mardi 12 août 2014

Après l’Ukraine, le Haut Karabakh ?



Le Président Porochenko lance des communiqués de victoire sur les autonomistes pro-russes de la république de Donetsk, alors que des communiqués internes avouent une cruelle défaite et des pertes de 3.000 à 3.500 hommes d’une armée de 5.000 hommes décimée avec des désertions en masse et des abandons de matériel en bon état laissés aux mains des autonomistes. On touche là encore à la désinformation qui touche les médias et politiques occidentaux. Mais l’introduction progressive de troupes et de matériel de l’OTAN en Ukeland proprement dite (Ukraine de l’Ouest) est de plus en plus importante.

La première livraison officielle "non létale" d’équipements du ’Canada’ est arrivée à Kharkov par transporteur aérien de l’OTAN le 09/08/2014. Une autre expédition est prévue pour peu après 12h00 le 10/08/2014. Il est confirmé qu’il y a des troupes de l’OTAN sur le terrain à Kharkov pour aider au déchargement des cargaisons et à la formation qu’impliquent les nouveaux équipements ainsi que pour la protection de la zone aéroportuaire. 

De plus un groupe constamment grandissant et conséquent de troupes américaines stationne à Kiev pour aider le gouvernement d’Ukeland dans la poursuite de la guerre sous les auspices de l’OTAN. L’envoi du croiseur Aegis Vella Gulf dans la mer Noire est un jeu dangereux. La mer Noire est un lac russe et tout mouvement agressif du croiseur pourrait très bien aboutir à un incident qui aurait de lourdes conséquences, dont celles qu’aurait à craindre le Vella Gulf lui-même ne seraient pas les moindres. On voit que l’OTAN s’implique bien au-delà de la résolution de l’ONU l’autorisant à le faire. La Russie ne veut pas s’impliquer militairement en Ukraine mais jusqu’à quand ? 

L’attention de l’OTAN se reporte désormais sur un autre terrain de quasi-guerre civile. Il s’agit du désir de rattachement du Haut-Karabakh (en rouge sur la carte), enclave en Azerbaïdjan, à l‘Arménie. La guerre du Haut-Karabakh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan à la fin des années 1990 est la première confrontation armée dans l'espace postsoviétique entre deux pays souverains. Le conflit a fait, selon les données, entre 9.000 et 16.000 morts des deux côtés de février 1988 au 12 mai 1994 où a été signé le cessez-le-feu. Le Haut-Karabakh est de nouveau en effervescence. Les armes parlent et le sang coule. Les morts se comptent par dizaines : des volontaires et des militaires de carrière. Des sceptiques prédisent une nouvelle guerre d'envergure entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Le conflit s'est en effet éternisé : il a plusieurs décennies, voire des siècles. L'espoir de trouver un compromis qui a failli s'esquisser s'éteint. L'ONU, l'UE, Moscou et d'autres acteurs politiques se sont déclarés préoccupés par une brusque montée de violence après une longue accalmie. 

La situation autour de la République non reconnue du Haut-Karabakh s'est tellement attisée qu'une rencontre sans délai des présidents d'Arménie et d'Azerbaïdjan est devenue indispensable pour prévenir une nouvelle guerre. Une réunion a donc eu lieu à Sotchi en Russie entre ces deux présidents, la Russie, la France et les États-Unis. "C'est avec plaisir que je constate que le président azerbaïdjanais a évoqué la nécessité de résoudre le problème par le biais diplomatique et que vous (le président arménien) venez d'en parler. A vrai dire, c'est crucial, la mort des humains étant la plus grande tragédie", a souligné le président russe […]  Toutes les situations complexes peuvent être résolues si la bonne volonté est là. Et il me semble que cette bonne volonté est présente des deux côtés", a conclu M. Poutine.   

Les experts azerbaïdjanais notent, d’accord avec leur collègues d'Arménie et de Russie, le rôle joué par les États-Unis pour attiser le conflit ou, au moins, l'entretenir. « Les querelles autour du Haut-Karabakh me rappellent une bagarre entre voisins pour une pièce dans une maison depuis longtemps achetée par les États-Unis », dit le politique et diplomate azerbaïdjanais connu Vafa Goulouzadé : 

"La Russie ne résoudra pas ce problème, plutôt elle n'est pas en mesure de le résoudre. Parce que dans un monde dominé par une seule puissance, à savoir les États-Unis, personne ne permettra à la Russie de le résoudre. L'Amérique n'est pas pressée de le faire. Car c'est un levier supplémentaire pour exercer une pression sur l'Azerbaïdjan et le maintenir dans le sillage de la politique occidentale".  

Le Haut-Karabakh est, semble-t-il, très loin des pays de l'alliance mais l'Azerbaïdjan est un partenaire de l'OTAN. Une chose est cependant intéressante : personne dans l'OTAN n'a rien dit à propos de l'intégrité de l'Arménie qui est un allié stratégique de la Russie, bien que les relations entre Moscou et Bakou soient aussi bonnes.  Par ailleurs l'Arménie est sur la ligne d’arrivée de l'adhésion à l'Union économique eurasienne de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan. C’est ainsi que le représentant de l’OTAN dans le Caucase du Sud William Lahue a déclaré : " La montée de tension est une menace non seulement pour l'Arménie et l'Azerbaïdjan, mais aussi pour la sécurité de la région prise dans son ensemble. Les parties doivent prendre les mesures en vue d'écarter la tension ". 

Il n'est pas exclu que le regain de tension autour du Haut-Karabakh s’inscrive dans la continuité des efforts systémiques axés sur la responsabilisation de Moscou : "Je n'exclus pas l'actualisation d'autres conflits le long des frontières russes, notamment en Transnistrie, en vue de compliquer au maximum la situation pour Moscou qui se verra obligé de « combattre sur plusieurs fronts" selon un expert russe. Il paraît que l'alliance atlantique ne s'ingérera pas dans le conflit du Haut-Karabakh bien qu'elle ait déclaré qu'elle soutenait l'intégrité de l'Azerbaïdjan et que la décision sur la participation au conflit devait être prise par ses 27 États membres. On comprend l’empressement de Poutine à trouver une solution diplomatique avant qu’un nouveau tapis de bombes ne massacre ces pays et voient, au nom de l’humanisme et du droit d’ingérence auto-proclamé, l’OTAN se rapprocher un peu plus de la Russie et de l’Iran. L’encerclement de la Russie, de la Chine, de l’Inde et de l’Iran reste une constante de la politique hégémonique américaine. 

Un pompier bien équipé peut éteindre seul un incendie 

Mais lorsque les feux prennent de l’ampleur partout 

C’est toute la brigade qui périt dans l’incendie ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon