jeudi 13 août 2015

Deux bulles explosent en Chine, le monde s’inquiète



Un malheur n’arrivant jamais seul, deux bulles viennent d’exploser en Chine. Dans une gigantesque explosion la  première a fait immédiatement des morts (17 ?) et des centaines de blessés dans la zone portuaire de Tianjin. On en connaîtra bientôt le nombre exact mais le Guardian signale des informations du Beijing News, selon lesquelles au moins 700 tonnes de cyanure de sodium étaient entreposées sur le site de l'explosion. L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) classe ce produit comme une substance "très toxique" et "dangereuse pour l'environnement". La qualité de l'air s'est dégradée dans la foulée des explosions à Tianjin (Chine), rapporte le China Daily, cité par le Guardian (en anglais), jeudi 13 août.

Un dizaine de morts suite à l’explosion vont allonger la longue liste des catastrophes chimiques sans compter une pollution dangereuse qui rappelle les tristement célèbres catastrophes de Bhopal en Inde et de Seveso en Italie. Combien de personnes seront intoxiquées dans cette zone de forte densité de population ? On le saura plus difficilement mais le produit est très dangereux. Ayant travaillé toute ma carrière dans une industrie nucléaire, j’avais classé les risques de mon industrie pour l’homme dans l’ordre décroissant suivant : chimique, électrique, nucléaire. Quel impact médiatique aurait une catastrophe dans une industrie du cycle du combustible nucléaire, même limitée aux travailleurs de celle-ci, d’effet sur l’homme comparable à celle de Tianjin ? Il serait énorme, en particulier en France, et sonnerait vraisemblablement la fin rapide de l’électricité nucléaire devant un déchaînement de protestations et de manifestations de tout genre. Mais parmi les écologistes, qui demande l’arrêt de l’industrie chimique comme l’arrêt du nucléaire ? Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage et tout raisonnement logique est écarté d’emblée surtout lorsque la politique et l'idéologie s’en mêlent. 

Mais la Chine est secouée par l’explosion d’une deuxième bulle et vient de pratiquer une chirurgie monétaire par la dévaluation du yuan sur trois jours consécutifs de presque 2 % mardi matin, puis d’environ 1,6 % mercredi. Elle accentue sa baisse en ce jeudi 13 août avec une nouvelle chute de plus de 1% face au dollar. Depuis le début de la semaine, la monnaie chinoise a désormais perdu environ 4,5% de sa valeur par rapport au dollar. C’est une rupture par rapport à la politique monétaire précédente qui voulait que la Banque de Chine fixe chaque jour le taux de change et laisse fluctuer ensuite le yuan au gré du marché mais dans une fourchette imposée de + ou – 2%. En fait les fluctuations se sont toujours limitées à quelques dixièmes de la marge autorisée. Cela rappelle d’ailleurs le serpent monétaire d’avant l’euro dans lequel nous aurions bien fait de rester. Devant la baisse significative de 8,3% de son commerce extérieur en un an, le dos au mur avec l’éclatement de la bulle des actifs financiers (-60 milliards en juin 2015) et de l’endettement, une mesure d’urgence s’imposait. La Chine a choisi la dévaluation sans prendre celle de la rigueur. 

C’est sans doute la meilleure solution à court terme mais la plus mauvaise à long terme car elle signifie que la politique chinoise suit celle de la Fed et désormais celle de la BCE qui consiste à ouvrir la création illimitée de liquidités qui soutient plus les marchés que l’économie du pays. C’est la leçon que nous devons retenir si nous tentions une sortie de l’euro. Une dévaluation, même sans doute légère par rapport au dollar, ne suffirait pas sans une politique de rigueur. La question qui restait en suspens était celle des possibilités pour la Chine de jouer un rôle accru au sein du FMI et son intégration dans le panier de monnaies. On pensait que la Chine hésiterait à favoriser la baisse du Yuan en raison de cette question en suspens. La situation est suffisamment grave pour que ces prétentions à l’intégration internationales soient reléguées au second plan. 

La coïncidence des politiques menées aux USA, dans l’UE, au Japon et en Chine laisse prévoir une recrudescence de la guerre des monnaies. Par ailleurs le moteur de l’économie chinoise était celui de l’économie mondiale. Son ralentissement va avoir un impact négatif sur la croissance mondiale, donc en Europe et en France. Les matières premières dont le pétrole sont les premières affectées. La baisse vers les 40$ le baril va impacter durement les compagnies pétrolières sur le gaz de schiste aux USA. Nos exportations vers la Chine dans l’automobile et les produits de luxe entre autres vont être affectés. Étant donné la place actuelle de la Chine dans l’économie mondiale, les conséquences de cette bulle chinoise peuvent être plus importantes que celles de la crise de 2008. Etant entendu que nous sommes sur des bulles américaines et européennes, l’éclatement de la bulle chinoise peut précipiter l’éclatement des autres. En fait personne ne peut savoir ce qui va se passer parce que nous sommes dans une situation inédite. Les marchés sont inquiets et chutent car le pire est l’incertitude. Ils traduisent la peur d’un raz de marée.

Après avoir boosté son économie avec une politique de l’immobilier qui a amené une surproduction et des villes entières de logements vides, puis s’être tourné vers le commerce extérieur en maintenant un cours du yuan très compétitif, la Chine a épongé l’économie mondiale, comme le fait l’Allemagne sur la zone euro. Elle pense désormais maintenir une politique de déversements de liquidités tout en dévaluant le Yuan pour redynamiser ses exportations. Les conséquences de cette politique risquent de détourner d’elles les capitaux, de relancer la guerre des monnaies et de plonger le reste du monde dans la déflation. Par contre en se dirigeant vers un système de change plus flexible, la devise chinoise pourrait bientôt remplir tous les critères pour devenir une grande monnaie de référence comme le souhaitent les autorités chinoises. 

Que l’on parle d’énergie électrique, ou d’économie mondiale,

Les mauvaises orientations se payent toujours un jour ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon