lundi 22 février 2016

La Komrie de la loi Micron



Notre nouvelle ministre du Travail El Khomri lance un pavé dans la mare du marché du travail, pavé largement préparé par son collègue Macron dont on ménage les prestations publiques… à moins que le Premier Ministre pense que son ministre commence à lui faire un peu trop d’ombre. Peu importe, ces magouilles politiques n’intéressent plus personne… sauf qu’il faudra bien que sorte du chapeau un candidat de gauche et un de droite pour que la pensée unique trouve une façade d’opposition sur les mêmes bases de programme. Les commentateurs s’extasient sur les avancées de ce projet de loi pendant que les syndicats voient s’envoler leurs prérogatives dans les accords nationaux, de branches et d’entreprises. Il y a à boire et à manger dans ce projet dont l’intérêt est clairement dans le sens des entreprises et nier le contraire est particulièrement vexant pour les salariés. Ceci étant, simplifier les procédures de licenciement n’implique pas forcément que cela soit fait au détriment du salarié. J’en veux pour exemple la limitation des indemnités de licenciement. Cette disposition peut désengorger les prud’hommes et permettre à l’employeur d’intégrer une somme connue dans ses calculs de rentabilité. Cela le force à réfléchir avant de décider puisqu’il s’agit d’un licenciement économique à partir d’une donnée sûre.

Dans ce cas précis c’est le montant qui doit être ajusté pour permettre au salarié de retrouver du travail dans les meilleures conditions. Pour se faire il faut connaître le temps moyen de passage à Pôle Emploi suivant les âges. Ceci veut dire que ce n’est pas l’ancienneté qui devrait être le critère comme prévu mais l’âge du salarié. On sait déjà que les 30-40 ans retrouvent beaucoup plus facilement du travail que les plus jeunes et les plus âgés. Leur licenciement est donc moins pénalisant. Par ailleurs tout ceci devrait pouvoir être négocié par branche car le chômage y est de niveaux très différents. On ne peut faire n’importe quoi sous prétexte d’avantager l’employeur. Lâcher des salariés dans la nature en sachant qu’ils ne pourront pas retrouver du travail sans être dépendants des aides de l’État n’est qu’une mesure sociale, voire humanitaire. On peut d’ailleurs très bien imaginer que les salariés mis à pied et indemnisés ne puissent toucher des allocations de chômage qu’une fois leurs indemnités de licenciements épuisés mais que la durée de leurs droits soit repoussée d’autant. 

On voit que sur cette simple disposition, il y a un travail de fond et de concertation à faire. Or on reste dans le bricolage et la précipitation pour marquer un coup politique, tout cela n’est pas sérieux. Lorsqu’un projet de loi est mal préparé, on entre dans des discussions sans fin et tout cela se termine par un texte qui n’a plus aucun intérêt et qui mécontente tout le monde. Mais au fond le gouvernement n’en a rien à faire. Valls montre qu’il est celui qui va au-devant des entreprises et Hollande montre qu’il fait ce que la droite n’a pas réussi à faire… chacun prépare son avenir, si tant est que Hollande en a encore un.

Il n’est pas du tout sûr que ce projet tende à diminuer le chômage même si ceci permet un petit effet sur le PIB et le commerce extérieur. Il y a deux cas bien différents, celui des grandes entreprises et celui des petites. Pour les grandes tout se joue dans la diminution du nombre des salariés au profit de l’automatisation et dans la délocalisation des usines ou des produits à fabriquer totalement ou partiellement. On voit de plus en plus de produits labellisés français qui sont très majoritairement fabriqués à l’étranger. Ces entreprises jouent aussi facilement sur l’optimisation fiscale. Il ne faut pas attendre d’eux une politique d’embauche qui se limite à des effets d’aubaine. 

Pour les petites, la consommation intérieure ne progresse plus et le consommateur, mis sciemment dans un climat de peur, a tendance à moins s’endetter. Le salarié a peur d’aller dans des petites entreprises où il sent qu’il doit seul défendre ses droits et où toute variation du marché peut mettre son emploi en danger. Il n’y a pas le matelas qui permet de ne pas réagir instantanément dans les grandes entreprises. Pour le petit employeur, il y a une grande hésitation à l’embauche quand le marché n’a pas des perspectives solides pour les même raisons. Le contact employeur-salarié est plus direct et plus humain et on ne met pas à la porte sans un serrement de cœur. Cela n’a rien à voir avec le contact avec un DRH, qui n’est qu’un salarié comme les autres mais très proche des managers.

Mais tout cela n’a de sens que si les perspectives de croissance sont là pour globalement permettre de donner du travail. Or que ce soit dans l’agriculture, dans la métallurgie, le textile, la construction, etc. nos entreprises sont soumises à une monnaie trop forte qui handicape nos exportations et favorise les importations, deux facteurs qui sont néfastes aux entreprises françaises non délocalisées. Certains disent qu’il n’y a aucune raison que nous ne puissions pas faire aussi bien que l’Allemagne qui a réussi à avoir un excédent budgétaire et un énorme excédent de 248 Mds€ sur le commerce extérieur (-60Mds€pour la France soit plus de 300 milliards d’écart). Sur le premier point il y a le poids des dépenses publiques d’administration où nous avons 14 points de plus que l’Allemagne (57,7% de la richesse nationale en 2014 contre 44,1% en Allemagne). Il s’agit d’une tâche gouvernementale. On sait qu’un fonctionnaire en moins, c’est deux emplois privés en plus… à condition qu’il y ait du travail ! Pour le deuxième point, on ne peut espérer regagner du terrain alors que nous continuons à nous enfoncer sans donner un grand bol d’air à l’économie, le réajustement de notre monnaie par rapport à l’Allemagne entre autres. On voit bien qu’il ne faut rien attendre de lois bricolées dans la hâte qui ne traitent que les effets et pas les causes. 

Les lois bricolées et précipitées dans des buts électoraux

N’ont aucune chance de ramener la France 

Dans le sillage d’une économie saine

Et de dépenses publiques 

Raisonnables ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon