jeudi 14 août 2014

La France est entrée dans une crise de longue durée



Manuel Valls avait pris les devants en annonçant une rentrée difficile mais il n’a pas fallu attendre septembre pour que les mauvaises nouvelles arrivent dont la censure par le Conseil Constitutionnel d’une partie de la loi sur le « Pacte de solidarité » qui devait accompagner le non moins fameux « Pacte de responsabilité ». La France, toujours en croissance zéro, demande l'indulgence de l'Europe. Michel Sapin est prêt à aller à Canossa demander à la BCE, très influencée par la politique allemande, et à Bruxelles de ne plus exiger le respect des critères de Maastricht. Il faut simplement redire que l’adhésion à l’UE suppose une dette publique ne dépassant pas 60% du PIB et un déficit budgétaire plafonné à 3% du PIB. De toute évidence nous ne pourrions rentrer dans l’UE si nous devions le faire aujourd’hui avec une dette qui va en 2015 s’approcher des 100% du PIB et de 4% du PIB pour le déficit budgétaire.

Il est vrai que peu de pays sont dans les clous de ces contraintes puisque même l’Allemagne n’y satisfait pas en ce qui concerne la dette mais elle peut envisager de diminuer ce pourcentage avec un déficit budgétaire réduit à zéro et la croissance du PIB, ce qui n’est pas notre cas, même si elle accuse un net fléchissement de son taux de croissance. Notre pays a vu son Produit intérieur brut (PIB) en volume stagner au deuxième trimestre comme déjà au premier, a annoncé l'Insee jeudi, relevant que la quasi-totalité des moteurs de croissance était en panne. Cette panne a été d'envergure européenne au printemps : l'Allemagne a annoncé jeudi une contraction de 0,2% de son PIB au deuxième trimestre après un bon premier trimestre, tandis que l'Italie est retombée en récession. 

Aux problèmes de désindustrialisation et de non réduction du chômage, latents dans la période 2000-2007 et révélés dans la période d’après la crise financière, est venu s’ajouter celle des dettes souveraines dans la zone Euro, qui a dramatiquement réduit les marges de manœuvres des gouvernements français successifs. En un sens, la crise de 2007-2008 a révélé le caractère insoutenable de la stratégie de croissance adoptée par l’économie française dans la période précédente. Le poids de la crise, en effet, se fait désormais sentir depuis six ans, même si elle est plus spectaculaire dans les pays du sud, Grèce, Portugal, Espagne et Italie. La croissance est à l’arrêt et les facteurs de croissance, consommation, investissements et commerce international sont déprimés. 

En France, cette croissance zéro au printemps s'explique en particulier par un nouveau recul de l'investissement des entreprises (-0,8% par rapport au premier trimestre, qui avait déjà vu une baisse de 0,7%), en dépit de l'aide fournie par le gouvernement notamment via le CICE (Crédit d'impôt compétitivité et emploi). Au total le gouvernement soutient les entreprises à hauteur de 40 milliards d'euros en quatre ans. La production totale de biens et services en France s'est légèrement contractée au deuxième trimestre (-0,1%), ce que l'Insee explique "en partie" par "le nombre plus élevé qu'en moyenne de jours de ponts potentiels au deuxième trimestre". Par ailleurs le commerce extérieur a confirmé son statut de point faible de l'économie française : sa contribution a été "négative", selon l'Insee, et a coûté 0,1 point de PIB sur la période. Les exportations ont stagné au deuxième trimestre, quand les importations augmentaient de 0,4%. Fin juin, la France accusait un déficit commercial de quelque 30 milliards d'euros, soit presque le même niveau qu'à la même date en 2013. 

Au final, seules la consommation des ménages (+0,5% au deuxième trimestre par rapport au premier) et la dépense publique (+0,5%) ont soutenu l'activité. Ce qui se traduit par une contribution positive au deuxième trimestre de la demande intérieure, qui a apporté 0,2 point de PIB. Mais même cette progression de la demande privée est en partie en trompe l'œil : l'Insee explique en effet que la consommation a surtout été soutenue par un bond de 3,5% des dépenses globales d'énergie, corrigeant un recul de 3,9% au premier trimestre. Il s'agit d'un retour à la normale après un hiver très doux, précise l'Institut de statistiques. Les dépenses en "biens fabriqués", plus révélatrices de la vraie propension à dépenser des Français, sont "étales", selon l'Insee (+0,1% au deuxième trimestre, après une stagnation au premier). Du côté des ménages toujours, leurs investissements, c'est-à-dire pour l'essentiel les achats de logements, ont fortement reculé, de 2,4% au deuxième trimestre après -2,9% au premier, ce qui est de très mauvais augure pour un secteur de la construction déjà en crise. 

Au total, la France se retrouve fin juin avec un "acquis de croissance" de 0,3%, terme technique qui signifie que sans accélération, la croissance pour l'ensemble de 2014 ne dépasserait pas ce taux, bien loin de la prévision initiale de 1% du gouvernement. Le ministre des Finances Michel Sapin a pris acte de cette "panne" d'activité dans une tribune publiée jeudi par le Monde, et a revu à 0,5% la prévision de croissance officielle pour cette année, à peine mieux que la croissance de 0,4% enregistrée en 2013. Il n'attend pas pour 2015 une croissance "très supérieure" à 1%.

Avec une croissance proche de zéro et une démographie positive, le PIB par habitant décroit mécaniquement. J’ai pu montrer que cet indicateur était sans doute le meilleur indicateur global de la santé économique d’un pays. Ce pays est en proie à une crise conjoncturelle certes mais surtout structurelle fortement liée aux politiques économiques et sociales menées depuis plus de trente ans. La « politique de l’offre », récemment prise par François Hollande, n’est pas déclinée dans le bon sens car la propension à l’investissement ne peut être soutenue par une accession facile au crédit si les entreprises n’ont pas une vision incitative du marché futur. On n’investit pas si, objectivement ou subjectivement, on ne voit pas de rentabilité suffisante de l’investissement même si l’on peut le faire par autofinancement. Par ailleurs la hauteur des diminutions des charges sociales et des impôts sur les entreprises n’a qu’un impact limité sur la compétitivité qui demande de gagner 15 à 20% suivant les pays importateurs. 

La politique menée actuellement ne peut que nous faire continuer dans une crise de longue durée dont l’issue peut être fatale. La hauteur de la dette publique nous rend très sensibles à une hausse des taux d’emprunt. La faiblesse de croissance de la zone euro, les perspectives moins florissantes pour l’Allemagne, les mauvais résultats de la politique d’austérité dans les pays du sud, peuvent s’ajouter à la défiance des investisseurs dans la solidité de notre pays et nous faire remonter vers des taux insoutenables. Par ailleurs la baisse du PIB/habitant et le carcan des obligations budgétaires de Bruxelles ne peuvent que diminuer les marges de manœuvre des gouvernements car elles sont synonymes d’augmentation des dépenses sociales publiques et de baisse du pouvoir d’achat donc du moteur de la consommation pour la croissance. Le « que faudrait-il faire ? » fera l’objet d’un autre article. En attendant des jours meilleurs : 

« Du soleil toute l’année, des plages merveilleuses, une nature protégée et préservée, une capitale moderne et dynamique l’une des moins chère du monde, une fiscalité avantageuse et une population heureuse et optimiste font du PANAMA le pays où le sentiment de bien-être est le meilleur. Accédez, vous aussi, au bonheur en venant Vivre au Panama ! » 

Entre la politique de l’offre et la politique de la demande 

Le cœur des gouvernants balance, leur raison hésite 

Et finit par gérer un salmigondis destructeur 

De l’économie de notre pays ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon