mardi 25 août 2015

Quel avenir pour le souverainisme ?


L’éclosion du souverainisme coïncide  avec la construction de l’Europe, la CEE et puis l’UE. Il s’est cristallisé autour de De Gaulle, la main tendue vers l’Allemagne en 1963, mais sourcilleux sur l’indépendance française. Sa pensée s’est illustrée durant sa visite au Canada avec le fameux « Vive  le Québec libre ! ». Ce dernier maintient d’ailleurs une distance avec le gouvernement canadien et tend à être une province confédérale. C’est bien de cela que De Gaulle voulait, une Europe confédérale où l’indépendance des nations était statutairement garantie. Cette idée de l’Europe est en conflit avec celle de Jean Monnet, suppôt des USA, l’Europe fédérale qui est en marche mais qui rencontre désormais un mouvement égocentrique nationaliste. 

Le souverainisme a plié l’échine devant le bulldozer de la pensée unificatrice de l’UE basée sur le principe simple et simpliste « l’Union fait la Force ». L’Europe fédérale a été vendue comme l’objectif ultime où les nations ne seraient plus seulement sœurs mais siamoises, où le peuple se sentirait européen avant d’être nationaliste. Il devait s’en suivre une hausse générale du pouvoir d’achat, des prestations sociales plus élevées, soutenues par une croissance inégalée dans une équipartition des richesses. Comment ne pas y faire souscrire une jeunesse pleine de rêves ? Comment ne pas rêver de traverser les frontières sans barrière douanière, d’utiliser la même monnaie, de chanter sous le même drapeau ? Le souverainisme était le briseur de rêves, celui qui ne croit plus à la fraternité européenne, à son pouvoir, de créer la paix, d’aplanir les disparités entre nations, d’augmenter le bonheur de vivre de ses citoyens dans une ouverture au libéralisme mondialisé. Il n’en fallait pas plus pour le mettre en sourdine, vilipendé par les politiques européistes à la solde des trusts, des lobbies, des banquiers, des financiers, assommé par une meute de journalistes aux ordres encline à servir le pouvoir. 

Le miracle du bon sens français a réussi à parler une fois, la seule où on lui a donné la parole après la courte victoire du fédéralisme de Maastricht, lors du référendum sur la Constitution européenne. Sarkozy a eu tôt fait de trouver la parade. Depuis le souverainisme français se dilue et se dénature entre grands et petits partis  des Républicains au FN mais n’a pas de réalité politique suffisante pour agir. Des voix éparses s’élèvent mais les grands partis récupèrent ses idées et les petits partis campent sur leurs égos. C’est parce que le programme commun des souverainistes n’existe pas que le souverainisme se voit coincé entre les grands partis et survit par la ponction que l’on fait de ses idées au gré des besoins électoraux. 

Le souverainisme doit s’exprimer d’une même voix et repartir de ses fondamentaux liés à l’affirmation, de l’indépendance du peuple français, de son identité laquelle est attachée à une civilisation qui ne renie pas plus ses origines et son passé royaliste et chrétien que sa démocratie républicaine et laïque. C’est de ce constat que découlent les actions que veut promouvoir le souverainisme et il ne peut donner lieu à aucun schisme sous peine de perdre de sa vitalité et de sa clarté. Ceci veut dire en clair qu’il faut sortir de l’UE et de l’OTAN, deux organisations sous l’influence et le contrôle des Etats-Unis. Ceci veut dire qu’il faut reconstruire une autre Europe, une Europe où tous les pays européens peuvent entrer, une Europe confédérale qui ne laisse de côté ni la Norvège, ni l’Islande, ni la Suisse, ni même la Russie. Cette Europe, basée sur le plus petit dénominateur commun, permet de statuer sans toutes les exceptions qui fleurissent dans le traité de Lisbonne. Il se limite à définir les domaines où justement l’union fait la force et ou on est dans le gagnant-gagnant. Ceci peut permettre d’envisager tous les domaines, économique, social, juridique, réglementaire, militaire, politique internationale, etc. 

Mais ceci exclut toute autorité supranationale, toute voix supplémentaire donnée aux pays les plus puissants. Les accords multilatéraux peuvent exister sous condition de ne pas nuire au pot commun européen statutaire. C’est une nouvelle Europe souple et adaptative qui peut repartir sur des bases saines que doit proposer le souverainisme. Mais c’est aussi l’affirmation que l’Europe a une identité et une histoire qu’elle entend préserver. L’Europe n’est pas une passoire qui recueille la misère du monde, ni une civilisation qui entend disparaître au profit d’une autre. Elle se doit de filtrer l’immigration et d’aider les pays d’émigration à en stopper l’augmentation. Elle ne doit rien céder dans ses lois aux poussées d’une nouvelle religion. Il n’y a pas de nation sans frontière, comme il n’y a pas d’être sans corps. C’est la frontière nationale qui est le point fondamental d’une nouvelle Europe et qui définit avec la monnaie la puissance d’une nation à exister. 

Il y a un souverainisme de gauche et de droite, car la notion de refus de la supranationalité est une idée qui traverse les clivages politiques mais c’est le seul point commun qui les relie. Jean-Pierre Chevènement, pour lequel j’ai la plus grande admiration pour son analyse du fonctionnement de l’UE actuel et dont la connaissance historique éclaire nos relations avec l’Allemagne, ne reniera jamais son appartenance au socialisme. Mélenchon tient encore à l’euro mais il y a des communistes qui veulent sortir de l’UE. Des accords ponctuels électoraux sont possibles comme ce fut le cas pour Maastricht mais l’idée d’une coalition aboutissant à une politique commune est un leurre à moins de catastrophe économique s’abattant sur la France et l’UE. Le souverainisme a un bel avenir pour ses idées car le présent ne cesse de lui donner raison et cela ne fera que croître mais il est encalminé dans une écluse dont les Républicains et le FN tiennent les portes, écluse dans laquelle ces derniers en profitent pour faire le plein des idées qui peuvent leur servir. 

Dès qu’un souverainiste se démarque au-dessus du lot, il en est toujours un autre pour lui contester la vedette. La volonté commune de se rallier à un programme clair sur les fondamentaux du souverainisme n’existe pas encore. L’avenir, riche des opportunités pour faire valoir ses idées, est plus tourné vers la captation par les grands partis que vers une percée derrière un programme d’abord et un leader ensuite. Seul le rassemblement du souverainisme de droite peut espérer une alliance solide avec le souverainisme de gauche… mais l’avenir est tout prêt à lui donner un coup de pouce. 

Seul le chef reconnu d’une famille 

Peut ensuite tendre la main 

A un autre chef de famille

Et espérer n’en faire qu’une ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon