dimanche 30 août 2015

Déflation européenne, récession mondiale, match USA-Chine



Les marchés viennent de vivre et vivent encore une période de turbulence qui a vu une sévère rectification des profits sans que cela tourne pour l’instant à la catastrophe. Par ailleurs la zone européenne enclenche un processus de déflation qui devrait amener une réaction de la BCE dont c’est la mission. De plus l’ensemble des pays émergents entrent en récession. Tout paraît venir de la Chine dont les USA ont fustigé la récente dévaluation du renminbi (yuan) en prétextant une concurrence déloyale tout en se réjouissant du ralentissement de l’économie chinoise annoncée à 7% mais dont on peut prévoir qu’elle atteindra difficilement 4%. L’effondrement spectaculaire de la bourse de Shanghai a été présenté à l’opinion publique comme le résultat d’un « mécanisme du marché » spontané, déclenché par la faiblesse de l’économie de la Chine. Les évènements sont plus complexes et les conséquences plus importantes pour l’économie mondiale et la guerre des monnaies. 

D’abord il faut constater que la Banque de Chine a freiné les conséquences de la première dévaluation, décidée par son gouvernement sans préavis, par une vente d’une centaine de milliards d’obligations américaines. L’ajustement final se situe autour d’une baisse de 5% par rapport au dollar. D’une façon générale depuis la mi-2014 et jusqu’à cette dévaluation le yuan suivait les variations du dollar. Alors que le dollar s’est envolé face à l’euro, le yuan et le dollar avaient peu évolué entre eux. Le lynchage médiatique de la Chine ne s’explique que par la guerre que se mène ces deux pays. Pendant des années, Washington a accusé Pékin de manipuler le taux de change. Cependant, la vérité est que le yuan ne s’est pas déprécié de façon artificielle, mais qu’il s’est plutôt recalé par rapport à la devise états-unienne. Depuis 2005 la monnaie chinoise s’est appréciée d’environ 30 % contre le dollar, alors que, de la mi-2004 au début 2015, celui-ci s’est apprécié de 15 % à 20 % contre les monnaies du monde les plus échangées (euro, livre sterling, yen, etc.), et seulement de 0,6 % contre le yuan. C’est dire la mauvaise foi des USA. 

Par ailleurs on peut désormais constater que les bourses ne suivent pas forcément les fluctuations de l’économie mondiale. Des institutions financières très puissantes dont la JP Morgan Chase, HSBC, Goldman Sachs et Citigroup, ainsi que les fonds spéculatifs qui leur sont affiliés, ont la capacité de « pousser à la hausse » le marché boursier, puis de le « tirer vers le bas ». il réalisent ainsi d’énormes plus-values financières. Cela marche d’autant mieux que des liquidités énormes ont été déversées par la Fed. Le but officiel est le soutien de l’économie américaine, la réalité est surtout l’enflure de la spéculation. Si Goldman Sachs a pour une fois été pris de court par la brutale dévaluation chinoise, il a eu tôt fait de réagir. 

Dire que la baisse de croissance probable de la Chine, la dévaluation de 5% de sa monnaie et la vente massive d’obligations américaines, sont sans impact sur les marchés et l’économie mondiale est un langage de politiciens qui prônent le « circulez, il n’y a rien à voir » pour rendre le peuple aveugle et sourd en lui mettant la tête dans le sac. Quand la croissance chinoise représente 70% de la croissance mondiale et que le poids économique de la Chine dépasse celui des États-Unis, cette prise de position n’a qu’un but politique mais est complètement déconnectée de la réalité. Si le prix des matières premières s’écroule, pétrole y compris, c’est que la demande mondiale est faible, donc que l’économie mondiale est en phase de régression. La Chine en supporte les conséquences dans ses exportations et la dévaluation du yuan vise à en limiter la décroissance. 

Le match USA-Chine bat son plein car la Chine est le véritable concurrent des USA. Celle-ci cherche à introduire le renminbi dans le panier des monnaies auprès du FMI afin d’ajouter son poids dans la compétition des monnaies. Elle a donc procédé à une dévaluation raisonnable et réorienté sa politique économique sur la consommation intérieure qui est poussée par une augmentation des salaires. Les produits chinois s’en trouvent un peu plus cher mais la dévaluation va le compenser. La Chine doit impérativement mais insensiblement se rapprocher du fonctionnement des économies occidentales. Comme les pays du G-7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) restent embourbés dans une stagnation très proche de la déflation (baisse des prix), la revitalisation de l’économie chinoise via le commerce sera néanmoins très compliquée.

Le match USA contre Chine-Russie se joue aussi dans les traités poussés par l’un ou l’autre, traités sur lesquels se joue l’équilibre géopolitique Asie-Pacifique devenu le centre du monde. Face à une menace de dévaluation des monnaies par les banques centrales d’Asie-Pacifique, la Chine défend la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (‘Asian Infrastructure Investment Bank’), le Fonds de la Route de la Soie (‘Silk Road Fund’) et la Zone de libre-échange du Pacifique (‘Free Trade Area of the Asia-Pacific’). En face les Etats-Unis œuvrent fébrilement pour élargir le champ d’application de l’accord de Partenariat Trans-Pacifique (‘Trans-Pacific Partnership’) dans lequel le Japon, auquel l’impérialisme américain maintient son soutien militaire, est inclus. Même si Washington pointe ses fusées sur Pékin, c’est non pas à un repli de la Chine auquel nous allons assister mais à une consolidation de la montée de la Chine comme puissance mondiale. Notre avenir se joue là-bas et bien menteurs sont ceux qui affirment que la récession de l’économie chinoise est sans impact sur la nôtre… mais on est habitué. 

Quand la déflation nous atteint et que la récession menace la Chine,

On ne peut que serrer les fesses et courber l’échine 

Et en cela la France a le pompon

Plouf et petit patapon ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon