mercredi 11 mars 2015

Bruits de bottes et une Europe que l’euro affaiblit



120 chars américains viennent de débarquer en Lettonie et ce pays prétend pouvoir résister 72 heures à une invasion russe avant de recevoir de l’aide. En Ukraine, selon la journaliste de l’Intercept Marcin Mamon, le Bataillon Doudaïev, «une force de combat des islamistes radicaux composée de Tchétchènes, mais incluant également des combattants de tout le Caucase ainsi que quelques Ukrainiens» montre le lien entre Kiev et l’EI. Les bataillons du Secteur Droit ultra-nationaliste qui aujourd’hui luttent pour Kiev ont apparemment aidé les Tchétchènes dans le passé. Le Secteur Droit est un groupe paramilitaire ouvertement néo-fasciste qui a fourni une grande partie des forces qui ont rendu possible le coup d’État contre Viktor Ianoukovitch, l’ancien président ukrainien. Organisés en différents bataillons, dont la célèbre Brigade Azov, ils idolâtrent les collaborateurs nazis de la Seconde Guerre mondiale, qui ont combattu les troupes soviétiques : les ultra-nationalistes ont été accusés d’avoir commis des atrocités dans le Donbass, ainsi que de terroriser leurs adversaires politiques sur le front intérieur. Il s’ouvre d’ailleurs ainsi une voie d’immigration des djihadistes de l’Ukraine vers l’Ouest en passant par la Pologne pour laquelle les visas sont facilement donnés après s’être construit une fausse identité pour 15.000 $.

Les stigmates de la théorie du chaos, où les ennemis évoluent au gré des circonstances et passent simultanément ou successivement du statut d’ami à ennemi, sont de plus en plus nombreux et voyants. Ce désordre n’est qu’apparent car le but est clair, maintenir la toute-puissance américaine. Les deux adversaires américains et russo-chinois jouent à se faire peur, avec l’envoi de militaires et d’armes par les Etats-Unis, le  Canada, le Royaume-Uni, et l’annonce du retrait de la Russie d’un traité FCE européen sur les armes conventionnelles. Ce traité avait pour but un certain rééquilibrage des armes. Pendant ce temps l’UE se débat dans une croissance anémique dont seuls émergent parmi les principaux pays, l’Allemagne et le Royaume-Uni. En Grèce, au Portugal, en Espagne et en Italie, l’austérité fait ses ravages sur le pouvoir d’achat, le chômage et la pauvreté. Les pouvoirs jugulent encore la voix des peuples dans trois d’entre eux, mais peut-être pas pour longtemps avec Podemos en Espagne. Pendant que Bruxelles fait savoir hier 10 mars une fin de non-recevoir aux demandes grecques, la France se voit accorder un nouveau délai pour rentrer dans les clous du déficit budgétaire à 3%. Après 2013, 2015 ce sera 2017… ou à la Trinité. Pourquoi ? Parce que notre plan est crédible ? Non, au contraire de la Grèce, on est « too big to fail », trop gros pour faillir. Cela suffit. 

Pourtant les prévisions de la zone euro, Allemagne exclue, ne sont pas à la hauteur des autres grands pays de l’OCDE. Le largage de liquidités par rachat d’obligations d’Etat par la BCE à raison de 60 milliards par mois jusqu’à 1.100 milliards ne rallume pas la croissance. Le premier résultat est l’anticipation par les marchés qui ont fait monter la Bourse puis la stopper dès l’annonce de sa mise en œuvre par la BCE, et la baisse de l’euro par rapport au dollar qui se poursuit avec un passage de 1,36$/euro à 1,06 soit une baisse de 22%. On constate, comme cela pouvait être prévu, que cette baisse ne dynamise pas le marché français dont une faible part des exportations est en zone dollar d’autant plus que ceci a un impact sur la baisse du pétrole et en annule une partie. Seule une sortie de l’euro avec un retour aux monnaies nationales encadrées dans un serpent monétaire ou à une monnaie commune, difficile à mettre en place, peut résoudre le problème des disparités économico-sociales entre les pays de la zone euro.

Le sujet de la sortie de l’euro ne pourra pas être éludé très longtemps. On parle du retour au drachme en Grèce comme l’a laissé sous-entendre son Ministre de l’Economie en parlant d’un référendum si la Grèce n’était pas entendue. On en parle en Espagne avec Podemos qui pourrait bouleverser la donne politique aux prochaines élections. On en parle en Italie où l’un des proches conseillers économiques du Président Mattéo Renzi vient de basculer dans le camp des anti-euros. Un sociologue et économiste allemand, Wolfgang Streeck, a publié dans Le Monde une longue tribune pour indiquer que l'Europe doit abandonner la monnaie unique. Le sujet est tabou en France comme celui de l’immigration. Sur ces deux sujets, la cocotte-minute est prête à exploser, nous reviendrons sur le second. La « pensée unique », ce binôme qui cloue le bec de toute opposition, devient une coquille vide où il ne reste que l’adjectif car la pensée n’existe plus. La France pense encore qu’elle a beaucoup à perdre en sortant de l’euro et de l’OTAN et se coule frileusement dans la vassalité américaine et la subordination à l’Allemagne qui vient de lui accorder un sursis de deux ans par Bruxelles interposé. 

Elle ferait bien de réfléchir à ses véritables intérêts et regarder vers l’Est autant que vers l’Ouest en revenant à une stratégie, qui n’est pas d’hier, où elle peut jouer un rôle d’équilibre et d’intermédiaire entre ces deux pôles. Poutine y pense lui avec un bras vers la Chine et un autre vers l’Europe mais il a le courage de dire que la souveraineté d’un pays, loin d’être un facteur de conflits est un gage de paix :
« En dépit des pressions que nous subissons, la Fédération de Russie continuera à mener une politique étrangère indépendante, dans l’intérêt supérieur de notre peuple et dans le respect de la sécurité et de la stabilité mondiales. » (Reuters) 

Nous on a peur… de tout comme Valls !

Nous on murmure « Oui mais », 

Le temps d’une fanfaronnade,

Et on fait comme il a dit, 

Le maître du monde

 Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon