vendredi 19 mai 2017

Marche droit, les yeux bandés et bouche cousue



L’époque de la déportation des juifs et de la résistance a laissé des souvenirs vivaces dans ma mémoire d’enfant. Les images de ces juifs mis dans des trains dont ils ne connaissaient pas la destination, de ces résistants à qui l’on bandait les yeux pour les abattre dans la carrière la plus proche, sont toujours présentes dans mon esprit. Mais j’avais aussi recueilli les souvenirs de ceux de la guerre 14-18 où l’on saoulait les soldats avant de les faire sortir des tranchées vers une boucherie programmée. Pendant la guerre 14-18, on faisait la fête à Paris et rien n’était fait pour sortir le peuple de cette euphorie en décalage complet avec l’horreur d’une guerre inhumaine. Il fallait qu’il reste les yeux bandés. En regardant ce qui se passe en France, dans l’Union Européenne, aux Etats-Unis, j’ai ce sentiment de revivre à la fin de ma vie la douloureuse époque de mon enfance. Avec Pétain la France Libre a refusé de voir que la guerre était perdue et qu’un envahisseur ne se résoud jamais à laisser une part de son butin.

J’ai vécu nos guerres en Indochine et en Algérie. Cette dernière a divisé le peuple français des deux côtés de la Méditerranée et l’aventure socialiste de « maintien de l’ordre », s’est terminée piteusement dans l’eau d’Evian sous De Gaulle. Tout cela parce que l’on a soigneusement désinformé le peuple sur la réalité de la situation. « La France de Paris à Tamanrasset » fut l’exemple type de slogan que De Gaulle a crû bon de lancer sous la pression des généraux sur place et parce que l’opinion de la Métropole n’était pas prête. Elle était encore dans la pensée de la France coloniale et les pieds noirs, français mais amoureux d’un pays qu’ils avaient façonné à leur image, s’accrochaient à leurs terres. Les effets de ce slogan furent ensuite ravageurs. Il était trop tard, le mal était fait, et la blessure est toujours vivante. Les excuses et les courbettes que la France a faites à l’Algérie ne font que nous déconsidérer aux yeux du monde et polluent inutilement l’image de notre pays dans la tête des jeunes générations. L’Allemagne ne s’est jamais excusée auprès du peuple français, elle a admis que la confrontation militaire de nos deux pays était globalement nuisible mais nous restons dans une guerre économique que nous sommes en train de perdre.

Avec tous ces souvenirs, j’ai l’impression de revivre aujourd’hui dans une période qui prépare des pages sombres de notre histoire. L’histoire ne se répète jamais de la même façon mais ses mobiles et ses modes de déroulement n’ont pas varié depuis des millénaires. Les moyens de propagande et les armes ont changé, c’est tout. Notre territoire a toujours fait l’objet de convoitises pour ce que contient son sol et pour la main-d’œuvre qu’il représente. Il y a toujours eu des puissants qui ont rêvé de conquérir le monde et il y a toujours eu des roitelets qui sont devenus des vassaux. Mais ce qui a changé, c’est que les tentatives de l’histoire du monde se sont soldées finalement par des échecs parce que les moyens de transport et de communication ne permettaient pas de dépasser des limites qui ne couvraient finalement qu’une partie du monde. Il n’en est plus de même aujourd’hui, les armées se transportent au bout du monde par les airs et par les mers et océans. Les Etats-Unis lancent leurs avions furtifs sur la Chine et font naviguer leurs bateaux de guerre au plus près des eaux territoriales russes et chinoises. Le combat cyber-électronique fait rage. La NSA écoute le monde entier. La robotique fait son apparition dans le matériel militaire avec les drones, les chars sans personnel à bord et bientôt des fantassins robots. La guerre se déshumanise mais la chair à canons reste de plus en plus la population civile.

Alors que voit-on se dérouler sous nos yeux pour ceux qui n’ont pas encore les yeux bandés ? On voit que deux mondes s’opposent : un monde multipolaire, que représentent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et un monde unipolaire que nous nommerons le monde occidental. Le monde multipolaire est en pleine évolution mais il a encore des faiblesses historiques. La Russie renaît encore de ses cendres de 1998 et tout est fait pour la ralentir. La Chine digère une récente intrusion dans la mondialisation mais reste une puissance économique aux pieds encore fragiles. L’Inde qui devient le pays le plus peuplé de la planète est dans une phase de mutation rapide mais revient de loin. Quant au Brésil et à l’Afrique du Sud, ils sont en proie à des difficultés intérieures qui leur donnent un rôle plus secondaire. Mais l’axe Russie-Chine donne à ce monde une force militaro-économique qui entend ne pas subir la loi de l’autre monde unipolaire. Unipolaire, parce que lui est rangé sous la bannière des Etats-Unis. Les Etats occidentaux sont liés entre eux par des traités qui les lient au plus puissant et ne peuvent sortir du cadre qui leur est imposé. Le consensus de vassalité est écrit dans les gênes du monde occidental. Par exemple l’UE se veut fédérale, l’Europe des Nations est exclue de son avenir. Le monde multipolaire rejette cette vision. Chaque pays veut conserver son indépendance et sa souveraineté.

Le monde occidental est entre les mains d’une oligarchie ploutocratique dont la puissance financière et économique fait plier les peuples de ses États par la corruption des élites, et la pression médiatique. Elle contrôle un Système de pompe aspirante des ressources humaines et terrestres, non seulement de ces États vassalisés, mais aussi de tous les pays où elle décide une mainmise par suite d’une résistance à ses injonctions. Elle se sert alors des « printemps » qui ne sont que des aides au soulèvement des peuples contre leurs dirigeants, tâche dans laquelle excelle le milliardaire George Soros. Ces soulèvements sont d’autant plus faciles qu’on leur fait miroiter le décalage entre leur condition et celle de l’Occident. La guerre vise alors à entraîner un surplus du flux migratoire naturel vers l’Europe pour lequel un avenir multiculturaliste, de juxtaposition et non d’assimilation, garantit un état de tension intérieure qui rend les peuples plus manipulables.

Évidemment tout ceci se fait en un temps suffisamment long et dans une propagande politique et médiatique assez assourdissante pour que les peuples acceptent un comportement moutonnier et une politique spectacle qui puisse convaincre par éblouissement. Notre nouveau gouvernement s’est d’emblée placé dans une soumission à ce Nouvel Ordre Mondial, fort du vote provoqué chez 1/3 des électeurs inscrits. La propagande médiatique qui continue de plus belle devrait lui assurer un solide parti gouvernemental et l’allégeance des européistes des autres partis lui assure de mener la France où il leur est demandé de la conduire. Le peuple va souffrir mais à petit feu et on lui distribuera des calmants quand il a une montée de température. Comme la grenouille dans le bocal, on montera suffisamment lentement le feu dessous pour qu’elle ne s’en rende compte que quand il sera trop tard. Les États-Unis d’Europe seront en place. Ils formeront le déversoir de consommation nécessaire aux multinationales occidentales, et le glacis nécessaire à l’expansion de l’hégémonie américaine en vue d’un conflit avec le reste de l’Eurasie. Ce conflit deviendra d’autant plus nécessaire que cette Eurasie s’avèrera résistante à toutes les autres actions de déstabilisation dont j’ai parlé plus haut. Marche ou crève est la vraie devise des serviteurs du NOM.

La vraie stratégie du NOM, tout autant que ses buts réels,

Doit laisser le peuple dans l’ignorance et en béatitude.

Notre avenir n’est plus issu de la démocratie

Mais des Bilderberg, Fed, FMI, BCE, etc.

On nous conduit les yeux bandés

Et heureux vers l’échafaud.

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon