchandises importées avaient évolués en plus ou en moins par rapport à notre pouvoir d’achat.
 
Ceci pour dire que l’euro reste une monnaie nationale, émise par la Banque Centrale nationale, la Banque de France pour nous, avec des billets et pièces qui sont marquées de notre nationalité. Simplement, une fois que les parités ont été décidées, cet euro peut circuler à sa valeur faciale dans tous les pays de la zone euro. Ceci est très important parce que c’est la raison pour laquelle l’argument catastrophique de la perte d’argent sur nos revenus, nos assurances, nos emprunts, la dette publique, etc., est un argument volontairement fallacieux utilisé sciemment pour faire peur. C’est d’ailleurs réussi. Non, en cas d’abandon de l’euro, nous repasserons à un nouveau franc dont la valeur sera estimée par rapport au nouvel euro de la zone amputée de notre pays. Il sera dévalué, parce qu’il est surévalué par rapport à l’Allemagne, de 6% selon le FMI et jusqu’à 10% selon Natixis et d’autres spécialistes. Mais nos revenus seront exprimés en francs, à raison d’un franc pour un euro, et les prix des achats de produits faits entièrement en France feront de même. 

La dévaluation aura deux conséquences. La première est celle de faire monter le prix des produits importés au départ du montant de la dévaluation, mais le marché concurrentiel, en particulier s’il y a concurrence avec le même produit fabriqué chez nous, fera ajuster les prix des producteurs étrangers pour rester compétitifs. L’impact réel sera donc moindre. De même le prix de l’essence et du gasoil ne sera guère affecté car le prix du brut entre pour moins de 25% dans le prix à la pompe, donc les 6% deviendront 1,5% de hausse, à comparer au prix de baril qui est passé de 100$ à 45$ aujourd’hui, ce qui se traduit par une variation de près de 15% à la pompe. La seconde conséquence de la dévaluation est de donner un formidable coup d’accélérateur à nos exportations, car 6 à 10% d’augmentation immédiate de notre compétitivité ce n’est pas rien. Sans l’apport de la dévaluation c’est un effort considérable de la part des exportateurs pour lesquels les marges bénéficiaires sont souvent de 2%. Airbus qui vend ses avions en dollar se frotterait les mains car ses coûts de main-d’œuvre de fabrication diminueraient sensiblement. 

Au passage il faut tordre le cou à l’argumentation qui consiste à dire que l’UE et l’euro ont permis cette réussite de coopération qu’est Airbus, cela s’est constitué avant dans le cadre d’accords multipartites indépendamment de l’UE. La coopération internationale existe dans de nombreux domaines comme celle d’ITER, le prototype de réacteur de fusion nucléaire, avec des pays du monde entier. Reprenons les principaux arguments contre l’euro qui frappent le public. Tout ce qui a été contracté sous le nom de monnaie nationale verra un échange un pour un entre l’euro et le franc, c’est l’application de la loi internationale de la « lex monetae ». 97 à 98% des dettes publiques et privées françaises sont à rembourser en monnaie nationale. Cela est valable pour 2000 milliards de dettes, comme pour nos 200 mille d’emprunts immobiliers. 

Pour les plus informés, les européistes brandissent l’explosion des taux d’emprunt publics et même le refus de prêter à la France. Non tout cela n’est pas lié à la monnaie mais à la confiance du monde des investisseurs par rapport à la solidité économique du pays et à son degré de solvabilité. Le Brexit, même non encore signé, a déjà été pris en compte par les milieux financiers sans que cela ait vraiment changé la confiance dans le Royaume-Uni, même avec une dévaluation de 10% de la Livre. Par ailleurs la France reste très solvable car son taux d’épargne est l’un des plus élevés des pays de l’UE, même si cela ne nous ferait pas plaisir de voir l’État nous confisquer notre épargne. Au moment du passage au Franc, il faudra évidemment rétablir le contrôle des flux de capitaux, ce qui est interdit par l’UE d’où la nécessité d’en sortir. La sortie de l’euro ne peut se faire normalement que par la sortie de l’UE. Nous aurions alors la maîtrise des entrées-sorties de capitaux de notre pays et nous pourrions alors éviter que nos entreprises investissent à l’étranger pour faire des produits vendus en France, privant les français de travail. De la même façon l’échappatoire à l’impôt par des transferts faits dans des paradis fiscaux serait beaucoup plus difficile et c’est des dizaines de milliards à récupérer. 

En résumé la sortie de l’euro ne sera pas plus catastrophique pour le citoyen normal que lors de l’entrée. Nous devrions certes échanger nos Francs aux guichets automatiques à la frontière des pays de la zone euro, mais pour tout le reste du monde rien ne serait changé sauf que la chambre d’hôtel à New York serait quelques % plus cher. Les chiffres de dévaluation de 20% annoncés par les européistes, voire 30%, sont fantaisistes. Si tel était le cas, il y aurait une telle vague d’achats de produits français dans le luxe, les vins, etc. que le franc se réévaluerait de lui-même automatiquement. Le catastrophisme ce n’est pas de sortir de l’euro, mais d’y rester, et pour l’UE c’est pire.
 
Halte à l’arnaque du catastrophisme de la sortie de l’euro ! 

Les français n’auront besoin que d’un temps de latence

Et d’information pour comprendre qu’on les prend 

Pour des veaux que l’on mène à l’abattoir !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon