vendredi 2 octobre 2015

Un budget 2016 de cancre obéissant



Le budget 2016 est celui d’une France frileuse et paralysée, obsédée par les injonctions de Bruxelles qui suivent la politique d’austérité à l’allemande. L’État continue à s’endetter mais pourquoi ? Il ne sait pas faire la part entre l’endettement productif et l’endettement mortifère. Une entreprise s’endette pour augmenter sa capacité de production si la demande n’est plus satisfaite par l’offre. Une entreprise s’endette si l’augmentation de sa productivité lui assure une compétitivité dans une demande à satisfaire. Il n’y a pas besoin d’avoir fait l’ENA pour faire marcher son bon sens. Je dirais même plus il vaut mieux ne pas avoir fait l’ENA pour garder un peu de bon sens. L’État n’est pas là pour distribuer l’argent qu’il n’a pas aux entreprises en imposant ses conditions, il est là pour utiliser au mieux pour le bien du pays l’argent que les citoyens et les entreprises lui confient. Une première question à laquelle doit faire face un gouvernement, c’est de se demander pourquoi le bilan de son commerce extérieur est déficitaire et ce d’une façon chronique. Dans un monde idéal ce bilan serait équilibré dans toutes les nations du monde. Notre déficit est chronique, il y a donc une faiblesse qui doit conduire une politique de redressement de l’économie du pays.

Que peut-faire l’État ? Observer d’abord si les pays ayant la même monnaie, l’euro pour nous, sont dans la même situation. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne. Nous avons donc soit un problème de compétitivité, soit une incapacité à répondre suffisamment à la demande en réponse à notre besoin dans l’importation, soit les deux. Dans le premier cas du problème de compétitivité il s’agit du prix de revient des marchandises et des services. S’ils sont trop élevés par rapport à la concurrence, il y a trois raisons principales. La première est le poids des charges pesant sur les entreprises trop lourd par rapport aux autres pays ayant la même monnaie, l’État est alors en cause. La seconde est que le prix de vente est trop élevé par rapport à la qualité du produit, le créneau choisi par les entreprises n’est alors pas le bon, il faut soit arriver à baisser le prix soit augmenter la qualité. C’est cette dernière option qu’a choisie l’industrie automobile allemande avec les voitures haut de gamme et de qualité vendues chères. La troisième raison est celle de la monnaie où l’on voit bien qu’un euro faible par rapport au dollar facilite nos exportations dans la zone dollar. Cette question peut être étendue à une réflexion sur l’intérêt de l’euro qui interdit toute flexibilité de la monnaie unique dans sa zone. 

L’État français est dans l’obligation de baisser les charges des entreprises au niveau des autres pays. La solution choisie de déversement d’argent sous conditions que ce soit d’embauche ou de répartition sur les bas salaires est proprement idiote dans une économie libérale globalisée. L’entreprise joue son existence chaque jour et est la mieux à même de savoir ce qu’elle doit faire de son argent si les charges baissent. De la même façon les salaires ne doivent pas s’éloigner de ceux pratiqués par les autre pays de la zone euro. C’est là le problème d’accueil de pays dans cette zone qui ont des salaires beaucoup moins élevés avec un niveau de protection sociale plus faible. C’est le rôle de l’Etat d’agir pour que cette situation change ou pour sortir de l’euro. Lorsque dans une zone à monnaie unique, les charges des entreprises et les salaires sont équivalents, il reste le levier de l’investissement qui agit sur la conquête de nouveaux marchés ou dans l’amélioration de la compétitivité. L’Etat a aussi un rôle à jouer pour que le crédit soit facilement accessible, et d’un taux d’intérêt équivalent à celui pratiqué dans les autres pays, surtout ceux de la même zone monétaire.

Pour le reste, la responsabilité des entreprises est engagée. L’État ne doit alors pas intervenir sur des mauvais choix conduisant à la faillite, ce qui est trop souvent le cas. Comme dans la vie sur terre, la mort d’êtres vivants est nécessaire pour que d’autres naissent et ce cycle de renouvellement a permis l’adaptation de la vie à des conditions climatiques et environnementales très différentes. Si un pays de la zone euro, citons les Pays-Bas, est capable de mettre sur le marché du porc meilleur marché que nous, et sous réserve que les contraintes de charges, de salaires, et d’investissements soient les mêmes qu’en France, il faut que les paysans augmentent leur compétitivité ou fassent valoir une qualité supérieure justifiant un prix accessible à une autre clientèle. Tout ceci ne peut pas ignorer que la plupart des entreprises vivent de la consommation intérieure. Toutefois elles n’échappent pas pour autant à la concurrence des pays étrangers, on le voit bien dans les produits alimentaires en particulier sur les fruits et légumes espagnols. 

En résumé si l’État ne joue pas son rôle d’harmonisation dans une zone à monnaie unique, il ne reste qu’une seule solution c’est celle de réguler à ses frontières l’afflux de marchandises importées par les taxes douanières. Ne rien faire sur l’harmonisation dans une zone et refuser de rétablir des frontières économiques, et même humaines comme le montre l’arrivée massive d’émigrés, est conduire le pays à sa perte. Maintenir un nombre de fonctionnaires au niveau de 90 pour mille habitants alors qu’il n’est que de 50 en Allemagne est un choix. Certains diront qu’il vaut mieux avoir un fonctionnaire qu’un chômeur. Si l’on peut faire aussi bien sans lui, le raisonnement s’effondre et on a affaire à un improductif dans les deux cas. Le nombre de fonctionnaires est une dépense, indispensable jusqu’à un certain niveau. Au-delà c’est un choix politique, l’argent dépensé-là ne peut plus l’être ailleurs. Si en plus on veut un niveau élevé de prestations sociales, on réduit encore les marges de manœuvre de l’État.

Ceci conduit à une politique d’austérité qui rogne sur les dépenses, en particulier sur celles qu’il confie aux autres, et qui ne peut plus relancer l’économie par les investissements sur les infrastructures. Je suis frappé par notre indigence en matière portuaire alors que nous sommes un pays avec de longues frontières maritimes sur les mers du nord, de l’ouest et du sud. Il n’est pas sûr, comme le souligne la Cour de Comptes, que la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse soit un investissement rentable mais plutôt un investissement politique. Parcourant régulièrement cette autoroute, j’ai constaté qu’en dehors des périodes de vacances le trafic est très fluide. 

Le constat fait encore au niveau du budget 2016, qui n’est d’ailleurs pas bouclé pour l’instant, montre que nous oscillons entre un socialisme mal assumé, où le chômage augmente (Sapin n’en parle plus) et la pauvreté croît, et un libéralisme empêtré dans une pression étatique d’énarque qui n’ont visiblement pas l’étoffe pour permettre d’avoir une voix qui porte au niveau européen mais qui pensent que l’État peut se mêler de tout parce que lui sait ce qui est bon pour les entreprises et doit leur imposer la voie à suivre. La France ne sait pas choisir mais veut le beurre, l’argent du beurre et la crémière par-dessus. 

Le cul entre deux chaises et les deux bras ballants 

L’État donne de la voix pour se vanter d’agir.

Pendant que la France coule doucement 

Et croit qu’une voie d’eau de mer

Peut étancher sa soif ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon