samedi 20 février 2016

L’UE est morte, vive l’Europe !



Ceci n’est sans doute qu’un rêve prémonitoire, mais ce 20 février au matin David Cameron vient d’emporter dans son cartable la destruction des principes fondateurs de l’UE et de signer l’avènement d’une nouvelle Europe, l’Europe à la carte. Cameron a obtenu un accord a minima qui brille par le flou des textes, hors celui sur les prestations sociales aux étrangers, tant sur la souveraineté du Royaume-Uni que sur la gouvernance économique et la compétitivité. Toutefois il a fait reconnaître un droit des pays à discuter les conditions de leur appartenance à l’UE. Par ailleurs la Grèce a mis en lumière les problèmes que posent les discussions avec la Turquie pour son entrée dans l’UE alors que les problèmes du flux migratoire entre ces deux pays sont au centre des préoccupations de toute l’Europe et de la Grèce en particulier. La fronde des pays de l’Est s’est manifestée une fois de plus et l’UE sort fragilisée de cet accord qui a finalement peu de chances de convaincre les eurosceptiques anglais.

L’UE vient d’entrer dans une phase de décomposition dont on ne sait pas si c’est les difficultés grecques ou italiennes, le Brexit, les troubles intérieurs ou les banques de l’Allemagne ou la fronde d’un bloc européen de l’est qui vont précipiter son éclatement. François Hollande a fait transparaître l’idée d’une constatation pure et simple du Brexit et d’une recomposition de l’Europe sur un ensemble plus restreint de pays fondateurs plus proches socialement et économiquement vraisemblablement. La construction d’une Europe à plusieurs vitesses sur les cendres de l’UE commence à poindre. J’en avais évoqué la perspective il y a deux ans. Cela reprend une idée de Fabius, celle des cercles concentriques, sans doute la meilleure idée qu’il ait eue, mais malheureusement jetée aux oubliettes. La constitution de ce noyau pose toutefois des difficultés par rapport à la monnaie, à la suprématie allemande, aux Etats-Unis, donc à l’OTAN. La logique voudrait que l’on reparte de zéro en dénonçant les traités car, comme chacun sait, la création du neuf est toujours plus aisée que les replâtrages. Encore faut-il que l’on ait défini ce que l’on veut reconstruire. 

Il faut d’abord clarifier notre idée de l’Europe, à savoir si l’on veut une Europe fédérale ou confédérale. Le sentiment d’appartenance n’est pas du tout le même et la seconde solution laisse une souveraineté aux Etats. Ils peuvent choisir les sujets de rapprochement qui donnent un avantage à tous les signataires par libre consentement. Le schéma de la Suisse est conforme à l’idée de démocratie. C’est sans doute le seul pays européen où le peuple applique réellement la démocratie et affirme, bec et ongle, son indépendance par rapport aux pressions extérieures qu’elles soient européennes ou étasuniennes. Le schéma du fédéralisme a montré que les conditions actuelles étaient loin d’être requises pour permettre un rapprochement centripète harmonieux et paisible. L’UE meurt d’un constat centrifuge. Un ensemble de ce type ne réunirait guère que la France, la Belgique, le Luxembourg, l’Italie et l’Espagne pour lesquels il n’est même pas sûr qu’une monnaie unique en fasse un ensemble pérenne. On voit de suite que l’introduction de l’Allemagne implique une monnaie nationale ou commune mais pas unique. Sinon ce pays continuerait à ponctionner les richesses des autres par sa suprématie économique.

La politique française actuelle de rapprochement de l’Allemagne, pour en faire soi-disant le noyau dur de l’Europe, n’est pas compatible avec un schéma fédéral avant longtemps incluant ce pays. La solution confédérale d’un ensemble méditerranéen de départ avec les pays cités plus haut et l’introduction d’une monnaie nationale ou mieux commune remplit l’essentiel des conditions intérieures de fonctionnement. Mais les conditions internes ne suffisent pas à permettre une évolution positive d’un tel attelage. La géopolitique doit être définie sous peine de ruiner l’espoir d’une indépendance globale de ces pays. L’Europe est de tout évidence le pré-carré des Etats-Unis. L’arrivée de milliers d’hommes et d’armements supplémentaires dans l’UE, sous prétexte de la dangerosité de la Russie, ainsi que leur insistance pour la signature du Traité transatlantique de libre-échange, sont assez clairs. Ils viennent simplement nous rappeler que l’UE est une création de la volonté américaine. Accepter de continuer dans une attitude servile et blottis sous le parapluie de l’OTAN condamne toute velléité de comportement indépendant. 

Le découpage de l’UE en plusieurs blocs, méditerranéen, germanique, Europe de l’est par exemple doit de tout évidence définir les relations inter blocs et la politique étrangère de ceux-ci. L’idéal serait qu’elles soient identiques ou tout au moins compatibles mais rien ne permet d’assurer qu’il en soit ainsi dans l’état actuel des choses. Toutefois l’idée de donner à cette nouvelle Europe un rôle de médiateur entre l’Amérique du Nord et la Russie mènerait à terme à une autre conception de la politique étrangère. Le fait de se détacher de la tutelle américaine renforcerait automatiquement les liens avec la Russie qui n’attend que cela. On ne peut écarter l’idée qu’à terme l’avenir va vers une Europe de Lisbonne à Vladivostok, tout y tend sur le plan géographique, économique, culturel, et cultuel. Les ressources minières de la Russie et le savoir-faire des pays européens occidentaux créerait un ensemble puissant et viable. Ceci est tellement vrai que les Etats-Unis font tout pour que ceci ne puisse se réaliser en diabolisant la Russie au risque de déclencher une guerre mondiale en désespoir de cause.

Schengen est déjà mort, l’euro va tuer la Grèce, le Portugal, puis l’Italie, l’immigration et le Brexit probable mettent l’UE dans un état où le processus vital est engagé. Nul doute que le malade a des ressources pour prolonger son agonie et l’attitude de l’Allemagne et de la France va être primordiale. François Hollande va avoir des difficultés à finir son mandat et Angela Merkel est déstabilisée par le flux migratoire qui déclenche de plus en plus d’opposition de la part de ses concitoyens et des pays de l’est. Sur fond de catastrophe bancaire et financière mondiale prévisible, sur lente agonie d’un système monétaire mondial, sur risque d’affrontement militaire global, l’UE aux pieds d’argile est en voie de mutation ou de disparition. 

Il n’est pas de grand ensemble qui puisse durer

Dans une démocratie qui n’est plus 

Qu’une caricature de dictature.

La France va devoir choisir ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon