dimanche 15 mars 2015

2015 ou le grand chambardement géopolitique !



Beaucoup d’informations par les médias nous arrivent brutes de fonderie, sans analyse approfondie de leur part, et bien d’autres informations sont soit filtrées soit considérées comme sans intérêt pour l’audimat. Il s’ensuit que nous sommes abreuvés de nouvelles du monde entier se succédant les unes aux autres sans que nous puissions en faire le tri et les coordonner entre elles éventuellement. Il se passe pourtant des évènements autrement plus importants pour notre avenir que ceux que les médias montent en épingle comme le 11 janvier sur lequel le gouvernement et les médias ont surfé jusqu’à maintenant. Je vous propose donc de jeter un autre regard sur ce qui se passe dans le monde.

A tout seigneur tout honneur, regardons ce que fait la Russie, l’ennemi numéro 1 selon les occidentaux. Elle vient de prendre des mesures d’une importance considérable. Elle est sortie du pétrodollar utilisé comme la plupart des pays pour les échanges commerciaux sur les produits pétroliers et utilise les roubles. De plus elle négocie un accord avec la Chine pour établir une parité fixe entre le renminbi (le yuan chinois) et le rouble. Cette réaction fait suite aux sanctions prises par les occidentaux. De plus la Russie accumule de l’or comme la Chine. On peut donc y voir la préparation d’une monnaie qui vienne directement concurrencer le dollar avec une contrepartie or que ne possède plus celui-ci. 

Mais la réaction russe ne s’arrête pas là. Elle met fin au projet de passage d’un nouveau pipeline de Gazprom, par l’Ukraine. Un nouveau projet, baptisé Turk Stream, empruntera la Mer Noire, puis la Turquie pour aboutir… en Grèce. Il sera construit en 18 mois. Il appartiendra aux occidentaux de se débrouiller pour faire circuler les produits dans toute l’Europe. On peut y voir trois choses. La première c’est de pouvoir arrêter complètement le passage existant par l’Ukraine sans cesser d’alimenter l’Europe. La deuxième c’est la possibilité pour la Grèce de récupérer des droits de passage sur son territoire. La troisième est se rapprocher économiquement et stratégiquement de la Turquie qui fait partie de l’OTAN. Ce dernier point vient donner un supplément d’éclairage sur la position ambigüe de la Turquie dans le conflit Irako-Syrien.

Cela nous amène sur la Grèce où il devient de plus en plus évident que ceux-ci se préparent à quitter l’Union Européenne. Le règlement des échéances de Juillet ne peut se faire sans un nouvel apport de liquidités pour l’instant soumis au bon vouloir de l’UE, avec ses acolytes de la troïka. Le passage du pipe-line par la Grèce et le retour à la drachme[CT1]  sont dans les tuyaux. On voit mal comment l’Allemagne peut soutenir une aide supplémentaire, et le gouvernement grec peut renoncer à l’essentiel du programme pour lequel ils ont été élus. Le peuple grec est à bout. Cela ne se fera pas sans soubresauts mais les perturbations s’étendront sur toute l’Europe et le basculement de la Grèce vers l’Est aura des conséquences énormes. 

L’Allemagne elle-même a fait une offre d’union commerciale à la Russie, qui mettrait de côté le pacte commercial transatlantique contrôlé par les Etats-Unis. Lors du Sommet économique de Davos, la chancelière allemande a offert une union commerciale à la Russie, et implicitement rejeté le Partenariat de commerce et d’investissement transatlantique avec les Etats-Unis. Ceci ressemble au pacte commercial entre la Chine et la Russie. Si l’on ajoute que l’Allemagne est très divisée sur le plan de Mario Draghi, le QE de la BCE pour 1100 milliards jusqu’en 2016 et plus si cela ne suffit pas. La BCE et la Bundesbank sont vent debout. Tout ceci ressemble aux prémices de la sortie allemande de l’euro et de l’OTAN. L’Allemagne réalise que son intérêt est plus à l’Est qu’à l’Ouest. Les gros industriels poussent dans ce sens.

Il faut aussi s’intéresser à la Suisse qui a décroché le franc suisse de l’euro. Elle maintenait une réserve de 800 milliards d’euros mais le décrochage de l’euro ne rendait plus sa position tenable. Par ailleurs  les Suisses ont installé un centre d’échange de renminbis à Zürich. Une compétition intéressante est sur le point de faire son apparition, alors que Londres, Zürich et Francfort se confronteront pour le contrôle du flux financier de renminbis. Les Allemands ont été sélectionnés par le Kremlin et par Pékin pour servir de berceau pour le lien de l’Europe avec l’Asie. Les liens industriels de la Russie et de la Chine s’étendront au travers de l’Allemagne, en parallèle à une croissance des échanges et des investissements. On voit donc se dessiner un renversement géostratégique fondamental. Cela se nomme un renversement d’alliance ! 

La baisse du prix du baril de pétrole a aussi des conséquences sur l’extraction du gaz de schiste aux Etats-Unis, celui-ci étant à un prix deux fois plus élevé que le prix du baril saoudien. Des faillites en chaîne d’entreprises américaines d’extraction vont intervenir avant la fin de l’année. Contrairement à ce que l’on nous dit, l’économie américaine ne se porte pas bien, elle est frappée de récession et elle redoute la fin des QE annoncé par la Fed. Un certain nombre de corporations ont recours à des licenciements de masse, la plus récente ayant été IBM. Les Etats-Unis deviennent un colosse aux pieds d’argile qui répand le chaos par la guerre pour soumettre tous les peuples réticents à ses vues. Le face-à-face avec le bloc Russie-Chine, et plus largement avec les BRICS est amorcé. Le dollar est menacé et on va reparler à l’Est de l’étalon-or. 

De grands bouleversements sont imminents. 

La pensée unique française est obsolète

Car « On ne nous dit pas tout ! » 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon