mardi 11 août 2015

Victime du nucléaire militaire et civil, le Japon relance pourtant l’électricité nucléaire



Hiroshima, Nagasaki, Fukushima autant de catastrophes qui ont endeuillé le Japon. Pourtant en 1945, la France a fêté la fin de la deuxième guerre mondiale avec la capitulation de ce pays le 14 août 1945. Oui nous avons fêté les 155.000 à 246.000 morts d’Hiroshima et de Nagasaki, nous avons fêté l’horreur d’une destruction massive en quelques secondes, les 6 et 9 août 1945. C’est un nombre effrayant qui va bien au-delà du bombardement de Dresde les 13 et 15 février de la même année. C’est sans doute cela l’horreur suprême de la guerre, c’est de s’en réjouir. 70 ans après le Japon commémore la plus rapide élimination d’êtres humains par les mains de l’homme.

Dans l’imagination populaire, relayée largement par les anti-nucléaires, les décès dans ces deux explosions nucléaires sont liés à la nocivité de la radioactivité. L’atome tue, et l’opprobre doit être projetée sur l’utilisation de la radioactivité dans le civil pour la production d’énergie. Curieusement on se tait sur l’utilisation de celle-ci dans la radiothérapie, la curiethérapie, et l’on passe un scanner (8,8mSv) sans aucune appréhension alors que celui-ci vous balance une dose radioactive bien au-dessus des normes admises pour les travailleurs dans les centrales nucléaires (1mSv). Pourtant 70% des victimes des deux bombardements sur le Japon sont mortes par le souffle de l’explosion, le dégagement de chaleur et les incendies et seulement 12% des suites de l’irradiation soit entre 18.000 et 30.000 morts, chiffres équivalents au bombardement de Dresde (22.700 à 25.000 morts). 

Ce dernier chiffre est intéressant car il doit être rapproché des victimes du séisme d’une magnitude 9.0 et du tsunami de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku. Les vagues ont atteint une hauteur estimée à plus de 30 m par endroits[]. Celles-ci ont parcouru jusqu'à 10 km à l'intérieur des terres[], ravageant près de 600 km de côtes[] et détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. C’est le tsunami à 90% plus que le séisme, grâce aux constructions parasismiques, qui a engendré les 18.079 morts et disparus et 6.000 blessés. Une semaine après le séisme, 387 000 personnes étaient accueillies dans quelques 2.200 structures d'accueil[]. On voit que les chiffres de cette catastrophe naturelle sont de l’ordre de grandeur du bombardement de Dresde aux bombes incendiaires.

Le tsunami est aussi la cause de l’accident nucléaire de Fukushima, la hauteur des vagues ayant submergé les digues de protection, inondé les réacteurs et coupé l’électricité dans la centrale. Le défaut de refroidissement des réacteurs a induit des fusions totales des cœurs d'au moins deux réacteurs nucléaires puis d'importants rejets radioactifs. Dans un périmètre de 20 kilomètres autour de la centrale de Fukushima Daiichi, 110 000 habitants ont été évacués par les autorités, ainsi que 30 000 autres personnes situés à 10 kilomètres autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daini. Pour l'UNSCEAR (Comité scientifique de l'ONU sur les conséquences des émissions radioactives) et l’OMS, les doses reçues par la population auront finalement été trop faibles pour entraîner un risque significatif de cancer ou un impact sanitaire quelconque, y compris pour les populations non évacuées qui n'auront été exposées qu'à quelques milli-sieverts même si dans les territoires les plus contaminés des doses externes d'irradiation supérieures à 25mSV ont pu être atteintes. Par contre le stress provoqué par l'évacuation des populations aurait entraîné plus de 1500 morts sur la préfecture. 

L’atome tue, oui le nucléaire militaire, il est fait pour ça mais les catastrophes naturelles tuent autant que la radioactivité comme le montre la comparaison entre le tsunami de la côte Pacifique du Tōhoku et les morts par irradiation d’Hiroshima et de Nagasaki. A Fukushima, il s'agit d'un accident nucléaire majeur classé au niveau 7 (le plus élevé) de l'échelle internationale des événements nucléaires comme à Tchernobyl. Or il n’y a pas eu de morts à Fukushima, des contaminations du sol et de la mer certes mais pas de morts même parmi les intervenants sur l’accident, ce qui avait été le cas à Tchernobyl avec 47 morts parmi les liquidateurs et une estimation par le Circ de Lyon de 20.000 à 25.000 cancers induits sur les 512 millions d’européens, dont 10.000 proches de Kiev (Plus de 30.000 morts sur les routes européennes dans la seule année 2009). La peur du nucléaire civil reste une peur irrationnelle alimentée en France à des fins politiques et idéologiques. Celui-ci a tué infiniment moins de personnes que l’industrie chimique qui a tué en France à la raffinerie de Feyzin par explosion le 4 janvier 1966 (18 morts et des centaines de blessés) et à Toulouse 21 septembre 2001 avec AZF (31 morts, 2500 blessés), en Italie à Seveso le 10 juillet 1976 (3.300 animaux domestiques morts et 193 personnes intoxiqués à la dioxine), en Inde à Bhopal par explosion de pesticides le 3 décembre 1984 (20.000 à 25.000 morts), etc. mais les catastrophes naturelles restent les évènements les plus destructeurs de l’espèce humaine.

Le Japon, le pays le plus touché au monde par le nucléaire, deux ans après la fermeture de toutes les centrales nucléaires du pays à la suite de l'accident de Fukushima, remet le réacteur Sendai1 (à quelque 1.000 km au sud-ouest de Tokyo) en service aujourd’hui 11 août 2015, 70 ans après Hiroshima. Le cœur devrait entrer en réaction en chaîne à compter de 23H00 (14H00 GMT), selon une porte-parole et la production d’électricité commencer le 14. Le réacteur en question, initialement entré en service en juillet 1984, avait été éteint le 10 mai 2011 pour son 21e cycle de maintenance régulière. Il n'a pas pu être réactivé depuis à cause de la décision des autorités d'instaurer des normes de sûreté plus sévères à l'aune du désastre de Fukushima dont l'ampleur a dépassé toutes les dispositions techniques de sûreté. L’éventualité d’une rupture totale de l'alimentation des systèmes de refroidissement et fusion simultanée de plusieurs cœurs a dû être prise en compte. L'unité voisine, Sendai 2, est presque au même stade que Sendai 1 et trois autres (Takahama 3 et 4 à l'ouest, et Ikata 3 au sud) ont reçu un premier feu vert technique de l'autorité nucléaire mais ont encore plusieurs étapes à franchir avant une éventuelle remise en exploitation. Le Japon va pouvoir diminuer ainsi les rejets de CO2 et de gaz polluants de leurs centrales thermiques qui tournent à pleine puissance. 

Même en France les enseignements de Fukushima ont permis d’élever encore le niveau de sûreté des réacteurs qui n’ont fait aucun mort chez nous depuis plus de 50 ans. L’attitude politique du Japon est symptomatique de l’acceptation du risque industriel et scientifique. Elle contraste avec celle de la France alors que le Japon possède un fort potentiel de développement des EnR pour générer 56% de son électricité d’ici 2030. Dire en France que le Japon est irresponsable tout en vendant des réacteurs nucléaires montre l’ambiguïté de notre politique. Celle-ci tient plus de l’idéologie et de l’intox, perpétrée par les médias et souhaitée par les lobbies que d’un raisonnement logique, pragmatique et soucieux des deniers publics. Le Japon redémarre progressivement les 48 réacteurs de l’archipel, la France programme d’en arrêter un tiers. 

Il n’est pas de politique énergétique raisonnable 

Quand elle prend sa source dans l’idéologie

Et dans la manipulation des risques 

Au-delà des constats réels. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon