samedi 28 mars 2015

Le monde ne regarde pas nos élections départementales



Demain, on vote… enfin un peu plus de la moitié des électeurs vont se rendre aux urnes, mais peut-être pour voter blanc ou nul. Les jeux sont déjà faits d’avance avec un retour de la droite traditionnelle qui va reprendre son impact historique des 60% avec une consolidation du tripartisme. Chacun se dira officiellement satisfait avec une alliance autour de l’UMP qui va rafler la majorité des conseils départementaux, une gauche élargie qui va claironner qu’elle a bien résisté et une extrême-droite qui va, élection après élection, faire progresser son score et son implantation locale. Cela ne changera pas la politique française mais le gouvernement actuel va rentrer dans une paralysie de plus en plus étendue avec la perspective de régionales encore perdues arrivant aussi après la perte de la majorité au Sénat.

Nous ne sortirons plus des « mesurettes » comme cette loi votée avec 38 participants pour l’interdiction de la publicité sur les bâches recouvrant les travaux sur les établissements publics, musées et autres. Ce n’est même pas au niveau de la loi Macron qui était un catalogue de mesures à faible impact économique. Là il s’agit, dans un contexte de déficit public, de se priver de recettes non négligeables pour le Ministère de la Culture. C’est le type même de l’écologie dans les pays riches, ce que nous ne sommes plus mais l’argent public n’est pas l’argent personnel de nos gouvernants. Les députés n’ont pourtant pas oublié de voter un doublement de la période d’indemnisation des élus battus… On ne saurait être plus prévoyant par les temps qui courent ! 

Non les élections départementales ne changeront rien en elles-mêmes mais elles vont marquer une révolte des classes moyennes et pauvres qui est la prémisse à une agitation sociale d’une ampleur inhabituelle dès cette année. Le « ras-le-bol » fait chaque jour de nouveaux adeptes. L’incapacité de nos gouvernants à redresser l’économie du pays et à abaisser le chômage en est la motivation. La montée des extrêmes gauche et droite est un signal fort de la lassitude du pays. La stigmatisation de la gauche rebelle ou du FN n’apporte aucune solution mais un constat sans appel du désir profond de voir ceux qui nous ont amené dans une France qui se délite, quitter le pouvoir exécutif et les bancs du pouvoir législatif. Le peuple ne dit plus « Peu mieux faire » mais « n’a pas fait un effort suffisant ». La porte est grande ouverte !

Un gouvernement aussi peu soutenu par l’opinion publique, soumis aux ordres de Washington et aux directives de Berlin, n’est qu’une entité falote soumise aux uns et aux autres, condamné à trépigner sans espoir de se faire entendre. Pourtant le monde est à feu et à sang. Il ne cesse de s’allumer des zones de conflit et nous sommes engagés dans beaucoup d’entre elles militairement ou diplomatiquement. Un combat religieux entre chiites et sunnites, alimenté par les occidentaux, et un affrontement entre les USA et le bloc russo-chinois fait parler les armes en Syrie, en Irak, en Ukraine, au Yemen et un peu partout en Afrique. A ceci s’ajoute un contexte de ralentissement économique mondial, particulièrement européen, un dollar qui va perdre progressivement sa place de monnaie de référence et un commencement de réalisation, sous l’impulsion russo-chinoise, d’une Eurasie économique en concurrence et en contradiction avec le principe fédéraliste de l’UE, pure création des Etats-Unis pour leur associer le marché européen et un glacis pour l’OTAN. 

Nos départementales n’auront pas d’impact sur la politique étrangère française, sujet qui n’est pas encore la première préoccupation des français mais qui commence à l’être en Grèce. Car ce pays devra choisir entre l’Est et l’Ouest pour son avenir après le mois de juillet qui déterminera la capacité de résistance de son peuple à l’emprise de l’UE et de la BCE sur son économie. Si l’on ajoute qu’un nouveau crash financier n’est pas exclu aux Etats-Unis après une succession de QE (planches à billets) et un taux d’emprunt quasi-nul pour un résultat d’enrichissement du 1% supérieur de la population américaine, on a de quoi penser que les gouvernants ont moins à se préoccuper de politique intérieure que de préparer le pays à affronter une grande zone de turbulences et à redonner au pays une voix indépendante de liens entre l’Outre-Atlantique et l’Asie. 

Quand les bruits de bottes se font entendre partout dans le monde 

Et que les bottes sont celles de puissances thermonucléaires,

Quand la monnaie, le prix du baril, les taux d’emprunt, 

Viennent changer la donne, les paroles creuses

Cachent la misère des actes, et des résultats ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon