vendredi 15 août 2014

Tirer enfin les leçons ou livrer la France au pire



Un conflit malien non résolu, une Afrique de l’Ouest en effervescence, un fiasco en Syrie qui se répand sur l’Irak, 2.000 morts et des colonnes de réfugiés fuyant d’Ukraine vers la Russie, entraînant des affrontements en Azerbaïdjan, en Transnistrie, en Moldavie, voilà quel est le bilan d’une politique étrangère sans grandeur et sans cap autre que celui qu’une superpuissance lui donne. Nous sommes associés à la politique du pire avec des engagements contre-nature auprès des djihadistes en Syrie que l’on combat par ailleurs en Irak, le tout couronné par des dizaines de milliers de morts et des pays économiquement à terre. Ajoutons à cela une armée, projetée sans retenue sur de nombreux théâtre d’opérations, dont le dénuement est avoué par ses généraux et ceux qui rafistolent tant bien que mal son matériel. 

A ce fiasco de la politique étrangère, qui ramène la France au rang de vassal, il faut bien constater le fiasco de la politique économique et même sociale car il faut bien se rendre compte que les prestations sociales sont en constante dégringolade par des remboursements moindres et des prélèvements plus forts. Même la politique familiale est écornée dans le rabotage systématique du quotient familial et des allocations. Sur le plan économique les derniers chiffres de l’INSEE sont désastreux. Avec une croissance à 0% pour les 6 premiers mois de l’année, la situation est objectivement grave. Sans croissance l’inversion de la courbe du chômage est rejetée aux calendes grecques. 

Le déficit s’établira, au minimum, à 4% du PIB pour 2014. Avec une inflation de l’ordre de 0,5% et une croissance réelle de l’ordre de 0,5% (en étant optimiste), il faudrait baisser les dépenses publiques de 3% du PIB soit 16% du budget pour arriver à une stabilisation de la dette. Une telle politique d’austérité ne ferait qu’accentuer un choc récessif si elle ne peut être réalisée par une suppression des gaspillages. 

La croyance selon laquelle la baisse des dépenses publiques nettes, que ce soit par la hausse des prélèvements ou par la baisse des prestations sociales, n’aurait pas d’impact sur la croissance est erronée. C’est ainsi que la dégradation des retraites pousse les ménages à épargner plus, et donc à consommer moins, avec un choc négatif sur la croissance. On a d’ailleurs pu constater que la Commission Européenne s’était régulièrement trompée en ce qui concerne ses prévisions sur la Grèce, sous-estimant largement l’effet dépressif des mesures d’austérité mises en œuvre. C’est cette réalité qui est ignorée de notre gouvernement et a généré des prévisions d’un optimisme dangereux. 

M. Pierre Moscovici, Ministre des Finances dans le gouvernement constitué en juin 2012, pouvait ainsi déclarer : « Les prévisions que nous avons établies sont des prévisions volontaristes, nous en sommes conscients. Elles sont au-dessus du consensus des économistes. Mais elles ne sont pas d’un optimisme insensé, elles sont réalistes ». Il s’est en fait agi d’une terrible erreur de prévision qui a eu tendance à minimiser l’effet d’une variation des dépenses publiques sous l’effet des variations de la croissance. Plus la croissance diminue, plus un certain nombre de dépenses augmentent comme les dépenses d’indemnisation du chômage ou des prestations sociales versées sous condition de ressources. La force du lien entre les deux est matérialisée par le « multiplicateur des dépenses publiques » pris à 0,5 alors que j’ai pu montrer dans un article précédent qu’il était de l’ordre de 1,5. Cette grossière erreur a rendu les budgets irréalisables mais surtout faussé les orientations de la politique économique capable de favoriser la croissance. 

La France est le dos au mur car elle est prise dans le double carcan d’une monnaie non adaptée à sa compétitivité actuelle, de contrainte de réduction du déficit budgétaire et de la dette publique qu’elle ne peut d’ailleurs finalement pas assumer. La douceur des taux des emprunts qu’elle doit faire pour payer ses fonctionnaires, douceur tout-à-fait exceptionnelle et d’autant plus sujette à une remontée brutale, ne suffit plus à améliorer l’équilibre budgétaire. Le montant de l’épargne française, largement au-dessus de la dette, et la solidité apparente du couple franco-allemand suffit pour l’instant à aiguiller les investisseurs vers nos obligations d’État. 

Cette situation qui calme investisseurs et agences de notation n’est en fait pas durable car les orientations économiques de la France et de l’Allemagne sont de plus en plus divergentes. Il ne sert à rien de fustiger l’Allemagne qui a ses propres contraintes, avec par exemple une variation négative de sa démographie alors que la nôtre est positive, même si ce pays s’est enrichi jusqu’ici sur le dos des pays du sud tout en maintenant une part importante de ses activités hors UE. Elle ne modifiera pas sensiblement son axe d’austérité qui convient à son économie où les salaires sont contenus même si l’apparition d’un SMIC contrarie quelque peu cette politique. Elle continuera à bénéficier encore longtemps des bas salaires de ses pays satellites historiquement liés sur le plan économique. 

La France ne peut retrouver une dynamique économique qu’en libérant sa monnaie et en pratiquant ce qu’elle a fait de nombreuses fois dans son histoire, dévaluer sa monnaie. Cette condition est impérative pour que toutes les autres mesures, comme la relance d’une politique d’investissement dans les infrastructures et la baisse de la pression fiscale, ne tourne pas finalement à une augmentation des dépenses ou une réduction de celles-ci sans effet suffisant sur la croissance. 

C’est à ce prix que notre compétitivité peut brutalement retrouver un nouveau souffle et redonner à toutes les autres mesures une véritable efficacité sur la croissance. Sans cela le problème de la faiblesse de la croissance ne sera pas résolu et nous ne pourrons faire ce qu’a entrepris le Royaume-Uni et qui place ce pays dans un retour de la croissance. Il faut donc « affronter » l’Allemagne avec courage et détermination en faisant le constat des divergences économiques et démographiques. L’Allemagne doit abandonner l’euro qui plombe les économies de tous les pays du sud auxquels nous appartenons visiblement. Ces derniers auraient alors un euro devenant une monnaie commune et non unique, ce qui peut permettre en plus un ajustement éventuel des monnaies nationales entre elles. Dans le cas d’un refus de ce pays, il faut se résoudre à sortir de l’euro en entraînant selon toute vraisemblance, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Belgique. 

L’heure est grave, Monsieur le Président. Si vous maintenez le carcan dans lequel vous laissez la France par manque de courage politique, si vous ne voulez pas avouer les erreurs commises, il ne vous reste que deux alternatives soit démissionner pour laisser l’espoir d’un vrai changement soit détériorer un peu plus la faible confiance du pays envers vous en laissant s’appauvrir celui-ci, soit dans un grand élan de patriotisme… paraphrasant le Maréchal Pétain.. Faire don de votre démission à la France ! 

« On ne conduit le peuple qu’en lui montrant son avenir : 

Un chef est un marchand d’espérance » 

Bonaparte 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon