jeudi 22 décembre 2016

La France dans le grand enjeu mondial à venir (3ème partie)



En retard de croissance par rapport au Royaume-Uni et à l’Allemagne, la France ne tient encore sa place dans le grand concert mondial que grâce à sa 10ème puissance économique dans le monde, sa 5ème puissance dans l’OCDE (les pays non-OCDE sont figurés en orange), et sa place de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Elle ne se sert guère de sa position de deuxième domaine maritime mondial. Ces trois points sont fondamentaux pour redéfinir une nouvelle trajectoire face à l’avenir, comme l’est l’inventaire des grandes menaces évoquées dans les deux précédents articles. Il faut ajouter à ce tour d’horizon, au plein sens du terme, la nécessité de mettre en lumière un secteur de l’économie où la France a une situation particulière, l’agriculture. Sa position géographique, son relief, la richesse de ses terres et son climat, ont donné à notre pays une propension historique à faire de l’agriculture sa principale ressource avant qu’elle amorce, plus tardivement que le Royaume-Uni, sa mutation industrielle, et vide progressivement le pays de ses générations d’agriculteurs. Entrée à reculons dans la CEE et l’UE, il faut se souvenir que la France s’est battue bec et ongles pour tirer de l’UE les avantages de la PAC pour soutenir son agriculture.

L’agriculture française est en même temps un poids et une chance pour la France dans sa vision politique prévisionnelle. Elle est un poids parce qu’elle subit le contrecoup de l’aide européenne qui a faussé le marché agricole en développant exagérément des filières sans restructurer celles-ci. Le profit de ces aides est allé essentiellement aux entreprises exportatrices principalement grosses. Cette dépendance a redonné un tissu agricole qui voit disparaître la petite agriculture qui devient de plus en plus dépendante des grandes surfaces faute de circuits de distribution propres. La course à la concurrence sur les prix a pour effet de privilégier la quantité par rapport à la qualité. Les revendications des agriculteurs contre le gouvernement font souvent chou blanc tant les décisions appartiennent à Bruxelles qui oppose un mur étanche et technocratique à toute évolution susceptible d’handicaper les lobbies du secteur alimentaire. Mais l’agriculture est aussi une chance pour la France qui se pose comme un pays pouvant assurer sa subsistance alimentaire, ce qui est le premier signe de l’indépendance surtout dans un contexte de séparation de l’UE. Elle a même la chance de pouvoir importer les productions exotiques de l’Outremer. C’est la France pays de cocagne. 

Donc face aux menaces la France n’est pas désarmée, elle doit seulement reprendre le sens de ses intérêts propres dans un monde où les alliances ne sont que des communautés d’intérêt qui se font et se défont en permanence dans le cours de l’histoire des peuples. Bien calée entre ses montagnes et ses mers et océan aux frontières de la France, plus que beaucoup d’autres, elle est en mesure de garder son identité et l’intégrité de son territoire. Elle a vocation à garder sa souveraineté qui n’a évidemment pas le sens de l’isolement que l’on prête à ce mot, ni encore moins celui du fascisme ou du nationalisme. Ce dernier, qui entraîne la haine des autres, ne représente pas les valeurs du souverainisme. Celui-ci défend son territoire de toute invasion non souhaitée, même pacifique, met reste ouvert aux échanges de toutes sortes avec les autres pays du monde. Il n’a pas non plus vocation à s’ingérer dans les affaires intérieures des pays sans leur consentement. Il n’a pas vocation à imposer son identité ailleurs mais peut nouer des alliances bi ou multipartites couvrant tous les secteurs de la géopolitique. Son identité se limite à ses frontières de Métropole et d’Outremer, d’où leur importance fondamentale.

Il ne peut y avoir de souveraineté lorsque la France se défait de ses pouvoirs régaliens dont la monnaie, le budget et la sécurité. En confiant sa défense à l’OTAN, et en se laissant imposer un flot migratoire qui ne peut que grossir, la France vient de confier à d’autres le pouvoir régalien de sa sécurité. L’euro est en train de mourir, et l’UE agonise, c’est donc dans cette perspective que la France doit tracer sa route. La sortie de l’UE pose essentiellement deux interrogations, l’une sur la défense et l’autre sur la dette et le budget. Dans le premier cas la sortie de l’OTAN s’impose d’autant plus que Donald Trump s’apprête à donner un sérieux coup de restriction budgétaire en demandant aux pays de prendre en charge financière son action en Europe. Par ailleurs le contexte de guerre froide qui justifiait sa couverture militaire de l’Europe par l’OTAN, contexte réactivé par le binôme Obama-Clinton, va aussi sensiblement évoluer avec la nouvelle doctrine américaine de coopération avec la Russie dans la lutte contre le terrorisme religieux. La sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN, est un préalable à toute inflexion de la politique française. Elle a pour conséquence de sortir des griffes du NOM, celui des puissances de l’argent, ou tout au moins de pouvoir y opposer les décisions d’un peuple maître de son destin. 

La reprise d’une monnaie nationale ou commune à quelques pays aux économies proches s’accompagne de l’éloignement des banquiers de la BCE par le retour de la création de monnaie dans la Banque centrale nationale. Celle-ci redevient un prêteur de l’Etat et peut maintenir les taux faibles d’emprunt actuels. L’Etat n’est plus dépendant des banques privées et des taux d’emprunt pratiqués. Il faut exclure de suite l’argument de l’impossibilité de sortir de l’euro à cause de la dette importante de notre pays. 95% de celle-ci est libellée en monnaie nationale, donc elle restera ainsi même si notre monnaie n’est plus l’euro mais une monnaie propre. Son indépendance retrouvée peut s’exprimer dans le domaine de la défense où l’autonomie redevient le maître-mot d’une armée capable d’assumer seule ses missions en Métropole et en Outremer, ce qui n’exclut pas les alliances.

Notre politique étrangère est à réorienter en tenant compte de l’émergence d’une transformation de l’Asie avec des infrastructures qui relieront le Pacifique et l’Atlantique par terre et par mer dans des conditions de rapidité sans commune mesure avec celles actuelles. Une réorientation de notre commerce et de notre politique étrangère est à faire vers l’est dans un équilibre est-ouest. La réorientation eurasiatique doit aussi inclure l’Afrique où la France doit jouer un rôle capital de façon à accompagner l’éclosion en cours de ce continent bourré de richesses minières, d’une démographie galopante, et en grande partie francophone. La langue française qui se répand dans le monde par les pays africains deviendra l’une des plus parlées et peut donner à la France un avantage considérable. Les conditions de coopération doivent se faire d’égal à égal avec des objectifs et des résultats conjoints parfaitement définis. De plus la gestion du flux migratoire africain ne peut se faire qu’en coopérant avec ces pays et en facilitant leur développement pour limiter l’émigration et aider à une démographie raisonnable, en phase avec l’évolution de chaque pays. Une gestion bien menée de ce problème, et non par mise sous tutelle comme au Mali, peut donner à la France une aura dans toute l’Afrique et faire naître un axe nord-sud aussi puissant que l’axe ouest-est. 

Le retrait de la France des chaînes, qui bloquent son expansion, ne lui éviteront pas la claque d’un krach financier mondial mais son agriculture est une chance formidable. Son peuple ne peut mourir de faim. Encore faut-il que l’agriculture de la petite et moyenne paysannerie ait reconstruit son indépendance. Nous allons en reparler dans l’article suivant où, pour terminer cette revue des axes géopolitiques du futur, le regard sera porté sur la politique intérieure française.
 
La France a gâché ses chances en perdant la confiance en elle-même. 

Elle a cru trouver dans les bras américains et dans l’Europe

Une aide monétaire, économique, sociale et défensive. 

Elle n’a récolté qu’une vassalité et une perte.

De sa richesse, de son élan vers l’avenir. 

Elle en train d’y perdre son âme !

Elle a tout pour réussir sauf… 

Des hommes d’État…

Visionnaires !


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon