vendredi 14 août 2015

Et si l’on essayait de comprendre l’Allemagne ?



Et si l’on essayait de comprendre l’Allemagne à défaut de comprendre la France ? Le dernier plan d’aide à la Grèce a été désigné par Romano Prodi, ancien président de la Commission Européenne et ancien président du Conseil italien, comme un « Blitz allemand ». Il met l’Allemagne en accusation, car le Blitz c’est les bombardements stratégiques durant la Seconde Guerre mondiale mené par la Luftwaffe, l'aviation allemande, contre le Royaume-Uni en 1941. L’attaque est directe mais cache deux motivations politiques. La première est de militer pour une Europe fédérale faisant rentrer l’Allemagne dans le rang et la seconde est de couper l’herbe sous le pied aux différents courants politiques italiens qui se mobilisent contre l’euro. Cette prise de position n’est pourtant pas dénuée de réalisme et le souhait de créer un axe Paris-Rome pour s’opposer aux diktats allemands est sous-jacent.

La position française est désormais celle du consensus avec notre voisine et il est peu probable de voir une quelconque inflexion, avant les présidentielles de 2017. En particulier le sujet de sortie de la zone euro est un sujet suicidaire autant pour le PS que pour les Républicains qui ont fait de la zone euro leur emblème de « réussite », enfin qu’ils disent, en pointant le catastrophisme d’une sortie. Par ailleurs la France a fini de lier les mains de Tsipras en lui fermant la porte d’une sortie de l’euro et en le conduisant à la capitulation. Elle a été le picador du matador allemand. L’accord final pour la Grèce est un mauvais accord car l’austérité aggravée ne peut que conduire à un appauvrissement du peuple et à une diminution de la consommation intérieure. Les gagnants sont les banques qui vont se recapitaliser partiellement grâce à l’accord et à l’apport direct du gouvernement grec par la vente du patrimoine, lequel va s’avérer néanmoins insuffisant. La seule solution viable à long terme devrait inclure un effacement de 50% à 80% de la dette grecque. Sur ce point l’Allemagne s’est montrée inflexible malgré l’avis favorable du FMI. 

En France on voit se développer deux attitudes, l’une, issue d’un libéralisme peu soucieux des dégâts de l’austérité, qui pointe le laxisme grec et sa mauvaise gestion, et l’autre qui stigmatise la position de l’Allemagne, ce dont jean-Luc Mélenchon s’est fait entre autres le porte-parole. Schäuble, le ministre des Finances allemand, ne s’est pas caché de penser au Grexit et de juger le nouvel accord insoutenable par la Grèce. Alors pourquoi l’avoir laissé se signer entre les créanciers ? En réalité l’Allemagne n’a que deux choix devant elle. Le premier est la mutualisation de la dette dans un fédéralisme renforcé. Le second c’est l’imposition d’une politique d’austérité permettant de remettre à flot les pays dont la croissance ne permet pas d’éponger les dépenses publiques comme la France et l’Italie, les deux autres moteurs principaux de l’Eurozone.

L’Allemagne ne peut accepter un fédéralisme mutualiste, juridiquement d’abord par sa constitution et économiquement ensuite parce qu’elle contribuerait à hauteur de 80% dans le transfert à effectuer des pays du nord vers ceux du sud. Ceci représenterait 8 à 10% de son PIB sur une dizaine d’années et c’est matériellement impossible avec la meilleure volonté. L’Allemagne doit donc éviter cela à tout prix et elle se réfugie dans la politique d’austérité qu’elle s’évertue à imposer à tous les pays en difficulté, essentiellement au sud de la zone euro. La Grèce est devenue l’instrument de vigilance de l’Allemagne vis-à-vis de la France et de l’Italie, l’image de ce qui peut arriver à un pays qui refuse la politique d’austérité à l’allemande. A bon entendeur salut ! Romano Prodi et Yanis Varoufakis ont clairement indiqué que la France était visée. 

L’éventualité de la destruction de la zone euro est en toile de fond car l’Allemagne finit par douter elle-même de la possibilité de réussite de la politique d’austérité sur les pays du sud. La France lui apparaît de plus en plus comme irréformable, c’est d’ailleurs en coulisses l’avis des représentants du gouvernement français. Dans ce cas la sortie de la Grèce serait le signal de mise à mort de la zone euro sans que l’Allemagne apparaisse comme le pays qui a détruit l’euro. L’intérêt de la zone euro s’amenuise pour l’Allemagne au fur et à mesure que la croissance des pays visés stagne ou régresse et que leur dette augmente car elle lui fait courir le risque de devoir faire preuve de solidarité.

La France n’a plus le courage d’affronter l’Allemagne pour reconstruire sa politique européenne sur un axe Paris-Berlin-Moscou alors que les USA étendent leurs bras militaires et économiques de plus en plus sur le continent européen. Ceux-ci reconstruisent un nouveau mur autour des puissances Russie-Chine-Inde-Iran, les puissances dominantes de l’Asie et veillent à séparer en deux le continent eurasiatique. Il serait finalement de l’intérêt de la France de faire comprendre à l’Allemagne notre détermination à recréer un axe européen avec un lien fort vers la Russie au lieu de se laisser phagocyter par les USA dans les traités transatlantiques en cours plus ou moins secrètement et par l’arrivée de plus en plus importante des troupes et des armes américaines en Europe, et ceci même indépendamment de l’OTAN ! 

Nous pouvons regretter la politique allemande

Mais nous ne pouvons pas nier son réalisme ! 

Nous devons déplorer celle de la France

Et constater encore son suivisme 

Aveugle et couard ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon