dimanche 8 mars 2015

L’Ukraine, le foyer allumé pour un affrontement UE-Russie



Le 9 février 1990, James Baker, secrétaire d'Etat américain (de George Bush), avait assuré à Mikhaïl Gorbatchev que l'alliance occidentale n'étendrait "pas d'un pouce" son influence vers l'Est si Moscou acceptait que l'Allemagne réunifiée entre dans l'Otan. Le lendemain, 10 février, Hans-Dietrich Genscher, le ministre allemand des Affaires étrangères, refit cette promesse à Edouard Chevardnadze, son homologue russe : « l'Otan ne s'étendra pas à l'Est ». Mais depuis, la Pologne, la République Tchèque, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont adhéré à l'Otan. Avec les évènements de l’EuroMaïdan, l’enjeu était, entre autres, de faire également entrer l’Ukraine dans l’Otan.

Il est donc bien difficile d’adhérer à la thèse de l’expansionnisme russe qui menacerait l’Europe. En 1998 l’ex-URSS était au bord de la faillite, l’armée russe en piteux état. L’hégémonie américaine pouvait régner quasiment sur toute la planète. En effet La Chine se détachait de la Russie en amorçant une ouverture au commerce mondial et aux capitaux étrangers. Toute menace efficace était impossible et l’heure était au règne du pétrodollar. Le paysage a radicalement changé depuis cette date. Poutine a remis l’économie de la Russie en meilleure forme, reconstitué une force militaire crédible aux yeux du monde et a repris sa place dans le concert diplomatique. Son dernier faux-pas a été de se faire berner par les occidentaux et de ne pas s’opposer à la guerre en Libye mais cela a durci les positions de sa politique étrangère pour la Syrie. Par ailleurs la Chine devient le premier exportateur mondial et commence à titiller le dollar avec des transactions en yuan. 

Le danger de perte d’hégémonie pour les USA est devenu réel, alors les USA attaquent. Le chaos au Moyen-Orient est destiné à assurer le contrôle de ses champs pétrolifères, celui en Afrique de couper l’herbe sous le pied de la Chine qui s’y investit et d’y contrôler les réserves pétrolières comme au Nigéria. Il faut empêcher la Chine de disposer des matières premières indispensables à son développement. L’attaque de la Russie est aussi nécessaire sur deux fronts, le pourrissement politique intérieur provoquant le départ ou l’élimination de Poutine, une guerre Europe-Russie sous couvert de l’OTAN dans le foyer ukrainien.

Provoquer un conflit brutal entre Européens et Russes permet aux Américains de se prémunir contre une éventuelle alliance stratégique entre Européens et Russes, alliance qui entraînerait de fait la fin de l’hégémonie américaine. Dans Le Grand échiquier de Zbigniew Brzezinski (1997), où il est question, entre autres, de « briser la Russie » en trois entités (une Russie européenne, une république de Sibérie et une république extrême-orientale), il est également question de cultiver la docilité des « sujets protégés » et d’empêcher les rivaux potentiels de former des alliances offensives. Un rapprochement stratégique entre la Russie et les nations européennes (sujets protégés) est ainsi un scénario que les tenants de l’hégémonie états-unienne n’admettraient en aucune manière. 

L’accord de Minsk II apparaît plus comme une trêve que comme un accord de paix. En effet il s’agit d’un accord où le Royaume-Uni et les Etats-Unis étaient absents alors qu’ils étaient à la manœuvre pour Maïdan par MI16, CIA et ONG interposés. Ces deux pays ne se considèrent pas liés par les accords et envoient officiellement des troupes en Ukraine. Dix jours seulement après la signature des Accords de Minsk, David Cameron annonçait l’envoi de soldats britanniques en Ukraine pour « conseiller et éduquer ». Une semaine plus tard, John Sawers, l’ancien patron du MI16, (sorte de CIA britannique) affirmait que « la guerre contre la Russie ne fait que commencer ». Les États-Unis viennent d’officialiser la décision d’envoyer en Ukraine quelques 600 parachutistes appartenant à la 173ème brigade aéroportée. L’annonce a été faite lundi dernier par le colonel Michael Foster, commandant de la brigade, et confirmée par Ben Hodges, haut commandant des forces américaines en Europe. Les premières unités combattantes de la brigade devraient se poser en Ukraine d’ici le 8 mars. 

Visiblement les Etats-Unis et leur allié de confiance, le Royaume-Uni, n’ont que faire de l’accord de Minsk alors que celui-ci ne fait pas l’unanimité dans les différentes factions ukrainiennes de l’ouest, plus ou moins contrôlées par Kiev. Il apparaît de plus en plus clairement que les USA veulent la guerre en entretenant un climat de haine en armant Kiev alors qu’un processus de paix est engagé. Le but est de provoquer la Russie à en faire autant à l’est et de la désigner comme un agresseur prêt à violer les accords. Le moindre accroc à l’accord permet d’allumer le feu et de déclencher un affrontement indirect entre l’OTAN et la Russie. L’UE sera sommée de s’y adjoindre et la guerre en Europe sera allumée loin de représailles sur le territoire américain. L’UE et la Russie s’y épuiseront. Les Etats-Unis redeviendront maîtres du jeu. La Russie sera ouverte aux manifestations intérieures déstabilisatrices conduisant à son éclatement et les Etats-Unis s’imposeront comme le dernier recours pour l’UE. 

L’Allemagne et la France ont senti le piège mais il faudra plus qu’un Minsk II pour s’en dégager et la présence de l’OTAN en Ukraine n’est pas prête de s’arrêter. On mesure ainsi le danger que représente notre adhésion à l’OTAN dans un affrontement entre deux mondes, affrontement qui ne nous concerne pas. L’UE, nain politique et militaire devant les Etats-Unis et le bloc Chine-Russie, risque de n’avoir pas d’autre choix que d’ouvrir son territoire à une guerre où ses habitants ne seront que de la chair à canons. Si notre armée a pu parader au Mali sans toutefois résoudre le problème comme on le constate de plus en plus, elle se pliera au commandement américain des forces de l’OTAN et sera en première ligne sur le terrain dans une guerre imposée. 

Les Etats-Unis, en passe de perte hégémonique, 

Ont fait de la guerre une nécessité stratégique.

Il n’y pas plus dangereux qu’un fauve blessé ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon