vendredi 21 août 2015

Pour une politique énergétique raisonnable tournée vers le progrès (3ème partie)



La politique énergétique française en matière de transports routiers s’oriente vers la pénalisation du diesel (moins lucratif pour l’État que l’essence) et la promotion du véhicule électrique. J’ai montré que cette politique était irresponsable, idéologique et à contre-courant de l’évolution du progrès en matière de propulsion des véhicules. La bonne solution est la poursuite des progrès en matière de réduction des nuisances sur le diesel et l’arrêt des aides aux véhicules électriques pour laisser se mettre en place la voiture à hydrogène que nos constructeurs français ont laissé dans leurs cartons vu l’effet d’aubaine sur la voiture électrique. La balle du progrès est ainsi entre les mains des japonais et des allemands entre autres. Nous sommes en train de passer à côté de lui. 

Nous n’étions pas passé à côté du progrès autrefois avec le nucléaire et ce fut une grande chance pour la France qui avait ainsi pu produire un coût de l’électricité nettement inférieur à celui produit par les centrales thermiques (gaz, fuel, charbon) et les éoliennes. Ce coût nous plaçait dans les pays du monde ayant les plus faibles taux de CO2. En décembre 2013, le kWh danois était à 29,36 c/KWh, l’allemand à 29,21, le français à 15,89. Le Danemark et l’Allemagne sont les pays en pointe sur les énergies renouvelables (EnR), la France sur le nucléaire… ! Bien que n’ayant nul besoin de faire mieux en matière de CO2, vu son avance actuelle par rapport aux plus gros pollueurs, États-Unis, Chine et même Allemagne, n’ayant nul besoin d’arrêter des centrales nucléaires dont la durée de vie peut être prolongée comme aux Etats-Unis, n’ayant eu aucun accident nucléaire notable (échelle 3 et plus sur les 7 niveaux de gravité possible) sur son territoire, la France décide néanmoins de changer partiellement de mode de production. Nous allons vers un Mix nucléaire-éolienne-centrale thermique. De par l’intermittence des EnR, la part de production des centrales thermiques augmente au fur et à mesure de la mise en réseau des éoliennes et des panneaux solaires. Ce choix va nous permettre d’amener le prix du KWh au niveau allemand, soit d’en doubler le prix.

Cette orientation est résolument anti-écologique quoiqu’en dise ses promoteurs, car les centrales thermiques sont très polluantes malgré les progrès faits sur les centrales au charbon, mais en plus nous ne disposons d’aucune des matières combustibles (gaz, fuel, charbon). Nous augmentons donc notre dépendance énergétique au lieu de la diminuer car la dépendance à l’uranium est faible vu la répartition des approvisionnements dont nous disposons sur l’ensemble de la planète. Pour diminuer cette dépendance, l’Allemagne rouvre des mines de lignite et prospecte pour en ouvrir d’autres. Par ailleurs le coût du KWh des EnR est très supérieur à celui du nucléaire REP existant. L’abandon même partiel du nucléaire et la réorientation des deniers publics vers les EnR est une erreur d’autant plus tragique qu’elle fragilise notre position industrielle dans ce domaine, domaine qui faisait partie des fleurons industriels de la France comme le spatial et l’aéronautique. Quand on se déclare anti-nucléaire, cela ne facilite pas sa promotion à l’international. 

Si l’on peut espérer des progrès dans l’utilisation de l’énergie du vent et du soleil, les progrès possibles dans le domaine nucléaire sont d’un autre ordre de grandeur. Ceci est tellement vrai que nous faisons partie d’un groupe de 10 pays, créé en 2003, auquel s’est joint la Commission Européenne en 2006 pour l’étude des réacteurs du futur. Le nucléaire est dans une grande dynamique de progrès international et la France devrait y avoir une place prépondérante si elle ne diminue pas ses efforts de recherche et n’oriente pas son futur vers une autre énergie. La génération II (les REP actuels) cède actuellement la place à des réacteurs avancés dits de troisième génération, mais de conception similaire. Mais cette génération III (EPR de Flamanville, Finlande, Chine) est à peine entamée qu'il est question d'une quatrième génération de réacteurs plus économes en ressources et plus propres qui prendrait le relais d'ici une trentaine d'années.

De nombreuses avancées technologiques sont mises en concurrence. Parmi celles-ci, la voie des réacteurs à neutrons rapides est très prometteuse, c’est la voie qui était arrivée au stade de prototype industriel dit surrégénérateur, Super-phénix, arrêté pour raison politique et qui nous donnait une dizaine d’années d’avance sur la Russie entre autres. Ce fut la première erreur grave d’un gouvernement socialiste dans le domaine énergétique car cela permettait de réutiliser efficacement le plutonium, sous-produit de la combustion nucléaire dans les réacteurs actuels. Dans le même ordre d’idée, il y a l’utilisation du thorium, le métal le plus répandu sur terre, ce qui donne des ressources quasi-illimitées. On travaille également sur les réacteurs à très haute température (1000°C) qui ne rejetteraient plus de déchets radioactifs. Le nucléaire, basé sur la fission des atomes, a de grandes avancées technologiques devant lui. La France est également en pointe sur la fusion nucléaire au centre international de Cadarache, domaine de recherche sur lequel j’ai travaillé déjà en 1960. Il faut encore plus d'une cinquantaine d’années pour arriver au stade de sa mise en réseau mais la fission nucléaire propose l’énergie humainement inépuisable comparable à celle du soleil. 

La politique énergétique actuelle est un coûteux contresens, une négation du progrès. C’est un frein au progrès dans un domaine où la France tenait la première place dans le monde par sa connaissance dans tous les domaines de production des matières nucléaires, du stockage et du tri des matières fissiles. Le nucléaire civil n’a jamais tué, blessé ou handicapé autant de personnes que l’industrie chimique, que les accidents de chemin de fer, de circulation routière, maritime ou aérienne. Il lui est fait un mauvais procès largement promu par l’écologisme, écologie idéologique, ou suspect comme Greenpeace tirant son succès de l’utilisation du catastrophisme des deux accidents nucléaires ayant eu un impact sur l’environnement mais sans que le nombre de victimes les classent dans les grandes catastrophes en nombre de morts et de blessés. Les catastrophes naturelles ont donné depuis toujours des bilans en nombre de tués et blessés et même de ravages matériels d’une autre ampleur comme le tsunami associé à Fukushima. Que ceux qui ont visité Pompéi en témoignent… un volcan l'a rayée de la carte.

L’ennemi de l’homme reste les guerres et la nature, 

Pas le nucléaire mais la bêtise humaine ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon