lundi 16 mars 2015

Pourquoi sommes-nous mal partis pour la croissance ?



Les élections départementales prennent une allure d’élections nationales avec un « sus au FN » ressassé en boucle par les deux partis qui gèrent mal la France depuis trente voire quarante ans. En réalité ce n’est pas le FN qui est en cause, car il n’est que le symbole de l’incurie de l’UMPS. Si nous sommes là c’est que ce parti a été diabolisé pour des raisons électorales depuis Mitterrand pour masquer l’impuissance des uns et des autres à maintenir la France dans le peloton de tête des nations. Nous affirmons depuis la signature du traité de Maastricht que l’entrée de la France dans la zone euro est une erreur mais on pourrait ajouter que c’est une erreur d’entrer dans l’OTAN. Comme celui-ci tient l’UE dans ses mains, c’est finalement une erreur d’être dans cette Union Européenne là.

Mais revenons au malaise économique actuel où nous frôlons la récession comme d’autres pays du sud. La BCE, après la Fed, déverse en masse des liquidités qui vont se répandre sur la France, l’Europe et même le monde. C’est comme la dernière recette alors que toutes les autres ont échoué sauf pour l’Allemagne. Les pays s’endettent de plus en plus, donc s’appauvrissent. Pourtant on dit que la France a une épargne d’au moins 3000 milliards, bien au-dessus de sa dette, ce qui lui permet d’être considérée comme un pays capable de faire face à sa dette… au prix de la spoliation de l’épargne des particuliers et des entreprises néanmoins ! Alors où va tout cet argent issu des dettes et des liquidités déversées ? 

Alors il nous faut préciser les formes sous lesquelles se trouve cette masse monétaire. Elle est classée en cinq catégories. On a d’abord la masse M0 appelée aussi base monétaire ou monnaie centrale qui représente l'ensemble des engagements monétaires d'une banque centrale (pièces et billets en circulation, avoirs en monnaie scripturale comptabilisée par la banque centrale). C’est le cas de la BCE qui peut déverser des liquidités en rachetant par exemple  des obligations d’Etat. Vient ensuite la masse M1 qui correspond aux billets, pièces et dépôts à vue (515 000 000 000 € de billets et de pièces en l'an 2000 dans la zone euro), c’est la masse en circulation. La masse M2 comprend M1 et ce qui constitue notre épargne (pour la France, le livret jeune ou le CODEVI, les livrets A et bleu, le compte d'épargne logement, le livret d'épargne populaire...). Donc notre épargne c’est M2-M1. M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), et qui représentent des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (ex : OPCVM monétaire, certificat de dépôt, créance inférieure ou égale à deux ans). Enfin M4 correspond à M3 plus les Bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.

Les données les plus pertinentes sont les agrégats monétaires M1, M2-M1 et M3-M2 par rapport au PIB (en %). Jusqu’en avril 1998, M1 représentait 20 à 22% du PIB comme aux Etats-Unis. Fin 2014, M1 représentait 40% du PIB, contre 16% aux Etats-Unis. L’adoption de l’euro a laissé se développer sans sanction possible (ou sans frein naturel) une hypertrophie en M1. L’augmentation de M1 s’accélère même : plus 25,7 milliards d’euros en décembre ! C’est ainsi que près de 550 milliards d’euros se trouvent indûment dans les poches et sur les comptes courants des Français, ce qui est considérable (un quart du PIB annuel de la France !)… La croissance ne justifie pas que de l’argent non gagné ait été distribué en masse depuis des années. 

Tout apport supplémentaire de M1 devrait se retrouver dans la poche des entreprises, c’est-à-dire en M3-M2. Or depuis octobre 2013, le montant de M3-M2 (avoir des entreprises) est retombé au niveau de 1998 après une remontée jusqu’au moment de la crise en octobre 2008. Il ne représente plus que 10% du PIB alors que cet agrégat aurait dû en représenter le triple si on se réfère à la situation passée et à celle qui prévaut aux États-Unis. Qu’observe-t-on sur le graphique ci-dessus ? La masse monétaire a cru en France beaucoup plus vite que le PIB et l’épargne (M2-M1) a suivi exactement celui de la masse monétaire par rapport au PIB. Par contre les avoirs des entreprises, leurs possibilités d’investissements (M3-M2) ont suivi le chemin inverse. On voit en pointillé ce qui aurait dû se passer.

La conclusion s’impose d’elle-même, l’Etat creuse sa dette pour soutenir l’épargne, ainsi que toutes les actions des différents organismes d’Etat au profit des salariés et des fonctionnaires, alors que de nombreuses entreprises sont à l’agonie. Elles ne peuvent ni retirer des bénéfices, ni faire des investissements. La croissance, la création de richesses et d’emplois ne peuvent être au rendez-vous. A cela s’ajoute que depuis avril 2013, la masse M2-M1, l’épargne, n’évolue plus donc diminue en tenant compte de l’inflation, et la consommation intérieure stagne ou régresse. La situation est donc complètement bloquée. L’hypertrophie de la masse monétaire atteint 550 milliards en France et 4500 milliards en Europe. La politique menée par la BCE ne peut que nous enfoncer dans le piège où nous sommes, piège tendu par les Etats-Unis pour affaiblir leurs concurrents. Une seule solution nous reste… sortir de l’euro pour repartir sur des bases saines. 

L’Etat de l’assistanat s’est nourri des facilités monétaires.

La spéculation a nourri banquiers et multinationales, 

Mais la France des entreprises se meurt,

L’euromark et les Etats-Unis la tuent ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon