mercredi 24 février 2016

Que nous réserve 2016 ? (2ème partie)



Avant de regarder les facteurs hors UE qui vont avoir une influence prépondérante sur le cours de l’année 2016, il convient de jeter un coup d’œil sur les évènements majeurs européens. J’ai déjà parlé du problème bancaire en particulier en Allemagne mais auquel risque de ne pas échapper les plus grandes banques françaises, la Société Générale par exemple. Cet évènement est lié directement aux politiques des grandes banques centrales, Fed, BCE, Banques du Japon et d’Angleterre. Mais il y a des évènements purement européens même s’ils sont indirectement liés aux actions de l’Empire américain. Je veux parler de l’immigration massive et des menaces de sortie de l’euro comme le Grexit et le Brexit qui seront dans l’actualité européenne de 2016.

Le premier se caractérise par une menace de sortie de l’euro proférée par l’Allemagne afin d’imposer des mesures drastiques d’austérité à Alexis Tsipras. Celui-ci, ayant promis à son peuple de rester dans l’euro pour se faire élire, s’est trouvé sans cartouches pour obtenir un traitement plus favorable que celui concédé au précédent gouvernement. Battue en rase campagne, la Grèce subit une troïka (BCE, FMI, UE) qui cache son nom dans un plan difficile à mettre en œuvre. Ce plan se solde par une exaspération de plus en plus grande que le peuple manifeste dans la rue, une dette qui croît, un patrimoine qui se dissout. Le FMI s’interroge sur l’intérêt de continuer à soutenir la Grèce qui ne va pas manquer de tendre de nouveau la main en mars. Le Grexit sera de nouveau posé, un Grexit qui serait une mise à la porte pure et simple. La Grèce pourrait-elle rester dans l’UE sans être mise réellement sous tutelle complète ?


Dans le cas du Brexit les choses se présentent totalement différemment. Il s’agit de la deuxième puissance économique de l’UE et c’est une sortie de l’UE qui est en cause. Contrairement  la sortie de l’euro, la sortie de l’UE est prévue statutairement. Cette fois ce n’est plus la zone euro qui menace un pays de le sortir mais un pays qui menace l’UE de sortir. Avec le premier on avait affaire à un Bourgeois de Calais offrant les clés de la ville mais avec le second à un tigre menaçant un éléphant. Il faut voir dans ces deux cas l’illustration de la fable de Jean de la Fontaine (Les animaux malades de la peste) : « Selon que vous soyez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blancs ou noirs. » L’attractivité de l’UE fond avec sa croissance faible, son endettement croissant, sa volonté sous-jacente de fédéralisme qui la pousse à être de plus en plus prégnante sur les parlements nationaux et leurs gouvernements et plus récemment avec un flux migratoire incontrôlable. Le recul de la démocratie et de la souveraineté, et l’immigration de peuplement sont sans aucun doute très insupportables aux anglais. 

J’ai donné mon opinion sur la mascarade de Cameron vis-à-vis de son peuple et son faux-semblant de négociation à Bruxelles où la perspective du départ du Royaume-Uni tétanise les tenants de l’Union européenne tentaculaire. Cameron ne veut pas se voir reprocher d’avoir été l’artisan de la sortie mais il suivra l’avis de son peuple en se servant de son engagement pour justifier qu’il a tout fait pour l’éviter mais qu’il se range (bien malgré lui) à l’avis démocratique de son peuple. En fait, les Britanniques forts de leur insularité veulent les avantages de l’Europe en termes de marché, mais pas les inconvénients de la solidarité, sur les flux migratoires et les allocations pour les Européens du deuxième collège qui travaillent au Royaume-Uni.

Cette volonté s’est exprimée depuis leur entrée dans l’UE à laquelle ils ont adhéré avec essentiellement des buts économiques mais pas au détriment de leur souveraineté qu’ils ont toujours défendu bec et ongles en concédant le minimum, pas de monnaie unique, pas d’accord de Schengen, ni union économique. Ils n’ont pas ratifié la Charte des droits fondamentaux de l’UE, et, en juillet 2013, ont exercé la possibilité que lui offre le traité de Lisbonne de se retirer de 133 instruments de coopération dans le domaine de la police et de la justice pénale (une trentaine finalement retenus). Londres bénéficie aussi d’un traitement particulier concernant sa contribution au budget de l’Union, un «rabais», en vigueur depuis 1984, au motif que le Royaume-Uni bénéficie moins que d’autres pays de la politique agricole commune. Malgré la ristourne négociée par Margaret Thatcher (5 milliards d’euros en 2014), le Royaume-Uni reste un contributeur majeur au budget de l’Union Européenne. Avec 17 milliards d’euros en 2013, il est le quatrième contributeur, derrière l’Allemagne, la France et l’Italie.

«Grexit, Brexit. Deux menaces de sortie pour l’Europe, mais deux ambiances très différentes. Dans les deux cas, des nations veulent contourner les règles. Dans les deux cas, elles ont dégainé un référendum. Mais là s’arrête la ressemblance. Tsipras était le diable, Cameron est un partenaire. Aux grands maux les grands remèdes, mais pas les mêmes potions. Pour les amis anglais, un sirop contre la toux, administré avec considération, et proposé modestement afin de n’humilier personne. Pour les camarades grecs, la potion punitive, à boire avant l’ultimatum.» (Médiapart). Pierre Rateron va plus loin : « Alors, bien sûr, pour préparer l’opinion, les milieux autorisés nous assurent que l’Europe fait front (…) Il n’empêche que dans la situation actuelle, il semble périlleux que la position «virile» de la Grande-Bretagne crée des émules chez les plus démunis, les plus dégoutés des postures politiciennes, les plus en attente d’un mieux-vivre, celles et ceux qui s’estiment les plus délaissés par l’État, que Madame Attrape-Tout excite, rameute et accueille à bras ouverts en leur promettant pour demain le bonheur et la prospérité.»

Grexit possible mis à la disposition de l’Allemagne, Brexit probable, fronde des pays de l’est, désespérance des peuples dans les pays en difficulté, immigration de masse d’une autre civilisation, les ingrédients d’une dissolution de l’UE sont réunis. Le repli sur les souverainetés et les réflexes égocentriques sont en marche. Les fermetures de frontières se multiplient. La Belgique vient de fermer la sienne par peur des migrants de Calais et ne voit pas quand elle va la rouvrir parce que l’arrivée de migrants ne va pas cesser avant qu’une situation calme s’installe en Afghanistan, en Irak, en Syrie et désormais en Lybie où nos forces spéciales sont déjà en action. Par ailleurs l’Empire met sa main militaire sur l’Europe face à l’ennemi russe, enfin… déclaré comme tel. L’éclatement de l’UE peut être pour 2016 mais une UE détruite ou reconstruite va conduire à un nouveau jeu des alliances et de multiplication des conflits. Nous entrons dans une zone de turbulence avec une France servile qui se prépare… à subir ! 

La construction européenne va probablement mourir de son gigantisme

Et de ses bases qui voulaient soi-disant faire le bonheur des peuples 

Mais qui les enchaînent pour le bonheur de l’Empire

Et des puissances économiques et bancaires 

Du Nouvel Ordre Mondial ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon