dimanche 18 décembre 2016

Maux et remèdes de l’économie française (6ème partie et fin)



Quelques pistes de réflexion sur les remèdes à apporter à l’économie française ont été avancées dans l’article précédent et il convient de parler de leur mise en œuvre. La première est la sortie de l’UE et de l’OTAN. Les deux conditionnent toute la politique économique de notre pays. La sortie de l’UE signifie l’abandon de l’euro, celle de l’OTAN les dépenses des campagnes militaires dans des pays étrangers désignés par l’OTAN, donc les Etats-Unis. Cette sortie, le Frexit, est juridiquement possible par l’utilisation de l’article 50 du traité de l’UE, contrairement à la sortie seule de l’euro qui n’est pas prévue. Le Brexit a montré que l’utilisation de cet article était possible et ne souffrait aucune contestation possible. Cette sortie de l’UE devrait être signée par la France en octobre 2017 au plus tard de façon à prendre effet sur le budget 2018. Dès 2018 la France devrait couper sa participation financière solidaire à l’UE. Le montant actuel de 21 milliards serait amputé des 14 milliards rétrocédés à la France sous forme de subventions européennes dont celles pour l’agriculture. C’est en réalité 9 milliards qui sont gagnés par le budget français tout en assurant les 14 milliards de subventions européennes devenues nationales. Il n’y a donc pas à priori de changement pour les organismes ou les entreprises bénéficiaires.

Il est temps de sortir du « catastrophisme » égrainé en permanence par les tenants politiques et médiatiques du Système dont on sait qu’ils sont à la solde des puissances de l’argent. Plus que tout discours politico-économique, intéressant en soi mais facilement manipulable pour mener le peuple où l’on veut qu’il aille, il suffit de regarder ce qui se passe dans les pays qui ont choisi soit de garder leur monnaie nationale, soit d’être hors UE. Non seulement l’économie anglaise est d’ores et déjà boostée par la perspective de sortie mais le Parlement britannique, hostile au départ, vient de voter en masse l’autorisation de signer la sortie de l’UE. L’Islande, la Suisse, la Norvège montrent que l’on se porte bien en dehors de l’UE, et les pays nordiques que l’on vit bien en dehors de l’euro alors que l’on vit très mal avec l’euro des pays du sud. Si l’Irlande fait la nique aux autres pays de l’euro, c’est qu’elle a gagné des conditions avantageuses sur les impôts des sociétés auprès de l’UE. Ryanair en sait quelque chose. Si la sortie de l’euro est indispensable pour redonner immédiatement de la compétitivité aux entreprises, elle n’est pas suffisante et doit être accompagnée d’une politique économique volontariste du prochain gouvernement. 

La première priorité est de remettre en marche le moteur de l’économie, l’appareil productif et non l’austérité aveugle sur les dépenses. Il ne sert à rien d’alléger une voiture si le moteur est poussif. Deux séries de mesures sont à prendre, l’allègement des charges et taxes qui pèsent directement ou indirectement sur le prix d’achat proposé au consommateur, l’allègement des tâches administratives qui soustraient des heures travail productif pour de l’administratif, la flexibilité dans le marché du travail et la négociation des heures travaillées entre patrons et salariés dans un cadre maximal défini par la loi. De même l’âge de départ à la retraite doit être défini par le salarié lui-même, au prorata des heures travaillées pour le montant de sa retraite, dans un cadre beaucoup plus large qu’aujourd’hui de façon à mettre patrons et ouvriers dans la même perspective. Les maîtres-mot d’une économie dynamique sont flexibilité et adaptabilité.

La baisse de la TVA est nécessaire car elle fait baisser le travail au noir et redonne du pouvoir d’achat à tous. Ceci doit être compensé en tout ou partie par l’impôt sur les revenus, à la mode anglo-saxonne. Une grande réforme de la fiscalité doit être entreprise tenant compte d’une plus juste répartition des richesses dans le monde du travail et du nécessaire accompagnement de l’économie que représente le capital hors spéculation. L’élargissement de l’assiette de l’impôt, et y inclure la CSG pour plus de clarté, est nécessaire pour de multiples raisons. Tout revenu doit donner une quote-part à l’État qui assure sa sécurité, sa santé, son éducation, etc. aussi modeste soit-elle Ceci ne peut exclure que les revenus qui assurent un minimum vital, aides comprises, dont le montant doit être calculé sur les besoins vitaux : se loger, se chauffer, s’éclairer, se nourrir, s’habiller, se soigner pour les adultes et en plus s’éduquer pour les enfants. Pour tous les revenus au montant supérieur, l’impôt doit s’appliquer selon une grille de progressivité sans effet de seuil en allant vers les hauts revenus. Aucune distinction ne doit être faite entre les revenus du travail et du capital productif restant dans le pays. Par contre la taxation ou l’impôt sur le capital spéculatif doit être relevé en particulier pour ce qui concerne les opérations boursières sur des sociétés ne payant pas leurs impôts en France. 

L’équilibrage entre le capital et le travail, entre les ressources de l’État et l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs, entre l’imposition des plus riches et des plus pauvres, fait partie de la consultation nécessaire du peuple par tous ses représentants et par référendum si besoin. D’ailleurs à ce propos, la perte de démocratie doit marquer un point d’arrêt et le référendum d’initiative populaire doit voir ses conditions de validation abaissées fortement. En ce qui concerne les charges patronales des entreprises, il est nécessaire d’abaisser celles-ci au niveau de celles des principaux pays ayant des échanges commerciaux importants avec nous en Europe. Il en est de même de l’impôt sur les sociétés. En fonction de l’importance de l’écart avec la situation actuelle, la progressivité d’application peut être nécessaire.

Pour ce qui concerne les tâches administratives, le chantier ne se limite pas au Code du travail dont les strates rajoutées donnent un mille-feuilles indigeste demandant une grande réécriture, mais à une volonté de simplification dans lequel le monde « entreprenarial » doit être le moteur car ce sera lui le premier bénéficiaire. Le passage de l’impôt à la source peut en faire partie mais ceci ne peut être imposé par L’État car il s’agit d’une tâche complémentaire qui abaisse la productivité des entreprises. N’oublions pas que le problème majeur de la France est son manque de création de PIB par heure travaillée. J'ai dit ce que je pensais des fonctionnaires d’État dans un précédent article. L'urgence n'est pas le nombre mais la répartition sur les tâches régaliennes au détriment des autres. La diminution en découlera.

Enfin nous touchons au rôle nécessaire de l’État dans la relance économique : les investissements à plus ou moins long terme qui amélioreront la compétitivité des entreprises en leur facilitant l’écoulement de leurs produits et la productivité de leurs employés. Cela va de l’enseignement aux infrastructures de toute nature améliorant la qualité de formation des salariés, aussi bien que celles de toutes les améliorations de circulation des hommes, des marchandises et des échanges d'information. L’aide à la recherche fondamentale et dans les secteurs prometteurs et négligés par le privé doit faire partie d’un plan révisable sur une dizaine d’années. Il faut savoir qu’un euro investi dans un secteur productif peut donner 2,5 euros dans l’économie du pays. La France, pays maritime presqu’autant que nos amis et concurrents britanniques, a un retard considérable dans l’accueil du transport maritime, il serait temps d’y penser.

Il ne s’agissait ici que de montrer les décisions politiques à éviter et les pistes d’orientation politique nécessaires au redressement de notre pays. Il ne s’agit pas d’un programme chiffré mais il faut d’abord savoir où l’on veut aller et par où. C’est ce que ces articles ont voulu montrer car la France a, plus que beaucoup d’autres pays, les moyens de ne pas mourir à petit feu. Seulement voilà, les puissances de l’argent qui tiennent les rênes de notre pays, par le biais d’un Système qui corrompt les hommes et femmes politiques et les médias, n’ont qu’une seule envie… celle de sucer son peuple et ses ressources jusqu’au sang. Tournez votre regard sur l’Espagne et le Portugal qui battent de l’aile, vers l’Italie qui voit s’approcher le gouffre et vers la Grèce qui y plonge… c’est ce qui nous attend. Pourrons-nous l’éviter par la voie démocratique et légale ? Nous en reparlerons, c’est un autre sujet d’article.

La France vogue sur un océan de désinformation 

Comme le Titanic voguait dans l’insouciance.

Elle se dirige droit vers son iceberg 

Mais les canaux de sauvetage

Ne sauveront que les riches !

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon