jeudi 28 août 2014

La France n’est qu’un mauvais élève !



Manuel Valls relayant son mentor nous promet monts et merveilles et claironne que désormais l’entreprise est le moteur du pays. L’entreprise applaudit à la manne qui va se répandre sur elle mais ce n’est ni plus ni moins qu’un chèque en blanc… provisoire de plus. La France est dans un tel état qu’il faudra beaucoup de création d’entreprises, beaucoup de confiance retrouvée, beaucoup plus de marges des entreprises pour que le chômage diminue et que le PIB/habitant recommence sa progression. Les deux ou trois années qui viennent pendant lesquelles on va insuffler de l’air dans les poumons de l’entreprise ne seront pas suffisantes pour combler le handicap de compétitivité. Par contre la dette est assurée de progresser avec les intérêts qu’elle génère.

Ce qui est désespérant c’est que les deux partis dominants sont responsables de l’état de la France aujourd’hui et que ni l’un ni l’autre n’ont pu la remettre sur de bons rails. Tous les deux ont fait progresser le chômage en nous vantant l’euro. Tous les deux n’ont pas cessé d’augmenter les dépenses publiques et la dette publique. Tous les deux ne résorbent pas le déficit de la Sécu mais diminue les prestations de santé. Tous les deux laissent le problème futur des retraites non résolu. Tous les deux ne revalorisent pas les retraites à un niveau correspondant aux articles de consommation correspondant à cette catégorie d’âge, voire les bloquent tout simplement. Tous les deux ont laissé se déliter le tissu industriel, etc. 

Quand on espère en Valls ou en Juppé, on se raccroche à une planche même pourrie pour espérer encore surnager un moment. Tel que le prennent ces deux formations politiques, l’objectif, de ralentissement du chômage et de croissance du niveau de vie, est inatteignable par nous-même. Hollande a raison quand il dit que ce qui peut nous sauver c’est la reprise en Europe, aux États-Unis voire dans le monde entier. Nous ne comptons plus sur nous-même mais sur les autres ! La triste raison est que la France est un mauvais élève. Ceux que nous avons fait arriver au pouvoir par nos votes successifs depuis quarante ans ont globalement pris de mauvaises décisions. L’enfumage de l’opinion est tel avec le relais médiatique de plus en plus présent à toute heure fait que nous ne voyons que derrière nous les dégâts provoqués, l’avenir nous est bouché, caché. Notre bonne foi dessert le Bien Commun et sert des carrières et des intérêts particuliers ou corporatifs. 

J’ai la mauvaise habitude de fonder mon opinion sur des chiffres en se méfiant tout-de-même de ceux qui sont truqués. A cette réserve près, les chiffres ennuient les politiques parce qu’ils traduisent des réalités qu’ils s’ingénient à masquer. Je vous propose donc deux graphiques simples, mais parlants, avec quelques commentaires pour illustrer mon propos sur la France mauvaise élève donc sur des dirigeants dont les capacités intellectuelles n’ont pas été utilisées pour le Bien commun mais surtout pour eux-mêmes et pour tous ceux qui gravitent autour d’eux. On va examiner comment se comporte les bons et les mauvais élèves de l’Europe sur trois indicateurs clés, la croissance, le chômage et le PIB/habitant. 

La croissance est reconnue comme étant un facteur clé de la santé économique. L’évolution du taux de chômage est considérée comme une résultante de la croissance. Le PIB/habitant est le paramètre important qui est la photo du niveau de vie moyen d’un pays. Il inclut donc tout le passé économique. Nous allons nous intéresser à six pays ou groupement de pays à savoir : UE, Zone euro, France, Norvège, Suisse, Islande. Les trois derniers sont notoirement de bons élèves. Il est bon de comparer la France aux chiffres de l’UE et de la Zone euro, les trois étant les mauvais élèves de l’Europe. J’ai montré dans un article précédent que la France pouvait encore être considérée comme le moins mauvais élève des pays du sud. 

Le premier graphique montre la valeur du chômage et de la croissance dans ces 6 pays en 2013. On peut en déduire une loi de variation du chômage avec la croissance. Il est évident visuellement qu’il y a bien 2 groupes, les bons et les mauvais élèves. Malheureusement la France fait partie des mauvais. On voit même qu’elle n’a pas su utiliser efficacement son petit taux de croissance positive pour diminuer le chômage qui aurait dû être de 10% et non de 10,8% soit plus 27.000 chômeurs en moins. La même réflexion pourrait s’appliquer à l’Islande mais on atteint des niveaux de chômage très loin du nôtre. Les trois pays du groupe bon élève sont hors de la zone euro et même hors de l’UE pour la Norvège et la Suisse. Pour ceux qui croient que sortir de l'euro serait une catastrophe, je les invite à aller dans ces trois pays pour y prendre des leçons.

Le second graphique donne la position de ces 6 pays sur le chômage et le PIB/habitant en dollars. On pourrait penser que plus un pays est riche plus il peut donner du travail et diminuer le chômage. C’est globalement ce qui se passe. Les pays riches ont un bas taux de chômage et inversement, sauf pour la France. N’oublions pas que le PIB/habitant est le reflet de l’histoire économique du pays. Autrement dit la France est plus riche que la moyenne des pays de l’UE mais cela ne se traduit pas par une diminution du chômage. Cela n’entraîne d’ailleurs pas une diminution de la dette. 

Nous avons accumulé un patrimoine et une épargne supérieure aux autres pays de l’Europe mais elle n’a pas servi notre économie comme elle devrait l’avoir fait. L’Épargne n’est pas allée vers l’économie de son plein gré. La politique menée a donc été dissuasive et la richesse accumulée est restée bloquée. Il reste alors deux solutions soit faire en sorte que les fruits du capital investi soient attractifs ou faire une ponction étatique sur l’épargne. J’ai bien peur que ce soit finalement la deuxième solution qui soit adoptée. Chypre y a déjà pensé.

Les difficultés actuelles de la France ne datent pas d’aujourd’hui. Elle est un mauvais élève depuis quarante ans mais elle n’en subit les conséquences que maintenant et elle a perdu l’outil monétaire qui permet de renverser la situation. Ni l’austérité, ni le chèque en blanc fait aux entreprises n’apporte la solution. L’austérité réduit l’augmentation de la dette mais diminue le pouvoir d’achat. Le chèque en blanc augmente la dette ou alourdit la fiscalité qui diminue le pouvoir d’achat et fait plus que rogner le gain potentiel de croissance. 

Cessons de louer nos gouvernants et d’espérer en eux 

Ils sont comptables de la situation actuelle 

Ils ne méritent plus notre confiance ! 

Quarante ans c’est trop ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon