dimanche 23 août 2015

Faut-il rester dans l’OTAN au côté de la Turquie ?



Il se joue une phase de la guerre en Syrie et en Irak dans laquelle la Turquie joue un jeu que ne devrait pas cautionner la France. La Turquie a reçu un feu vert des États-Unis pour constituer avec eux une zone d’exclusion en Syrie proche des frontières turques dites contrôlées par les forces libres syriennes qui n’existent plus. Le porte-parole du Département d'État, Mark Toner, a commencé dès hier à énoncer les règles d'une Zone d'exclusion que les USA et la Turquie ont décidé d'établir hors des frontières turques. En réalité la zone sera sous l’emprise d’ISIS avec l’armée turque et des forces d’appui américaines et qataris. Il est désormais évident que l’armée turque ne bombarde pas ISIS mais les forces kurdes et continue à accueillir ISIS en Turquie et à l’alimenter en armes et en soutien logistique. Ceci est connu des USA qui, contrairement à ce que l’on nous raconte, soutiennent ISIS dans sa lutte contre le gouvernement syrien qui regagne du terrain.

La Turquie d’Erdogan joue un jeu trouble de prédateur en Syrie et soutient ISIS pour mieux la piller dans son patrimoine. Une usine entière est même démontée avec le concours d’ONG, complices des USA, pour répertorier tout ce qui présente un intérêt. C’est un véritable pillage en règle qui a lieu en Syrie, pillage qui touche les humains parqués en Turquie ou remis aux mains d’ISIS. Il y a des rapports fiables et documentés sur des chrétiens syriens enlevés depuis 4 ans par des terroristes d'ISIS et que ces citoyens syriens ne sont pas traités comme des réfugiés en Syrie par les ONG, mais plutôt enfermés dans des camps de concentration où ceux qui refusent de se convertir et de rejoindre les combattants d'ISIS sont exécutés, tout ceci avec la peine complicité de la Turquie et de ses Services secrets. Les femmes sont particulièrement visées et servent aussi aux bordels occidentaux. Pourquoi cette volonté des USA d’encouragement de la Turquie et d’ISIS s’amplifie-t-elle ? Pourquoi nous prêtons-nous à cette ignoble entreprise et ne nous opposons nous pas à la Turquie dont la réputation n’est plus à faire dans la répression des minorités ? 

La réponse à la première question vient du revirement de l’Arabie Saoudite, désormais en guerre pétrolière avec les USA et son gaz de schiste par effondrement des cours. L’Arabie Saoudite se rapproche de la Russie et de l’Iran, et laisse l’ISIS se débrouiller seul. La diabolisation de la Russie et la pression constante de Kiev sur le Donbass en Ukraine permet de tenter une dernière tentative de renversement du gouvernement syrien, ou de préparation d’une négociation de cessez-le-feu avec scission du pays et démission de Bachar al Assad. La stratégie américaine du chaos reste la même avec un minimum d’engagement des forces américaines, la participation des alliés (Turquie, France, Royaume-Uni, Allemagne, etc.) et l’aide aux mouvements qui s’attaquent aux régimes forts des pays rebelles à l’hégémonie américaine, s’étant désormais investie d’un droit mondial d’ingérence. Derrière cette nouvelle action américaine se cache toujours la guerre contre la Russie. C’est d’ailleurs pour cette raison que Poutine a poussé une colère contre l’ambassadeur turc au sujet de l’ingérence directe turque en territoire syrien.

La réponse à la deuxième question sur la politique étrangère française, qui s’accoquine de facto avec la Turquie devenue envahisseuse, pilleuse et prédatrice, est malheureusement notre apathie et notre suivisme derrière la politique américaine. Il n’y a plus de politique étrangère française autonome que ce soit en Asie ou en Afrique. Nous ne pratiquons plus la politique de la chaise vide en cas de désaccord au sein de l’OTAN puisque nous sommes toujours d’accord avec les USA quand il s’agit d’ingérence dans un pays étranger. Nous sommes même les fers de lance, les premiers, la première vague d’assaut, comme en Libye, en Syrie quitte à faire marche arrière sous pression américaine, en Irak et en Iran où nous étions les plus fermes sur l’interdiction du nucléaire militaire pour finalement signer également sous pression américaine. Nous étions là aussi en Ukraine pour négocier avec la Russie alors que la CIA, le MI6 britannique, le Mossad israélien et l’UE ont largement participé au soulèvement de la place Maïdan à Kiev avec les snipers qui ont tiré dans la foule après avoir été entraînés en Pologne comme cela a été révélé par un eurodéputé. 

Bien sûr tout cela est loin de nos préoccupations quotidiennes, loin du mirage de la baisse de la pression fiscale en 2016, de l’inversion de la courbe du chômage, de la croissance retrouvée, des vertus de la loi « Macron » qui nous bercent dans notre petit jus égocentrique. Nous préférons le voyeurisme du scénario pitoyable de la famille Le Pen et le stress des attentats terroristes qui vont nous menacer régulièrement. Mais ces derniers ne sont pas étrangers à notre politique dont l’ingérence en pays musulman, ou à minorité musulmane importante, incite au djihadisme, à la revanche sur l’Occident. Qui sème le vent, récolte la tempête. La France est impuissante désormais, aussi bien à l’extérieur, où ses victoires sont des victoires à la Pyrrhus, en Libye, au Mali, en Irak, qu’à l’intérieur où la restriction de nos libertés individuelles est déjà une victoire du djihadisme et n’évitera pas des pertes humaines sans que l’on sache où et quand. 

Avec la Turquie la France pêche en eau trouble 

Elle offre une image défraichie et opaque,

Sacrifiant ses intérêts pour s’écrier 

OTAN en emporte le vent ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon