vendredi 28 août 2015

Un Front de Libération de la pensée unique ?



Des mouvements politiques centrifuges de la pensée unique se créent et se font entendre de plus en plus. Je ne parle pas de la maladie chronique des Verts qui n’ont jamais réussi à avoir une vraie politique de gouvernement. Ils ne se rassemblent qu’autour des thèmes proprement écologiques, en particulier les énergies renouvelables et le combat associé contre le nucléaire. C’est peut-être d’ailleurs ce qui sépare le plus la gauche de gouvernement de la droite « républicaine » où cette dernière ne manifeste pas le même empressement pour l’écologie idéologique et la rupture avec l’énergie nucléaire. Pour le reste les pensées sont tellement proches que l’on entend Emmanuel Macron fustiger les 35 heures. Ce dernier, pur produit du milieu bancaire, est le chantre du Medef et le défenseur de l’euro chéri par les lobbies, les trusts, les financiers et les banquiers. La politique d’austérité sous la férule allemande, initiée par Sarkozy, perdure avec Hollande. L’arrivée dans l’OTAN, les guerres en Libye, Mali, Irak, Syrie, la pression sur l’Iran, le soutien au gouvernement de Kiev, les sanctions contre la Russie, n’ont de plus posé aucun problème à la pensée unique gauche-droite toujours inféodée aux États-Unis.

Contre cette belle unanimité des partis de gouvernement, à quelques détails près comme le montant de la somme que l’on va attribuer au Medef, les rebelles à la pensée unique forment des groupes épars à gauche et à droite, hormis le FN et des groupes républicains de pensée à droite incapables de risquer de ne plus avoir l’investiture du parti dominant. Nous sommes devant un contraste douloureux d’un peuple qui rejette massivement la pensée unique puisque entre les abstentionnistes, la gauche de la gauche et la droite de la droite, nous sommes devant une masse des 2/3 de votants anti pensée unique. La grande majorité des français n’adhère pas à celle-ci et pourtant c’est celle qui nous mène depuis quarante ans et plus spécialement depuis l’entrée dans l’UE. L’euro n’a fait que parapher l’adhésion à un fédéralisme européen qui ne voulait pas dire son nom. 

On comprendrait mal que ce refus de la pensée unique ne se soit pas traduit dans les urnes si nous n’assistions pas à un jeu de chaises musicales prenant en compte le fait que le pouvoir use d’autant plus vite que ses résultats sont contestables, et que le meilleur moyen de le récupérer est de le reprendre à celui qui vous l’a pris, lequel sait lui-même qu’il va le récupérer facilement le coup suivant ou le coup d’après. A cette prise de bi-possession du pouvoir par la pensée unique, il faut ajouter une dispersion des rebelles à l’extrémité de l’échiquier tandis que le centre sert de bite d’amarrage aux deux faux belligérants avec l’Europe fédérale comme liant.

Il faut nous souvenir de la période de la Résistance dans la deuxième guerre mondiale où droite nationaliste et communisme ont collaboré au bon sens du terme. Nous sommes en effet devant l’alternative soit de voir la pensée unique garder le pouvoir en 2017 malgré la désaffection majoritaire des citoyens soit de réunir les extrêmes sous un Front de Libération de la pensée unique, comme cela fut le cas à la fin de la dernière guerre. Ce Front ne pourrait sans doute pas durer très longtemps mais au moins le temps de créer la « Révolution » nécessaire pour enlever du pouvoir ceux qui le trustent depuis quarante ans accrochés à une pensée unique devenue mortifère pour la classe moyenne de notre pays et pour la place de la France dans le monde. Ce peut être une vue de l’esprit tant les vieux réflexes d’opposition gauche-droite sont encore vivaces. La gauche se veut populiste et voilà que l’on parle du FN comme d’un parti populiste, argument de la pensée unique pour mettre de l’huile sur le feu sur l’opposition gauche-droite. La tactique marche et chacun cherche à ne céder aucune voix populiste à l’adversaire, bien loin d’un regard sur le destin de la France. 

Je lisais ce matin avec une certaine tristesse un article contre Jacques Sapir, économiste prônant la sortie de l’euro. Cet article, écrit par un sympathisant de la gauche de la gauche pour des propos tenus par Sapir sur la reconnaissance de celui-ci du bien-fondé de l’orientation anti-euro du FN, commentait ceux-ci comme une volonté de Sapir de vouloir sortir de l’euro pour redonner le pouvoir à la finance et aux trusts. Sortir de l’euro serait un déni de la volonté de gauche de créer une Europe sociale, son crédo d’adhésion à l’UE. De toute évidence, la sortie de l’euro demande un débat public contradictoire, débat largement occulté par la pensée unique mais qui va s’imposer malgré tout. Cependant il s’agit avant tout de savoir si la France se portera ou non mieux si elle décroche de l’euro, donc probablement de l’UE et de l’OTAN. Le débat sur une nouvelle Europe plus sociale pourra alors avoir lieu, mais le constat est que l’Europe actuelle est une Europe à vocation économique antisociale.

Il faut constater que nous sommes devant un spectaculaire déchaînement d’égos à gauche et à droite parmi les adversaires de la pensée unique. Chacun y va de son anti-programme mais tient à montrer ses différences voire son opposition aux autres. Les plus faibles en représentation électorale sont souvent les plus pugnaces. C’est ainsi ouvrir la porte à la reconduction de la pensée unique. Le FN campe en leader, donc chacun tient à s’en démarquer et fait chorus à sa diabolisation avec d’autant plus de force que celui-ci s’éloigne de ses origines. Pour l’instant on ne discute pas sur ce qui rapproche mais sur ce qui divise. C’est ce que font les Verts et ils vont disparaître. C’est ce que sont en train de faire les anti pensée unique et ils ne pourront ainsi jamais se coaliser. 

Regardons les choses en face. D’abord veut-on réellement sortir du pouvoir les deux partis de gouvernement ? Si la réponse est oui, il faut considérer que le FN représente la principale force politique qui cristallise le mieux ce refus. Il faut considérer aussi que, grâce aux abstentions, le jeu des partis de gouvernement sera de ne pas lui permettre de gagner le deuxième tour des présidentielles. C’est mathématiquement gagné d’avance aujourd’hui sauf un revirement poussant les électeurs à abandonner les partis de gouvernement. Qui peut pousser et donner à l’électeur le sentiment que son vote ne sera pas inutile en votant contre la pensée unique ? Une coalition, suffisamment crédible, qui cesse de jeter des anathèmes et construit un vrai programme, lequel ne peut qu’être bâti sur la reconquête de la souveraineté de la nation. C’est sur ce but ultime qu’un Front de Libération de la pensée unique peut espérer donner les voix qui amèneront à un vrai changement politique. Je me permets, à titre tout-à-fait personnel, de le souhaiter et d’espérer voir les leaders de la gauche de la gauche et ceux de la droite de la droite s’atteler à cette volonté de minimiser les clivages et à une réflexion solidaire sur les bases d’une union de salut public. 

C’est à partir des rêves que les grands évènements se préparent. 

Les égos et les querelles partisanes sont les briseurs de rêve.

Arrêtons-nous un moment et pensons pour la France ! 

Les français sont prêts à croire ceux qui arrêtent

De penser à eux-mêmes avant la France !

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussilonl