jeudi 20 août 2015

Pour une politique énergétique raisonnable tournée vers le progrès (2ème partie)

La politique énergétique s’adresse à un vaste domaine qui inclut la fourniture d’électricité, mais aussi l’acquisition des matières énergétiques, gaz, pétrole, charbon, matières radioactives. Elle comprend, en plus de l’acquisition de ces matières, leur utilisation dans l’industrie, l’usage domestique et public ainsi que le transport des matières et de l’énergie. Suivant le but fixé dans le précédent article il s’agit de profiter au mieux du progrès pour satisfaire à toute la demande, au moindre coût et en minimisant les nuisances de la production, du transport et de l’utilisation. On peut ajouter que cette politique ne doit donner d’aide de l’État que pour la recherche scientifique et technologique en dehors de l’aide sociale. Ceci exclut l’aide directe à l’industrie automobile par exemple et les subventions diverses données aux entreprises et aux particuliers, sauf en cas d’aide dite sociale. Ceci a pour but de garantir la rentabilité des investissements qui est laissée aux investisseurs industriels ou aux particuliers dans une libre concurrence dont la non-observation détruit l’apport du libéralisme.

En matière de transport il faut envisager les trois dimensions, air, mer, terre. Le transport aérien impose sa loi aux États et est l’archétype de la mondialisation. Le progrès fait son œuvre et impose la nature du carburant aux constructeurs aéronautiques. La loi du marché joue à plein en particulier entre Boeing et Airbus. On constate d’ailleurs que le progrès fait alors aller beaucoup plus vite, avec plus de sécurité et au moindre coût. Il faut cependant accepter de déplorer des crashs d’avion mais la sécurité de ce mode de transport dépasse de loin le transport routier. Il faut néanmoins noter que l’on ne se préoccupe pas beaucoup de la pollution engendrée, en particulier la production de CO2 alors que celle-ci est loin d’être négligeable mais se répand sur le globe au lieu d’être focalisée principalement sur le pays émetteur pour le transport routier. 

Le transport par mer offre en gros les mêmes caractéristiques. Le mode de propulsion et le carburant ne subit pas de contraintes de l’État mais la nuisance n’est pas nulle en particulier dans les ports. Là encore le progrès joue son œuvre librement et même la propulsion nucléaire a fait son apparition dans le civil pour les brise-glaces en particulier. Il n’en est pas de même pour le transport routier où l’État français exerce une pression considérable. La dernière loi Macron n’en est qu’une petite illustration avec le transport par autocar. La libre-concurrence européenne laisse encore la mainmise de l’État sur le trafic ferroviaire et l’entretien des infrastructures. Il n’y a pas de privatisation comme au Royaume-Uni et d’ailleurs nous voguons de déficit en déficit avec une détérioration de la qualité d’infrastructures en particulier sur ce qui touche au rail et aux caténaires. Le choix de l’électricité et du diesel est un choix dans lequel le progrès a fait faire un pas considérable en matière de vitesse, de confort et de nuisances avec une diminution du coût au kilomètre parcouru. L’électrification des lignes doit continuer en fonction du trafic et de la rentabilité.

Le transport routier est lui soumis à une emprise forte et constante de l’État. Il se mêle, à la politique énergétique en tant que telle, la préoccupation de la sécurité et celle de la protection de l’homme et de son environnement. Il s’ensuit des interventions sur le réseau routier, le trafic (limitation de vitesse, radars, etc.), les péages (prix du kilomètre parcouru, écotaxe), sur les modes de propulsion (diesel, voiture électrique, éthanol, etc.) par des lois, des décrets d’applications, des taxes et des aides aux industries de l’automobile ainsi qu’aux acheteurs de véhicules. On peut dire que la gestion globale du transport routier par l’État est la plus mauvaise parmi tous les modes de transport. On voit par exemple que la limitation de vitesse atteint des limites en nombre de morts mais pas pour les taxes engendrées par les radars. Quel est alors le but visé ? Pourquoi l’Allemagne ne limite-t-elle la vitesse que dans les zones dangereuses ? Par imbécilité ? Merci pour eux. 

Reprenons l’empreinte de l’État sur la propulsion des véhicules. Une opprobre est jetée sur le diesel supposé être très polluant, en conséquence il faut le pénaliser jusqu’à lui interdire de circuler dans les agglomérations. Cette mesure est triplement idiote car elle est une insulte au progrès, une disposition antisociale et un handicap pour nos constructeurs automobiles. C’est une insulte au progrès parce que les véhicules diesel qui sortent actuellement sont très peu polluants. C’est une disposition antisociale parce que les véhicules diesel les plus polluants sont majoritairement détenus par des conducteurs peu argentés. C’est un handicap pour nos constructeurs automobiles parce que le parc de véhicules est très majoritairement en propulsion diesel et qu’ils ont acquis une bonne réputation à l’exportation en particulier en Afrique. Ne s’agit-il pas tout simplement de récupérer des taxes en augmentant le prix du litre de gazole ? Ce prix aurait rejoint depuis longtemps celui de l’essence s’il n’y avait pas la menace des transporteurs routiers.

Mais l’erreur ne s’arrête pas là. L’avenir de l’automobile a été décidée dans l’électricité. Les constructeurs automobiles ne sont pas prêts à une production de masse rentable, qu’à cela ne tienne on va subventionner l’achat des véhicules électriques et on va d’ores et déjà pousser l’implantation des structures de distribution sur tout le territoire. Il est pourtant clair que malgré cela, ce type de propulsion ne déchaîne pas l’enthousiasme des clients mais sollicite le portefeuille de tous les citoyens. Mais le pire c’est que les constructeurs étaient confiants dans les progrès sur la voiture à hydrogène. Celle-ci arrive en Europe, dans les pays les mieux gréés en postes de distribution, évidemment pas nous puisqu’on a misé sur l’électricité. Cette fois, d’une part le succès des clients est réel au Japon malgré le prix élevé non subventionné et les constructeurs associés japonais et allemands, se passent les brevets et font leur démarche commerciale sans les États. Il est alors sûr que les prix vont baisser rapidement car les constructeurs doivent impérativement vendre et cela sans aide à l’acheteur. 

Faute d’avoir anticipé le progrès, empêtré dans un idéologisme qui fait fi d’une analyse réaliste, la France s’engage dans une voie qui va lui demander rapidement de faire volte-face en ayant utilisé notre argent à fonds perdus. La voix du progrès nous dit de miser sur l’hydrogène et de laisser le parc de véhicules diesel se rajeunir avec des véhicules de dernière génération. L’État doit arrêter d’impulser en permanence certains secteurs de l’économie en troublant les lois salutaires du marché. Il freine le développement naturel, handicape finalement nos constructeurs et n’utilise la science qu’à des fins politiques. la comparaison entre les transports, air, mer et sol, montre clairement que l’État ferait mieux de se concentrer sur ses tâches régaliennes et laisser agir la libre concurrence, ce qui est d’ailleurs dans le credo de l’UE.

Puisque l’électricité est au centre de la politique énergétique française il nous reste à voir sa cohérence avec les buts définis par le bon sens. Nous en parlerons dans le dernier article sur ce sujet. 

La maîtrise de l’énergie et la recherche d’indépendance énergétique

Sont des atouts-maîtres du développement économique, 

Mais l’énergie est aussi tributaire des lois du marché.

C’est pourquoi l’interventionnisme étatique 

Est à proscrire parce qu’il utilise le progrès

A des fins politiques dispendieuses. 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon