samedi 23 août 2014

Booster la croissance, est-ce le meilleur moyen ?



De la ligne « Tout pour diminuer le chômage », on est passé depuis le début de l’année à « Tout pour la croissance », traduit dans les faits par « Tout pour l’entreprise ». Je passe sur la menue monnaie que l’on va distribuer pour les plus faibles revenus, mesures hautement populaires, mais monnaie qui ne va probablement pas compenser les hausses diverses, eau, électricité, gaz, assurances, transports, etc. que subira cette catégorie de revenus. Ceci ne freinera pas la croissance des inégalités entre riches et pauvres. 

L’État prend comme une vérité vraie que la croissance va générer une augmentation du PIB/habitant et une diminution du chômage. Autrement dit le choix de l’effet est déterminé et il reste à trouver les moyens de le produire. On passe d’une logique de causalité à une logique de prédiction. La croissance est la cause de nos malheurs et on va mettre les moyens de l’État en œuvre pour cet objectif. Cette logique est dénommée celle du « top down ». Elle est largement incluse dans l’idéologie actuelle et se traduit par une intervention directe sur le fonctionnement des entreprises sous formes d’aides et de dégrèvements. Ceci transforme celles-ci en assistées qui d’ailleurs demandent toujours plus. 

Si vous donnez de l’argent à un enfant qui n’est lié à aucun effort réalisé antérieurement de sa part, il continuera à demander, à demander toujours plus. C’est exactement ce qui se passe avec le Medef, la boîte à bijoux a été ouverte et madame se pare de plus en plus des pieds à la tête. C’est pourquoi les membres de la classe politique, friands donneurs de leçons et pourvoyeurs de plans en tous genres, feraient bien de s’insuffler une dose d’humilité épistémologique et de se départir de leurs paradigmes idéologiques et autres réflexes clientélistes. Leurs certitudes, qui varient d’ailleurs avec le temps viennent d’être mise en cause par une chercheuse indienne de l’université de Washington, Saras Sarasvathy, et par Nassim Nicholas Tale, professeur à l’Institut polytechnique à l’université de New York, considéré comme l’un des plus brillants esprits de notre temps par David Kahneman, Prix Nobel d’économie en 2002. 

Selon leurs travaux, à l’idéologie actuelle il est préférable de substituer une logique d’effectuation et une logique de contrôle qui évaluent les moyens disponibles et s’attachent à découvrir, parmi eux, ceux qui donneront les meilleurs effets possibles. Cette logique du « down top » est la logique de l’entreprise qui considère qu’elle travaille dans un monde aléatoire, difficilement prévisible qui nécessite une adaptation constante des effets à partir des moyens disponibles, y compris d’investissement. Une entreprise assistée par l’État dépense de l’énergie de celui-ci, énergie qui pourrait trouver meilleur emploi ailleurs. C’est bien dans la création d’entreprises et leur réussite grâce à leur innovation, leur productivité et en définitive à leur compétitivité que les richesses vont être créées. 

Seulement on voit là que l’État doit se cantonner dans son rôle de « faciliteur » de l'entrepreneuriat, en diminuant au maximum les contingences qui pèse sur lui, en exerçant une pression fiscale, sur les entreprises et les contribuables, compétitive avec les autres pays, en améliorant les infrastructures qui les concernent, en cherchant la qualité d’une formation orientée vers l’acquisition d’un métier et la flexibilité des esprits dans un monde de plus en plus rapidement changeant. 

Le monde économique actuel commence à toucher le fond de la politique économique et monétaire qui a commencé lorsque le dollar s’est déconnecté de l’or et qu’il est devenu la monnaie internationale des échanges commerciaux. Le déversement de l’argent factice, de liquidités, quasiment sans limite au gré des demandes de croissance forte, crée une montagne de dettes qui menace de s’écrouler sous son propre poids ou de s’évaporer en bulles de plus en plus énormes dont l’apparition se fera de plus en plus fréquente. La croissance que nous avons connue avant ce que l’on a appelé la crise de 2008-2009 est donc aussi factice que l’argent qui l’a générée. Ce n’est pas la crise qui continue, c’est l’entrée dans une autre ère économique. 

La vraie croissance est celle issue des progrès et innovations technologiques. Elle est naturelle, c’est une énergie verte sans engrais. Elle donne une croissance faible mais de « développement durable » pour autant que les États ne dépensent pas plus que les richesses qu’ils produisent ou que la pression fiscale soit trop lourde et plombe leur économie, ce qui revient au même. Dans un monde idéal, les balances des commerces extérieurs de tous les pays devraient être équilibrées. La croissance permettrait alors d’apporter dans chaque pays l’augmentation de la consommation intérieure correspondant à celle-ci. 

Le monde n’est pas idéal et la zone euro est loin d’être optimisée. C’est pourquoi le déséquilibre entre l’Allemagne et les pays du sud ne peut encore durer longtemps. La théorie du « down top » ne peut néanmoins s’affranchir de l’influence de la monnaie qui est une variable d’ajustement indispensable et manque cruellement à notre pays. En conclusion nous ne résoudrons pas l’équation économique qui nous mène vers la récession et une décroissance du PIB/habitant sans se rendre maître du levier de la monnaie et sans, d’une part desserrer les contraintes normatives et budgétaires de Bruxelles, et d’autre part arrêter les aides directes et les contingences de l’État sur les entreprises. La déflation menace dit Manuel Valls, oui elle commence par celle du moral des français. 

La vraie croissance ne peut venir que des entreprises. 

Sauf grand saut technologique, elle est faible. 

L’État ne la crée pas mais peut la détruire 

Quand il sort de ses tâches régaliennes 

Et ne gère plus sa monnaie ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon