samedi 22 août 2015

La France va mal, mais qu’en est-il des pays majeurs ?



La France va mal car aucun des problèmes majeurs auxquels elle est confrontée ne sont résolus. La trajectoire du 1-1,1% de croissance pour 2015 n’est rien moins qu’assurée, vu la baisse de l’indice des produits manufacturés, le climat de dépression dans les entreprises, le chômage qui grimpe toujours comme la dette publique sans qu’aucune des mesures prises depuis deux ans ne produise un réel effet. La France attend que l’Europe la pousse en avant mais elle avance désormais moins vite que la moyenne des pays de l’UE. Le problème des migrants, de l’invasion de peuplement d’une autre civilisation, de l’insécurité grandissante qui en découle ne sont pas résolus. On s’attaque tant bien que mal aux effets comme à Calais mais les causes sont toujours là et l’attaque terroriste d’Arras montre que les mesures prises sont loin d’éradiquer les causes auxquelles on renâcle à s’attaquer. L’euro continue à plomber notre économie malgré un trio de facteurs exogènes qui nous sont favorables.

La Banque mondiale vient de publier le classement des pays selon leur PIB, ce qui définit leur puissance économique dans le monde. La Chine tient bien désormais la première place devant les États-Unis d’une courte tête il est vrai mais l’écart va grandir avec une croissance chinoise à 4%  alors que les États-Unis sont menacés de récession. On voit que le continent asiatique se taille la part du lion avec l’Inde et le Japon mais ces deux économies sont d’une taille bien inférieure à celle des deux leaders, ceux qui pèsent sur l’économie mondiale. Mais contrairement à ce que laisse à penser l’opprobre jetée sur la Russie, on voit que celle-ci est devant l’Allemagne. Le Brésil, en difficulté actuellement reste un pays majeur avec l’Indonésie. La France et le Royaume-Uni se partagent la neuvième et dixième place devant l’Italie. Nous fermons désormais la queue des pays majeurs et il faut cesser de parler de la cinquième place mondiale pour notre pays. Nous perdons régulièrement des places et notre poids économique ne représente qu’à peine 15% de celui des deux leaders. 

Mais il faut nuancer ce classement par un regard sur le PIB/Habitant des onze pays majeurs. Le pouvoir d’achat moyen de l’américain n’a rien à voir avec celui du chinois, plus de quatre fois moins élevé. Les disparités de revenus sont énormes en Chine en particulier entre la côte est et le reste du pays. Le même constat est encore plus sensible avec l’Inde. Ce pays s’éveille mais il est à la traîne sur l’augmentation du niveau de vie et les disparités sont encore plus grande qu’ailleurs. L’organisation en castes est un frein toujours vivace. Le Japon reste une grande puissance économique mais le niveau de vie y est inférieur aux trois pays majeurs de l’UE (Allemagne, France, Royaume-Uni). Le pays qui doit attirer l’attention est bien la Russie où le niveau de vie progresse désormais régulièrement et on va constater que malgré les sanctions et la baisse des matières premières dont le pétrole, l’année russe 2015 sera loin d’être catastrophique. Le niveau de vie russe dépasse largement celui du Brésil et de l’Indonésie, pays dont on parle peu en Occident mais qui s’impose au niveau mondial. Si l’Asie domine en termes de PIB, c’est l’Occident qui domine en terme de niveau de vie. Ceci montre que les pays asiatiques ont encore de beaux jours pour inonder le marché mondial de produits à bas coût.

La dette mondiale explose (+55% entre janvier 2010 et juillet 2015), la question qui se pose c’est pourquoi ? La réponse est malheureusement évidente, le monde vit à crédit depuis longtemps, en France depuis 1974. J’ai eu l’occasion de dire que les pays, principalement les États-Unis ont jugé que la croissance n’était pas suffisante pour éponger leurs dépenses publiques. Nous sommes donc entré dans un système d’une monnaie déconnectée de l’or physique, de déversement de liquidités sur les banques et désormais sur les États par les banques centrales. Le tout est couronné par des taux voisins de zéro pour les emprunts. Le monde se nourrit donc de dettes. Le Japon est le cas extrême où il a maintenu un niveau de vie par un endettement qui va atteindre trois fois son PIB annuel. Si l’on excepte ce cas extrême, on voit sur le graphique que les dix autres pays s’alignent bien autour d’une droite qui montre que les pays ont tous augmenté leur niveau de vie en empruntant. La croissance « naturelle » n’a pas suffi à la gloutonnerie des États qui ont répandu une richesse qu’il n’avait pas sans avoir recours au déficit public et à l’endettement. Certains en ont mieux profité que d’autres comme l’Allemagne par rapport à l’Italie. En gros 10% d’endettement supplémentaire a donné 8% d’augmentation du PIB/Habitant. Deux pays se signalent par un faible endettement, la Russie qui réussit à avoir un PIB/Habitant respectable et en progrès et l’Inde qui ne fait pas appel au déficit budgétaire et montre que son PIB/habitant en pâtit. 

Nous voyons bien que nous sommes dans une spirale dont nul ne peut sortir sans un éclatement général. Ceci est particulièrement vrai pour les pays majeurs de l’UE. L’Allemagne freine des quatre fers et veut faire freiner les autres avant l’explosion. La France n’en accepte pas les règles. Qui peut penser que nous pouvons nous endetter indéfiniment, en laissant les monnaies perdre régulièrement de la valeur par rapport à leurs équivalents physiques ? La Grèce est déjà en train de payer ses dettes à la BCE, avec l’argent que celle-ci donne dans le 3ème plan d’aide, et met en vente son patrimoine. L’Italie le vend aussi… Quand on vend les bijoux de famille, la dèche n’est pas loin. La Chine éternue, les États-Unis toussent. Tout tient par notre apathie et notre tolérance, en France particulièrement. 

Le monde vit à crédit et l’heure de vérité s’approche. 

Le système ne tient que par la confiance

Que nous croyons pouvoir donner 

Mais jusqu’à quand ? 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon