samedi 7 mars 2015

Chypre, Iran, Arabie Saoudite, Turquie, Syrie, Liban, l’Eurasie s’éveille



Une formidable bataille s’est engagée contre l’hégémonie américaine et les USA sont confrontés à une Eurasie en formation qui va obliger à de profonds changements dans la géopolitique mondiale. Le couple Russie-Chine s’est constitué après le refus de l’UE de continuer à tendre la main à la Russie et la mise en place de sanctions contre elle derrière les américains. C’est une erreur majeure qui peut, non seulement retarder une évolution inéluctable de l’éloignement de l’Europe de la chape économico-militaire des USA pour retrouver son indépendance, mais aussi faire parler les armes dans un conflit mondialisé. Cette chape tient essentiellement au dollar, monnaie de référence actuelle, et à la puissance militaire colossale des USA. Cette dernière ne cesse de se renforcer avec l’augmentation budgétaire de la Défense américaine multipliant le nombre et la sophistication des armes et celui du nombre de bases militaires dans le monde entier.

Face à cette évolution la Russie et la Chine font également un effort d’armement et non seulement se rapprochent économiquement, monétairement mais aussi stratégiquement. C’est une évolution historique majeure qui leur fait oublier les querelles de frontières et qui ont nécessité une réorientation majeure de la politique étrangère russe qui avait montré son intérêt pour être partenaire de l’UE. La constitution de l’association des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) suscite l’intérêt d’autres pays comme l’Iran et le Pakistan. Ce dernier est dans l’influence américaine, il s’agit donc d’une évolution majeure. L’Iran commerce avec la Russie (réacteurs nucléaires, armes) et le recul des USA dans les négociations sur l’énergie nucléaire y est lié. La diplomatie américaine cherche à ne pas faire définitivement basculer ce pays dans le camp adverse sachant d’autant plus qu’il est pratiquement impossible de l’empêcher d’atteindre l’arme nucléaire. L’enrichissement de l’uranium par centrifugation permet rapidement d’atteindre la concentration U235 à plus de 90% nécessaire à la fabrication des armes. Les USA cherchent à négocier pour en retarder l’éventualité. L’Iran va jouer sur les deux tableaux pour s’arrimer aux BRICS avec le plus d’avantages et l’issue est écrite d’avance. 

Certaines puissances déterminantes à Washington commencent à perdre patience avec la maison des Saoud, dont la stratégie du pétrole à bas prix torpille l’industrie du gaz de schiste aux USA. D’autres s’inquiètent d’un rapprochement entre la Turquie et la Russie, qui ont conclu un accord clé du Pipelinistan, le gazoduc Turk Stream. L’Arabie Saoudite commence donc elle aussi à jouer un double jeu et son attaque sur le pétrole est significative. Seule l’opposition sunnite-chiite l’empêche d’aller plus loin et l’oblige elle-aussi à jouer le double jeu avec l’Etat Islamique en adoptant la stratégie du chaos. L’Irak est gouverné par les chiites, la constitution d’un Etat sunnite n’est finalement pas pour lui déplaire. Quant à la Turquie, elle joue aussi son propre jeu, en refusant de jouer celui des américains sur Daesh, et en soutenant ouvertement Daesh pour régler son problème kurde. La position turque est à suivre de près car c’est un partenaire de l’OTAN qui a refusé d’accueillir les avions américains pour bombarder en Syrie. Elle est visiblement elle aussi dans une phase de double jeu sans oublier sa vocation d’hégémonie ottomane. Il ne faut jamais oublier l’histoire.

La Syrie a choisi son camp et ses liens avec la Russie et l’Iran sont définitifs mais ceci entraîne la possibilité de ralliement du Liban du Hezbollah qui combat au côté des Syriens. On comprend qu’Israël et la puissance juive américaine fassent feu de tout bois pour inciter les USA à durcir leur position envers l’Iran. Pour la première fois les USA font la sourde oreille et Israël se trouve isolé, l’axe Israël-USA faiblit et Israël se rapproche de l’Egypte. Tout le Moyen-Orient est en train de se reconstruire et l’Etat Islamique en est le fer de lance dans une confrontation des différentes tendances de l’Islam dont les sunnites, les chiites et les alaouites. La pression militaire des USA et de leurs alliés ne fait qu’aggraver une situation explosive mais il est désormais évident que l’hégémonie américaine va se heurter à une résistance globale d’une Asie en reconstruction où l’OCS, Organisation de Coopération de Shangaï dont la Chine et la Russie, aura son mot à dire avec ses pays partenaires ou observateurs, comme la Turquie et l’Iran. 

Mais l’hégémonie américaine sur l’UE est aussi en train de s’effriter et une autre Europe liée à l’Asie commence ses premiers balbutiements. Au changement du gouvernement grec qui secoue le joug de la troïka où le FMI relaie la pression américaine, Chypre vient de faire un pied de nez aux USA en acceptant d’accueillir le mouillage de la flotte navale russe dans une sorte de base de port d’attache et de maintenance. Après Tartous en Syrie, la Russie est en passe de montrer sa présence en Méditerranée. Mais surtout Chypre est un pays faisant partie de l’UE qui a mal digéré la façon dont l’UE est intervenue dans la crise chypriote. Sans aucun doute Chypre prend du recul et les liens entre la Russie et la Grèce vont être de nouveau à l’ordre du jour dès juillet prochain après la période probatoire assurant la survie provisoire des finances grecques.

La mainmise des USA sur le Moyen-Orient et l’UE risque d’être de plus en plus difficile à maintenir. L’Eurasie est en train de se construire lentement et les soubresauts ne vont pas manquer. La naissance de conflits comme l’Ukraine peut se généraliser tant que la politique de soulèvement interne des USA, les fameux « printemps arabes » continueront. Or cette politique se généralise et l’objectif de déstabilisation de la Russie est fondamental. L’assassinat à Moscou en fait partie. Il faut agenouiller la Russie et casser l’axe Chine-Russie maintenant que l’axe UE-Russie est remis à plus tard. D’un autre côté la Russie n’a pas abandonné de créer le lien entre la Chine et l’UE, en pensant à la vente de ses ressources gazières et pétrolifères. La construction d’une nouvelle Asie plus solidaire va de pair avec celle de l’Eurasie, particulièrement à l’heure où l’UE montre des signes de désintégration. Une énorme bataille est en cours, bataille dangereuse où les adversaires joueront à plein sur l’économie et les sanctions, la monnaie, l’affrontement militaire par dissuasion ou conflit ouvert, le pourrissement politique des pays récalcitrants. Sur 247 années de son existence, les USA ont mené des guerres pendant 222 ans… ils continuent sous le slogan « la paix, c’est la guerre ».

P.S : "Si vis pacem, para bellum", si tu veux la paix, prépare la guerre, tel est la devise de l'Etat-Major français. Une conception toute différente qui a conduit à la dissuasion nucléaire. Une autre conception que nous sommes en train aussi d'oublier dans l'OTAN. 

La face du monde est en passe de changer radicalement.

L’accord de Yalta vole en éclats sous la pression 

D’un géant devenu à pieds d’argile.

L’Eurasie est en marche. 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon