dimanche 2 août 2015

Capitales régionales ou le « désaménagement » du territoire



L’improvisation du nouveau découpage territorial entraîne le choix risqué de capitales régionales. C’est ce qui vient de se produire avec l’annonce ce vendredi 31 juillet du choix définitif. Toute réforme amène des mécontentements mais il faut dire que ce nouveau découpage ne répond à aucun besoin réel, ni surtout de devoir être réalisé de toute urgence, le soir à la chandelle avec carte, gomme, crayon et téléphone aux amis et cela en tout petit comité. Les raisons évoquées sont la simplification, et la rationalisation des structures et des coûts. On peut d’ores et déjà penser qu’aucun objectif ne sera atteint mais que le tissu administratif français se sera alourdi.

Cette réforme sera au contraire la source de dépenses supplémentaires, un pas de plus vers la désertification des campagnes et la dérive des financements des villes moyennes vers les capitales. Il est illusoire de penser que dans le public, la concentration génère des économies. La meilleure preuve est fournie par les intercommunalités qui ont demandé l’apport de 200.000 employés de plus souvent d’ailleurs de la famille des maires et des conseillers municipaux. Les communautés de communes ne cessent de s’agrandir en personnel, en bâtiments, en nouvelles missions dès leur création. Je n’en veux pour preuve que celle où je vis avec le constat que le nombre d’employés de ma mairie n’a pas diminué pour autant. Par contre les revenus de certains conseillers ont augmenté grâce au cumul de mandats. 

C’est une constante que ne devrait pas ignorer le Président qui patouille dans des réformes inutiles au mieux et coûteuses au pire pour montrer qu’il existe. On peut espérer des économies dans le regroupement de communes sur une seule mairie, les autres ayant disparu, comme on le voit en Belgique par exemple. On ne fait pas d’économies quand on maintient des sous-capitales par des artifices de délégation. Par ailleurs les transferts de personnes d’une ancienne capitale à la nouvelle s’avèrent compliqués et coûteux ne serait-ce qu’en transports. Il n’y aura pas d’économies réelles, tout au plus des transferts d’affectation de crédits masquant la réalité.

Mais on ne peut pas parler de simplification quand on ne supprime aucun échelon dans un schéma incohérent avec des métropoles récemment créées qui vont se heurter à une nouvelle capitale. C’est le cas de Montpellier dont le rayonnement est incontestable en particulier sur le plan universitaire et médical. L’opposition à Toulouse ne cessera pas et polluera les grands projets. Ce sont deux capitales-métropoles qu’il est improductif de séparer. Mais le perdant sera le monde rural qui verra s’éloigner un peu plus les centres de décision en particulier pour l’agriculture. Il n’est que de regarder la nouvelle carte pour s’apercevoir que de grands territoires seront laissés à l’abandon comme ceux situés entre Bordeaux, Nantes, Orléans, Dijon, Lyon et  Toulouse. Ceci représente une grand partie du Massif Central dont on sait que les problèmes de communication et d’infrastructures en général sont importants. 

On ne mélange pas les poireaux et les carottes disait mon instituteur. Pourtant certaines régions vont gérer des entités très différentes. Je connais très bien l’Auvergne et la Région Rhône-Alpes. La partie Massif Central n’a pas du tout les mêmes besoins, ni la même mentalité que les régions alpines. Pour avoir dirigé une entité sportive Drôme-Ardèche, j’ai pu mesurer combien les besoins sont spécifiques. Par ailleurs on a créé en 1960 7 métropoles d’équilibre et l’on crée maintenant 13 régions. Où est la cohérence ? Trop de régions ou pas assez de métropoles ? La lutte entre anciennes et nouvelles capitales ne fait que commencer. Les autres perdantes vont être les villes moyennes qui auront encore plus de mal à se faire entendre. Le maillage administratif de la France se complique et le service rendu perdra en qualité et en proximité sans générer la moindre économie. Le nombre de fonctionnaires ne diminuera pas et chaque échelon s’ingéniera à montrer qu’il est indispensable.

L’idée de base était de copier le modèle allemand avec des régions puissantes en oubliant que la structure administrative de l’Allemagne est récente et historiquement bâtie sur des « provinces souveraines ». La France d’aujourd’hui est napoléonienne et bâtie sur une logique de distance à parcourir à cheval pour assurer une proximité entre l’Etat et ses citoyens. Dans la réforme en cours, c’est l’idée directrice qui manque. Elle ne peut être une simple copie allemande et bâtie sur l’idée fausse que ceci génère des économies. Pour faire des économies, il faut remettre à plat toute la structure administrative et distribuer les rôles en fonction des besoins et des proximités. On ne peut à la fois aménager le monde rural et concentrer les crédits sur les capitales et les métropoles. On n’a même pas tenu compte du souhait des populations, comme en Bretagne, où Nantes, capitale bretonne historique, n’est pas rattachée pour ne pas avoir à trancher entre Rennes et Nantes avec des raisons politiciennes sous-jacentes. 

L’improvisation, le manque de but clair, les querelles politiciennes,

Ne génèreront que des coûts, des lourdeurs, des désordres, 

Et une ruralité et des villes moyennes plus en souffrance.

La réforme territoriale va devenir un énorme gâchis. 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon