mercredi 12 août 2015

L’agriculture française dans la quadrature du cercle



Le dossier de l’agriculture va-t-il être le révélateur de l’incompatibilité de la zone euro avec des économies, des régimes fiscaux, des charges et lois sociales, des minima salariaux, des normes, des pressions écologiques, trop différents pour permettre des échanges équilibrés entre les différents pays ? Non seulement la zone euro est incompatible intra-zone euro mais aussi extra-zone vers les autres pays de l’UE. C’est le premier constat que font les agriculteurs. Cette profession a pourtant salué la PAC, politique agricole commune mise en place à l'échelle de l'Union européenne et crée en 1962 avec pour but le contrôle des prix et le subventionnement, visant à moderniser et à développer l'agriculture. A ce premier pilier s’est adjoint celui du développement rural en 1999 en baisse budgétaire. Les objectifs de la PAC sont :
  • d’accroître la productivité de l’agriculture ;
  • d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ;
  • de stabiliser les marchés ;
  • de garantir la sécurité des approvisionnements ;
  • d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. 
Par le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA), les agriculteurs bénéficient :

  • d’aides indirectes, les « prix garantis », qui assurent aux agriculteurs un prix minimum pour leurs productions. Disposition actuellement en quasi désuétude
  •  des aides directes au revenu depuis la réforme de 1992 : en échange d’une baisse des prix garantis, l’UE verse des aides proportionnelles à la baisse des prix. Cette aide est depuis 2005-2006 « découplée », c'est-à-dire qu'il y a de moins en moins de liens (voire plus aucun lien) entre la production de l'exploitation et le montant des aides.

Désormais, les aides ne sont plus liées à la production. Les agriculteurs touchent un paiement unique par hectare, à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. 

La PAC est une activité fondamentale de l’UE et a même été l’une des raisons de sa création en particulier pour la France qui bénéficie le plus des aides de l’UE. En 2004 pour 19 milliards versés au fonctionnement de l’UE, la France a récupéré 9,5 milliards dans le cadre de la PAC. Elle en est la plus grande bénéficiaire. La PAC est le plus important budget de l’UE à hauteur de 45%. Depuis juin 2013 la nouvelle réforme va notamment dans le sens d'une répartition plus équilibrée des aides entre États membres, régions et agriculteurs. La PAC a une orientation résolument productiviste mais aussi, et cela devient un paradoxe dans l’ouverture acceptée de la mondialisation, protectionniste avec l’instauration d’une union douanière. C’est la préférence communautaire.

On ne peut parler de politique agricole sans en référer à la PAC dont l’évolution est de moins en moins favorable à la France sous l’impulsion de l’Allemagne, la plus grande contributrice au budget, entre autres pays. La PAC se résume à l'application du principe de base : libre circulation et absence de distorsion de concurrence. C’est bien ces points qui créent l’impasse de la crise agricole actuelle. Globalement l‘agriculture française a bénéficié largement de la PAC jusqu’en 2013 et ceci n’a pas généré le même niveau efforts de productivité consentis par d’autres pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas par exemple. Plus attachée à la politique environnementale qu’à la productivité, par exemple par des regroupements des terres et des moyens, plus soumise à des salaires élevés, à des impôts et taxes plus importants qu’ailleurs dans l’UE, à des contraintes administratives et normatives plus importantes, l’agriculture française se trouve confrontée à une concurrence européenne qu’elle ne peut plus soutenir hormis pour les gros céréaliers. 

La libre circulation des produits inonde nos lieux de vente de produits étrangers, espagnols, portugais, allemands, hollandais, polonais, etc. Dans une période d’austérité douce mais réelle, le consommateur français est encore plus sensible au prix, même à qualité légèrement inférieure. Par ailleurs tout aide directe de l’Etat contrevient au principe de non distorsion de concurrence, principe surveillé par l’UE. L’agriculture française doit affronter aujourd’hui une concurrence à laquelle elle ne s’était pas aussi bien préparée que les autres pays dans l’euphorie de la PAC d’avant 2013. Celle-ci a d’ailleurs beaucoup plus profité aux grosses exploitations qu’aux petites. C’est cela qui apparaît au grand jour et la fixation du prix du porc à 1,40€/kg en Juin par le gouvernement montre son incompréhension totale de l’économie mondialisée.

On tourne en rond entre agriculteurs, industries de transformation, et distributeurs. Le jeu de ping-pong entre les partenaires, imposé par le gouvernement, est ridicule et stérile. Le Kg de viande, de lait, etc. est produit trop cher pour le marché européen, un point c’est tout. N’ayant plus la disposition de la monnaie pour réajuster nos prix, ce que vient de faire la Chine en dévaluant le yuan de 2%, il ne reste que deux solutions. La première est à Bruxelles mais la France étant très jalousée, il y a peu d’espoirs de faire évoluer les choses vers une aide plus importante en jouant par exemple sur la qualité environnementale et sanitaire de nos produits. La seconde c’est la baisse des charges des agriculteurs que l’État n’envisage pas, ou à la marge, dans le contexte d’un budget soumis à Bruxelles qui peut y voir en plus une distorsion de concurrence. 

La solution de crédits, même à taux zéro, ne résout rien dans une économie exsangue, pas plus que le report du paiement des impôts. Des réformes structurelles plus profondes sont possibles mais leur effet n’interviendra que beaucoup plus tard alors que les agriculteurs auront quitté leurs terres. On touche, avec cette crise, à l’erreur fondamentale de l’acceptation de l’euro qui enlève toute possibilité de rééquilibrer les économies en général entre des pays très différents sur trop de plans tout en imposant la libre circulation des produits et la non distorsion de concurrence. 

L’agriculture française est entrée dans la quadrature du cercle. 

On peut s’attendre après la désertification industrielle

A voir notre pays mettre ses terres en jachère !

 Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon