dimanche 11 décembre 2016

Maux et remèdes de l’économie française (1ère partie)



Deux candidats du Système ont donné pour l’instant des orientations concrètes de leur programme présidentiel qui entraînent des impacts sur le budget de l’Etat et sur la croissance de l’économie. Il s’agit de Fillon et Macron. Pour les autres il s’agit de simples orientations sans proposition concrète structurée. Les candidats du Système se distinguent par le fait qu’aucun d’entre eux n’envisage la sortie de l’euro. Le FN, les souverainistes et même le Front de Gauche se distinguent parce qu’ils sont décidés ou prêts d’une façon ou d’une autre à sortir de l’euro. La sortie de l’euro est désignée comme « catastrophique » par les partis du Système, alors ne parlons pas de la sortie de l’UE demandée par certains. Pourtant le Système s’accommode d’accrocs au traité de Schengen.

La sortie de l’euro est pourtant la première décision à prendre pour relancer l’économie française. Elle devrait se faire juridiquement par l’article 50 du traité de l’UE comme va le faire le Royaume-Uni. Penser que l’on peut se passer du respect des engagements pris, veut dire que l’on reste sous la coupe des puissances de l’argent qui font marcher l’UE à leur guise. C’est aussi exclure notre départ de l’OTAN à laquelle notre adhésion scelle notre dépendance aux mêmes puissances des banquiers et des lobbies militaro-industriels. Si la France garde une monnaie euro liée au mark, on peut prévoir à l’avance que la situation de la France ne peut s’améliorer par rapport aux autres pays européens, à l’exclusion des pays du Club Med.

 C’est donc sous l’aspect secondaire des mesures socio-économiques qu’il faut regarder les programmes des candidats du Système. Cet aspect est occulté dans les discussions actuelles par les primaires et les candidats « libres » comme Macron. Ils monopolisent tous la même voie vers le fédéralisme européen. Il s’agit d’une grave distorsion de la démocratie, car le temps médiatique de la campagne n’est pas ouvert. Les candidats censés représenter en gros 60% des français monopolisent 90% de l’impact médiatique par la presse, les radios et télévisions tenus par trois hommes liés au Système.

Ceci étant dit, il est évident que notre pays joue plus mal sa carte économique que même la moyenne des pays européens. Notre croissance révisée à 1,3%, même si Sapin s’arcboute sur un 1,4%, font pâle figure comme le montre le graphique ci-contre. On voit que la France est très mal placée, sans aucune raison différente par rapport à d’autres pays. Les attentats ont lieu aussi ailleurs et l’impact migratoire est beaucoup plus important en Allemagne. La politique socioéconomique française, car on ne peut séparer l’un de l’autre, est mauvaise. Cela saute aux yeux. Parmi les pays qui feront moins bien que nous, il y a le Danemark, et la Norvège, mais ces pays ont un PIB/habitant très supérieur au nôtre et un endettement inférieur. Pour eux il s’agit d’une pause. On retrouve la Belgique, dont la politique suit celle de la France, et surtout l’Italie et la Grèce qui s’enfonceront un peu plus. 

Mais s’il en était encore besoin, on note que la zone euro a une croissance de 1,72% et la France de 1,26%. Nous sommes bien en-dessous de la moyenne des pays de la zone euro et plus encore de la moyenne de l’UE à 1,81%. Enfin les pays hors zone euro ont une prévision moyenne de croissance de 2%. Ce chiffre n’est d’ailleurs jamais calculé dans les données Eurostat et évidemment jamais publié. Il vous faut le calculer à partir des données fournies par pays. Dire que les pays hors zone euro ont une croissance de 2% supérieure à ceux de la zone euro à 1,72% serait fournir aux eurosceptiques un argument de poids. Tous ces chiffres sont des prévisions par extrapolation des performances du troisième trimestre 2016 en y ajoutant la différence entre la croissance du quatrième trimestre et du troisième trimestre 2015. On retrouve bien d’ailleurs la dernière prévision de croissance française à 1,3%. Aux dernières nouvelles les britanniques annonceraient une croissance supérieure au 1,56% prévisionnel… grâce au Brexit.

La France est donc en retard sur les pays européens, ce qui invalide la politique suivie. Quel handicap l’empêche de réaliser une croissance au moins moyenne dans la zone euro ? Comment se matérialise-t-il ? Une grande partie de la réponse se trouve dans le décalage du PIB/habitant produit par heure travaillée. Le graphique ci-contre que j’ai déjà publié et que nous ne trouverez par ailleurs le montre d’une façon visuelle. Par heure travaillée la France produit 5658$ de moins de PIB/habitant que ce qu’elle devrait. Ceci représente une perte de 12,4% sur le PIB. 



Le côté face de ce constat est la faillite de la politique économique menée par la France depuis longtemps. Le côté pile est qu’il y a un énorme champ de gain possible… sans augmenter les heures travaillées comme le dit Fillon, mesure contre-productive en période de croissance molle. Ce n’est même plus le choix entre la politique de l’offre ou de la demande, c’est une question d’efficacité des heures travaillées… ou (et) de nombre de travailleurs improductifs (qui ne participent pas à l’augmentation du PIB), en gros les fonctionnaires. La France comptait 5,64 millions d'agents de la fonction publique, fin 2014. Un record en valeur absolue, mais à relativiser s'il est rapporté au nombre de fonctionnaires par habitant communiqués par le Ministère de la fonction publique. Le graphique ci-contre de 2011 montre qu’avec 80 fonctionnaires pour 1000 habitants, la France est largement au-dessus de la médiane européenne mais est très loin du Danemark avec 145,4. Les différences sont très marquées. On trouve des pays assez florissants comme le Danemark et la Suède avec un grand nombre de fonctionnaires et des pays dans la dèche comme la Grèce avec très peu de fonctionnaires. Le Royaume-Uni se distingue avec un taux de fonctionnaires presque moitié du nôtre. Les renseignements récents ne sont pas publiés mais la France serait passée aux taux de 90, ce qui ne change pas sensiblement son rang.

Quelles conclusions en tirer ? Le nombre de fonctionnaires n’est pas lié aux performances économiques sauf lorsque la dynamique du pays n’est pas loin du plein emploi et que le nombre de productifs est devenu insuffisant, ce qui semble le cas au Royaume-Uni. Ce n’est pas le cas de la France, donc le nombre de fonctionnaires joue sur le poste dépenses du Budget de l’Etat. En France, supprimer des fonctionnaires transfère des dépenses de l’Etat sur les retraites ou le chômage. Il y a peut-être quelques milliards à gagner mais la désorganisation engendrée, la dégradation du climat social et de la pyramide des âges de la fonction publique, fait de cette mesure une arme à double tranchant. La question n’est pas de savoir si on peut réduire de 300.000 ou de 500.000 le nombre de fonctionnaires mais si le jeu en vaut la chandelle. L’urgence est de cesser, en particulier dans la fonction territoriale, de créer de nouvelles emprises de l’Etat sur la vie publique dont l’utilité, l’urgence ou le rapport qualité/coût n’est pas satisfaisant. C’est souvent le cas dans les communautés de communes qui se multiplient. Par ailleurs la charge de travail est très inégalement répartie dans les différentes administrations en particulier dans le milieu hospitalier qui souffre de sous-effectifs. 

On voit que tombent les propositions de François Fillon sur les heures travaillées et le nombre de fonctionnaires. Mais la proposition d’Emmanuel Macron de compenser la suppression des charges salariales par une augmentation de la CSG n’est pas non plus efficace, car si elle augmente le salaire net des salariés, elle diminue globalement le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population, en particulier celle des épargnants et des retraités. Il est assez cocasse de voir qu’après avoir taxé les retraites et bloqué celles-ci, on demande en plus aux retraités de transférer de leur retraite vers les actifs ! J’avais cru que les actifs devaient payer les retraites comme les retraités l’ont fait pendant leur activité ! J’espère qu’aucun retraité ne votera pour cet illusionniste qui porte beau en faisant miroiter sa jeunesse et pour l’instant les tours de passe-passe de son programme. Il faut donc aller plus loin dans l’analyse de l’économie nationale dans le prochain article.
 
L’économie française est plombée par l’euro. 

De plus elle s’avère plus mauvaise encore

Que les pays sous l’influence allemande. 

L’euro est en cause mais pas que !
 
Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon