dimanche 1 mars 2015

Les cow-boys américains contre le joueur d’échec russe



Le meurtre de l’opposant Boris Nemtsov ramène la Russie au centre des actualités médiatisées. On a tôt fait d’ajouter cet ancien ministre dans la longue liste des opposants au régime qui ont été éliminés physiquement. Tous ont été attribués au pouvoir russe dans la presse occidentale qui relayait ses affirmations par des reportages et interviews d’opposants exclusivement. Loin de moi la pensée que le pouvoir ait toujours été étranger à tous ces actes, mais il faut toujours se poser la question du « A qui profite le crime ? ». Or il est de plus en plus évident que nous sommes en guerre, non pas contre le Daesh comme nous le fait croire le gouvernement, mais avec les USA contre le nouveau bloc OCS (Organisation de coopération de Shanghai) qui ne cesse de s’agrandir avec l’arrivée prochaine de l’Inde, de l’Iran et du Pakistan. 

Si l’OCS est une organisation assez informelle, il n’en est pas de même des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui viennent de créer une banque commune et dont les liens deviennent de plus en plus stratégiques. L’interpénétration à terme de ces deux organisations devient de plus en plus probable. C’est donc un bloc continental qui est en formation et qui se prépare à un monde multipolaire complètement opposé au monde unipolaire de la stratégie étatsunienne. Il nous faut donc analyser tous les évènements économico-militaires au travers de ce grand combat mondial où la guerre économique s’allie à la propagande, aux actes de déstabilisation de l’adversaire et aux armes. 

C’est ainsi que nous avons deux principaux théâtres d’opération en Eurasie, l’Ukraine et le théâtre Syro-irakien. Le premier fait partie de la lutte contre la Russie, c’est-à-dire l’approche de l’OTAN aux frontières russes, la récupération des richesses agricoles et la maîtrise du passage des gazoducs. Le second est un théâtre de marionnettes destiné à enfumer l’opinion occidentale et permettant de prendre possession d’un espace de déploiement des forces militaires de l’OTAN, auquel nous participons, en vue d’une menace à venir sur les pays rebelles du continent asiatique. Comme dit Obama : « il faut parfois tordre le bras de ceux qui ne font pas ce que nous voulons ». On ne peut être plus clair. La lutte contre le Daesh est un conflit de dupes où l’on arme celui-ci en même temps que l’on fait semblant de le combattre. La destruction de deux avions britanniques porteurs de livraisons d’armes pour l’EI par l’aviation chiite de Bagdad n’est que la confirmation des parachutages déjà révélés. La vérité c’est la nécessité de cacher la maîtrise des ressources pétrolières et l’implantation des USA et de ses alliés au plus près du bloc en formation pour un futur conflit vers l’Est de l’Asie (vraie raison de la présence de notre porte-avions et de la flotte d'accompagnement). L’élimination de Bachar al Assad fait partie de la même stratégie.

Mais revenons à l’Ukraine. En même temps que les USA laissent se signer un accord de paix à Minsk, le Premier Ministre britannique envoie des « conseillers militaires » à Kiev. En a-t-on besoin en phase de paix ? Non, sauf que l’armée ukrainienne s’est révélée particulièrement faible et incapable de venir à bout d’une armée aux effectifs beaucoup plus faibles. Il faut donc les réarmer d’urgence en profitant d’une… « Trêve » même si celle-ci se paie par une défaite cuisante à Devaltsevo et que l’étau se resserre sur Marioupol dont on peut se douter que la majorité de la population de langue russe aspire à rentrer dans la Novorossia. Ne doutons pas que les prétextes seront faciles à trouver pour que le conflit reprenne dès que l’armée ukrainienne aura repris des forces. 

Deux évènements récents viennent illustrer la guerre encore tiède mais totale en cours. Le premier est le meurtre d’un opposant à deux pas du Kremlin. Si Poutine n’est pas un ange, on voit mal l’intérêt de projeter une telle nouvelle aux yeux du monde occidental en pleine propagande anti-Poutine et cela au pied du pouvoir comme un doigt le désignant. Nemtsov, avec son image de libéral, n’avait l’appui que d’une très faible partie de l’opinion russe et toute l’opposition réunie ne représente que 10% de la population. Il ne gênait donc pas le pouvoir au point de l’éliminer. Par contre les USA mènent la politique de déstabilisation des pays considérés comme rebelles ou ennemis. Il faut soulever une partie de la population et ce meurtre est une belle occasion d’allumer au sein de la Russie une vague de protestations que l’on va aider et dont on va alimenter abondamment les médias occidentaux. Il faut absolument discréditer puis éliminer Poutine par tous les moyens et des manifestations style Maïdan sont à prévoir par CIA, MI6, Mossad et ONG interposés.

La Russie n’est pourtant pas un pays à se laisser faire facilement. Par exemple les manœuvres entreprises, pour mettre économiquement la Russie à genoux, avec la baisse du pétrole entraînant celle du rouble réservent quelquefois de désagréables surprises pour les cow-boys américains. Les investisseurs américains et européens, apeurés par la baisse de leurs actifs gaziers et pétroliers russes et craignant qu’ils ne valent presque plus rien, ont vendu une grande partie de ceux-ci. Vladimir Poutine s’est empressé de les faire acheter juste avant que le rouble ne passe de 70 roubles pour un dollar à 61 aujourd’hui. Les bénéfices des compagnies vont ainsi revenir vers le Trésor russe et Poutine a gagné 20 milliards de roubles au passage. Les cow-boys de Wall Street n’en reviennent pas. 

Conférence climat et manœuvres politiciennes sont roupie de sansonnet.

Le monde est en profonde restructuration géostratégique. 

Cette révolution mondiale est souvent signe…

De grandes catastrophes ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon