jeudi 7 août 2014

Développement durable ou développement déraisonnable ?

Le développement durable (anglais : sustainable development) peut aussi être traduit en français par développement soutenable, mais soutenable par qui ? Certainement par notre porte-monnaie car notre facture électrique qui a déjà enchéri de 54% de 2006 à 2013, augmentera encore de 40% d’ici à 2030. A moins qu’une once de raison ne vienne stopper les ravages de l’écologisme, l’idéologie écologique. Nous voilà donc dotés d’un Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Considérée à l'échelle de la planète, cette notion de développement durable vise à prendre en compte, outre l'économie, les aspects environnementaux et sociaux qui sont liés à des enjeux de long terme. En fait ce qui nous gêne dans cette définition, c’est le « outre l’économie » dont il semble que notre ministre ait oublié qu’il fait partie intégrante de ses responsabilités. 

Il est étonnant d’ailleurs que ce Ministère n’ait pas englobé celui de la famille car, parmi les besoins essentiels et vitaux du développement durable, le besoin primaire et physiologique de se reproduire figure en bonne place. Sans lui le renouvellement des générations n’est plus assumé. Mais ce Ministère tentaculaire a aussi vocation à s’occuper des catastrophes naturelles et industrielles, du changement climatique, des périodes de pénurie d’eau, de la raréfaction des ressources naturelles, de la biodiversité, et d’une façon générale il est une réponse de tous les acteurs (États, acteurs économiques, société civile), culturels et sociaux du développement. Il n’y avait donc aucune raison d’adjoindre au nom du Ministère le vocable « écologie » qui est inclus dans le développement durable… sauf de flatter les Verts. 

On pourrait dire, en paraphrasant Périclès sur la politique, « si vous ne vous intéressez pas au développement durable, celui-ci s’intéresse à vous »… sous-entendu à votre porte-monnaie. Les subventions en pagaille données pour les énergies vertes et les travaux d’isolation, que nous en bénéficions ou non, sortent de quelle poche ? La nôtre. Il faut certes encourager les principes de base que tout citoyen doit respecter à savoir la pollution qu’il produit en salissant la nature par ses détritus, le maintien de la qualité des eaux et de l’air et la recherche permanente de non-gaspillage de l’énergie… Qui peut s’opposer à des comportements de bon sens ? On peut savoir gré à tous ceux qui nous obligent à ne pas les oublier. 

Mais déjà lorsque l’on paye pour réimplanter des ours et des loups, pour payer encore ensuite les dégâts causés sur les troupeaux, on est en droit de se demander si cela fait vraiment partie d’un développement durable assurant l’harmonie entre l’homme et la nature ou plutôt d’une dégradation coûteuse de notre environnement. Pour autant que ce sujet amène à une réflexion de fond, il n’a pas un grand poids dans les décisions économiques. Il n’en est pas de même dans le secteur de l’énergie et du transport, d’ailleurs liés entre eux. La décision de développer la voiture électrique est une décision de dépenses publiques incluant les infrastructures à créer et les subventions aux industries automobiles. Pour un gain sur les rejets de gaz nocifs comme l’oxyde d’azote, il faudra accepter la pollution des batteries usagées qui commencent à s’entasser dans des dépotoirs. Il y a fort à parier d’ailleurs que s’il ne s’agissait pas du rejet de gaz carbonique, on ne se lancerait pas dans une telle aventure. Or les milieux scientifiques remettent de plus en plus en cause l’action perceptible de l’homme dans cette affaire. 

De plus ceci entraîne une augmentation de la production électrique à compenser par de nouvelles éoliennes dont la production intermittente demandera l’apport des centrales thermiques polluantes… La propulsion par l’hydrogène est dans les cartons et les Pays de Loire se lancent dans un projet de navire de pêche à propulsion hydrogène. Par ailleurs le développement de l’hydrogène stocké sous forme solide est en cours d’étude. La propulsion électrique ne parait pas la solution d’avenir vu les infrastructures à mettre en place. 

Le domaine de l’énergie est sans nul doute celui où s’engouffre le plus d’argent. La libéralisation, dans le secteur de l’énergie, résulte d’une directive de l’Union européenne qui impose la séparation des activités de production, de fourniture, de transport et de distribution. Or les prix à la production ont été divisés par deux, ce sont donc les caisses de l’État qui récupèrent l’argent sous des formes diverses, mais que nous alimentons, pour les deux tiers de l’augmentation des prix. Pour les comparaisons entre pays, quatre pays sont intéressants à observer à savoir Belgique, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni. 

La Belgique, l’Allemagne et l’Espagne ont les coûts de l’électricité les plus élevés d’Europe avec un surcoût dépassant de 50% le nôtre. Pour la Belgique, c’est l’État qui se sert. Pour l’Allemagne et l’Espagne c’est principalement le coût de production plus élevé. L’Espagne réduit drastiquement les subventions pour les énergies vertes dans son plan d’austérité, l’Allemagne aussi. Cette dernière ne renonce pas à sa sortie du nucléaire, mais développe des centrales thermiques alimentées soit par le lignite soit par le gaz russe qui va certainement être remplacé par du gaz américain beaucoup plus cher. Toutefois des voix de plus en plus fortes jugent cette stratégie déraisonnable, stratégie énergétique qui fait d’ailleurs fi de la pollution carbone et autres gaz. 

Le Royaume-Uni redéveloppe le nucléaire et s’appuie sur une fourniture de pétrole écossais, la France sur le nucléaire, toujours l’énergie la moins chère après l’hydroélectricité. L’avantage de la France qui peut se permettre d’avoir encore une énergie électrique peu chère et de permettre en plus des ponctions d’argent très importantes de l’État ne résistera pas à la politique énergétique suivie par Ségolène. C’est bien une politique de développement déraisonnable, qui va amener le renchérissement du coût de l’électricité entraînant une baisse de compétitivité qui peut être très important pour les industries énergivores et peut pousser à des délocalisations comme par exemple pour la production d’aluminium. Le développement durable, concept flou et large, se conjugue facilement à tous les temps des facéties politiques. 

La politique a ses raisons que la raison ne connait pas, 

Ses mensonges font perdre au peuple sa raison, 

Toute vérité n’est pas bonne à lui dire, 

Pour lui prendre son argent ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon