jeudi 8 décembre 2016

Qui parle encore de la dette publique ?

Emmanuel Macron s’est empressé de donner quelques lumières sur son programme juste après l’arrivée en campagne de Manuel Valls et de refuser la primaire de gauche (pierre dans le jardin de Valls). Il est déjà au-dessus de ça. Son programme économique se résume à un cadeau aux salariés et à une augmentation de la CSG des particuliers avec une assiette plus large. On ajoute une petite pincée de socialisme en spécifiant que les petites retraites ne seront pas touchées par l’augmentation de la CSG, et que les lunettes et les frais dentaires seront mieux remboursés (pierre dans le jardin de Fillon), merci pour eux. Néanmoins le matraquage des classes moyennes continue, et on ne sait toujours pas si son programme équilibre recettes-dépenses ou non. Autrement dit, la dette publique ayant servi de variable d’ajustement depuis quarante ans, nous n’en sommes qu’à des annonces politiques sans consistance économique.

Pourtant la dette devrait être une préoccupation majeure puisqu’elle consiste à rejeter sur les générations futures les déficits successifs des budgets de l’État. Le FMI change son fusil d’épaule et préconise une relance de la demande dont on peut se douter qu’elle sous-entend un relâchement sur le resserrage des déficits budgétaires. La même évolution se dessine dans l’UE. En effet la prévision de la croissance mondiale ne cesse d’être revue à la baisse. Or comme le montre le graphique ci-contre il y a un lien fort entre la dette/PIB et le PIB/habitant dans les principaux pays de l’UE. Les pays à croissance faible s’endettent le plus. Certains pays sont plus touchés que la loi statistique le montre, c’est le cas de la Grèce, de l’Italie et de la Belgique. L’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, font partie des pays vertueux comme les pays du Nord. La règle normale observée sur ce graphique montre que 1% de plus du PIB/habitant entraîne une diminution de la dette/PIB de 2,37%. Ce qui veut dire que nous pourrions rembourser la dette par un surplus de croissance de 40% du PIB sur un an ou de 1% tous les ans pendant quarante ans. 

Ceci montre que nous transmettons notre dette à au moins 2 générations ou que, dans l’esprit des gouvernements, la dette ne se remboursera jamais. Il s’agit d’un jeu très dangereux. La faiblesse des taux d’emprunt incite dans cette voie mais la tendance à la hausse se fait désormais sentir. On était à 0% sur 8 ans il y a peu, on est à 0,7% aujourd’hui. Si l’on peut repousser la dette, il faut acquitter les intérêts. Une augmentation des taux d’emprunt de 1% représente une dépense supplémentaire de près de 5 milliards pour la France d’aujourd’hui. C’est donc un indicateur important de la prise de risque qui n’émeut pas le programme Fillon. Peut-être croit-il qu’en faisant travailler plus, on va faire diminuer le pourcentage de la dette. Malheureusement le graphique ci-contre tend à prouver le contraire. La baisse du pourcentage de la dette à 96,2% pour la France ne peut être obtenue ainsi, car le travail manque et s’il augmentait grâce à d’autres mesures économiques, il conviendrait d’abord d’embaucher pour diminuer le chômage. On retrouve d’ailleurs ce qui a été publié dans un précèdent article sur le lien des heures travaillées et le PIB/habitant. 

De plus le contexte économique mondial se dégrade. La Banque de France a abaissé vendredi 9 décembre ses prévisions de croissance pour la France à 1,3% en 2016 et 2017, puis à 1,4% en 2018, en raison principalement d'une «dégradation de l'environnement international».

La croissance du PIB/habitant est bien la clé de la réussite économique et agit directement sur la dette mais on peut aussi constater que le lien est très fort avec le salaire moyen horaire. C’est vrai pour tous les pays envisagés ici. On peut dire que la croissance profite à tous. On peut même dire que 1% sur le PIB/habitant procure 1,6% sur les salaires hebdomadaires moyens. Dette, croissance et salaires sont intimement liés, il n’y a pas de secret. On trouverait de même que 1% de dette/PIB de plus entraîne une baisse du salaire hebdomadaire de 0,8%. Mais on peut constater une fois de plus que l’augmentation des heures travaillées n’agit que négativement sur le salaire hebdomadaire car très lié au PIB/habitant. 

Les mesures économiques à prendre ne peuvent donc que jouer sur la demande et sur la diminution des charges sur les entreprises. Vouloir, comme le prévoit Macron, augmenter la CSG pour diminuer les charges des salariés, est un peu comme tourner en rond sur l’économie. Par contre ceci n’amène rien aux entreprises qu’il faut booster par ailleurs. Si l’équilibre budgétaire entre ces deux actions n’est pas trouvé, c’est le déficit public qui fournit l’appoint. La dette publique est une épée de Damoclès suspendue à la faiblesse actuelle des taux d’emprunt pour le court terme et un cadeau empoisonné pour le long terme.

Tout programme économique doit d’abord donner sa vision sur l’équilibre budgétaire, ce n’est qu’à partir de là que l’on peut comprendre la politique engagée. Fillon veut creuser le déficit pour mieux relancer la machine économique. Macron semble vouloir favoriser le monde du travail, par rapport à celui du capital et des retraités. Mais une bonne partie du capital qui va se voir taxé est détenue par de petits épargnants. Ce jeu de chaises musicales ne me semble pas devoir révolutionner plus l’économie française que les lignes d’autocar… qui polluent. Les premiers éléments du programme Macron n’apparaissent que comme un « bricolage ». La mesure sur le doublement des enseignants dans les classes pour les trois premières années scolaires, intéressante en soi, passe allègrement sur l’augmentation de fonctionnaires à vie qu’il faut financer. Prendre d’un côté pour redonner de l’autre n’est que le jeu habituel auquel les gouvernants s’adonnent depuis quarante ans. La variable d’ajustement budgétaire était le déficit public et elle est devenue vraiment la seule depuis l’euro. La diminution des dépenses publiques n’a jamais montré son efficacité.


La variable d’ajustement de la politique économique 

Ne peut être le déficit budgétaire donc la dette.

La dette et ses intérêts sont une menace 

Qui obère lourdement notre avenir.

La vraie variable d’ajustement 

C’est la monnaie nationale. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon