samedi 27 février 2016

Pour en finir avec l’euro catastrophe (suite et fin)



Dans la chronique précédente nous avons pu voir que le fait d’avoir une monnaie nationale n’était pas globalement une raison d’avoir un chômage élevé, bien au contraire. En moyenne le taux de chômage et le taux d’emploi sont meilleurs dans la zone de l’UE hors euro que dans l’autre. Le deuxième question est de se demander si ce n’est pas au prix d’une baisse du niveau de vie général de la population. L’indicateur du PIB par habitant est assez significatif pour s’en faire une idée. La comparaison entre les deux zones n’apparaît pas favorable à la zone hors euro dont le PIB/H est globalement nettement inférieur. Toutefois le niveau du PIB/H lors de l’entrée de nombreux pays de cette zone était très bas.

C’est le cas de la Roumanie qui a un niveau moitié de celui de la zone euro mais avec une augmentation de plus de 77% depuis 2003. Ces pays ont largement profité de l’UE. Ceci est d’autant plus intéressant qu’il a baissé de 1% depuis 2003 dans la zone euro par rapport à l’UE ! L’Islande qui est en pleine renaissance a subi une chute du PIB/H de 8% en 2011 depuis 2003. Mais on voit aussi que des pays hors UE, comme la Suisse et la Norvège, ont beaucoup plus progressé que les pays de l’UE. La Suède et la France, pays hors zone euro et pays de la zone euro font moins bien que l’ensemble des pays de l’UE. Toutefois le PIB/H de la Suède est plus élevé que celui de la France (33700€ pour la Suède et 32200€ pour la France en 2014) et le chômage nettement plus faible de 3,5% et en diminution en 2015. 

On voit sur un indicateur, révélateur du niveau de vie d’un pays, que non seulement la zone euro fait moins bien que l’ensemble de l’UE mais aussi que des pays hors de l’UE peuvent avoir une évolution bien supérieure même si la Norvège peut être touchée par la baisse du prix du baril de pétrole. Que l’on s’intéresse à l’emploi ou au niveau de vie, les conclusions sont les mêmes et s’inscrivent en faux de ceux qui promettent pis que pendre de la sortie de l’euro. Ce n’est non seulement pas une catastrophe mais une décision indispensable pour espérer redresser le pays. Il est tout aussi évident que si c’est une condition nécessaire, ce n’est pas une condition suffisante. Sur ce point le cas de l’Islande est particulièrement intéressant. Pour le premier ministre islandais, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le renouveau économique de son pays a une cause précise : "Ce qui nous a permis de nous sortir de la crise financière et de nous ramener là où nous en sommes aujourd’hui est d’avoir notre propre monnaie et d’avoir le contrôle sur notre politique économique et monétaire, ainsi que sur nos ressources naturelles. Les options grecques sont nettement plus limitées, en tant que membre de la zone euro". 

Ce pays a refusé l’entrée dans l’UE, mis dehors ou en prison politiques et banquiers, et pratiqué une austérité intelligente. Il étonne le monde européen. Afin de faire face à l’inévitable explosion de la finance islandaise, le pays a alors décidé de mettre en place des mesures drastiques : contrôle des capitaux, mise en faillite du système bancaire, relance monétaire mais également, cette sérieuse cure d’austérité budgétaire. Depuis 2008, les dépenses publiques sont sacrifiées, d’un point haut de 55,4% du PIB, elles ont pu être réduites à 46% pour l’année 2014, soit une baisse de 11,4 points. De la même façon, la hausse de la fiscalité a été très lourde, passant d’un taux de prélèvement obligatoire atteignant 38,9% du PIB en 2009 pour en arriver à 47,9% en 2014, mais finalement guère plus que la France à 45,2% et moins que le Danemark à 50,9%. Le résultat est là. Cette consolidation fiscale aura permis à l’Islande de faire baisser son niveau d’endettement public, de son niveau record en 2011, soit 95,1% par rapport au PIB pour en arriver au chiffre de 82,1% en 2014. Pendant cela en 5 années, le chômage est passé de 7,6% à 4,3%. 

Il serait temps que les regards se tournent

Vers tous les pays qui réussissent 

Et que l’on cesse d’enfumer

Un peuple qui perd 

Ses repères !

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon