mardi 13 décembre 2016

Maux et remèdes de l’économie française (3ème partie)



Dans l’article précédent il est apparu que les pays européens se divisaient en deux groupes distincts selon leur PIB/habitant en 2009 et leur croissance de 2009 à 2015. Le premier regroupe les pays dont le PIB/habitant est égal ou supérieur à celui de la France. Le second contient les pays dont le PIB/habitant est inférieur à la France en 2009. Dans le premier groupe il n’apparaît pas de lien entre le PIB/habitant et la croissance 2009-2015. Les différences de résultat tiennent exclusivement aux caractéristiques et politiques économiques. On y retrouve l’Allemagne, les pays du Nord (Belgique, Danemark, Finlande, Islande, Irlande, Luxembourg, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Norvège), plus l’Autriche et la Suisse. Dans le deuxième groupe on retrouve les pays en difficulté (Grèce, Italie, Portugal, Espagne), et les pays récemment dans l’UE et bénéficiant de la solidarité européenne (République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Pologne, République slovaque, Slovénie)  auxquels on peut adjoindre le point moyen de UE, de l’OCDE Europe et de l’OCDE total. Dans ce groupe, et pour lui seulement,  le lien entre le PIB/habitant et la croissance 2009-2015 est très probable comme on le constate visuellement sur la figure jointe.

Dans ce cas on a en plus deux sous-groupes. Dans l’un les pays nouveaux dans l’UE, et à faible PIB/habitant en 2009, bénéficient à plein de la solidarité européenne pour leur croissance. Dans l’autre les anciens du sud prennent de plein fouet le poids de la monnaie unique et de la politique d’austérité à l’allemande qui leur est imposée. C’est ce qui explique la dépendance de la croissance au PIB/habitant. Il s’agit tout simplement de l’impact de la politique européenne. Dans un des sous-groupes l’austérité à l’allemande et le carcan de l’euro n’est pas supportable pour les pays du sud. Dans l’autre la solidarité européenne joue son rôle sur les nouveaux arrivants dans l’UE et à faible PIB/habitant en 2009. Dans celui-ci il est important de constater qu’aucun pays européen hors UE n’y figure et que la solidarité européenne efface pour l’instant le choix de la monnaie nationale ou de l’euro. 

Le dernier constat qui nous concerne directement c’est que la France se trouve à la démarcation de ces deux groupes PIB/habitant élevé et PIB/habitant faible. Malheureusement elle tend de plus en plus vers le second par suite de la pression de la politique d’austérité à l’allemande et du carcan de l’euro. Ceci conforte la vision de sortie de l’UE et de l’euro. On peut en déduire deux constats sans équivoque. Le premier est que la croissance est possible hors de l’euro et même en dehors de l’UE. Le second est que la politique d’austérité et le carcan de l’euro enfoncent les pays du sud de l’Europe vers la pauvreté. Il est donc impératif de faire un préalable de la sortie de l’UE. Le Frexit est la voie de libération de notre économie et de la politique européenne des puissances financières et technocratiques.

Regardons d’abord si la politique d’endettement qui est suivie par la France depuis 1974 est nécessaire à l’obtention de la croissance. Le graphique ci-contre montre le lien très fort qui existe entre les deux pour les principaux pays de l’UE. A 1000$ de plus du PIB/habitant correspond 4,82% de baisse de la dette publique/PIB. L’augmentation de la dette apparaît comme le lot des pays en difficulté. La politique d’austérité appliquée aux pays du sud part du principe que la diminution de la dette publique, par augmentation des recettes de l’État, est propice à l’augmentation du PIB/habitant. Les faits montrent le contraire, sauf dans le cas de l’Allemagne qui a une monnaie parfaitement adaptée à sa structure de production de biens. Elle reste une grande exportatrice dans la zone euro et engrange la richesse de ses pays qui ne suivent pas au niveau de leurs propres exportations. 

On peut se poser la même question sur la dynamique de la croissance en reprenant la croissance du PIB/habitant de 2009 à 2015 par rapport à la dette/PIB. Mais on peut en tirer d’autres enseignements en considérant le cas de l’Allemagne et de la Suède. L’Allemagne a un taux de croissance très voisin de la Suède mais avec un endettement de 27% supérieur. La politique de réduction de la dette allemande est justifiée au moins dans son principe. Elle est un credo de la politique allemande. A contrario la politique de réduction du déficit public par l’austérité dans les dépenses publiques et la vente du patrimoine est totalement inadaptée. Le Danemark et la Finlande, dont la croissance marque le pas, auraient au contraire intérêt à s’endetter provisoirement dans une politique de relance économique par l’investissement dans les infrastructures par exemple. La France est surendettée et aurait dû atteindre la même croissance avec une dette/PIB de 77,4% soit un dépassement de 18,8%. Ceci porte un jugement sévère sur notre politique socioéconomique antérieure.

Faut-il en tirer la conclusion que la politique d’austérité de réduction de la dette par une politique de restriction budgétaire sur les dépenses est à suivre ? Non parce que la réduction de la dette se fait par la diminution des dépenses mais aussi par l’augmentation des recettes. L’économie est tirée par la demande mais l’investissement est un facteur important de l’amélioration de l’offre. C’est de ce côté-là qu’il faut regarder avant de choisir les orientations socioéconomiques adaptées à la France d’aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que nous disposons d’une large possibilité d’augmentation du PIB par heure travaillée par rapport aux autres grands pays européens. Ce sera l’objet du prochain article.

Il ne peut y avoir une seule politique économique 

Pour des pays européens aussi hétérogènes.

Ceci est l’origine du mal qui ronge 

Tous les pays de l’euro du sud

Sans levier sur la monnaie 

Et soumis à l’austérité !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon