vendredi 23 octobre 2015

Les USA vont bientôt se retrouver seuls en Syrie

Quand je dis seuls cela contient néanmoins la garde rapprochée européenne France-Royaume-Uni. L’Allemagne manœuvre désormais pour juguler le flux migratoire avec la Turquie sans se préoccuper des conséquences de ce rapprochement pour l’ensemble des peuples européens. La France fait pourtant de son mieux pour se faire entendre en clamant à contretemps la nécessaire éviction de Bachar el Assad. Il devient en effet évident que Poutine lance une intervention éclair, prend la peine de ne pas exposer son armée de terre et réussit à former des alliances impensables il y a un mois. Après le ralliement de la Chine, matérialisé par sa présence en Méditerranée, et la présence de l’Iran qui s’apprête à combattre auprès de l’armée légale syrienne, l’engagement coordonné de la Jordanie des actions militaires, et ce à Amman, est un signe très fort de la désagrégation de l’influence américaine sur les pays arabes. Par ailleurs l’Arabie Saoudite se prête au dialogue avec la Russie, le pétrole n’est sans doute pas étranger à ces discussions. Ce pays mène une guerre des prix qui handicape la Russie mais fait encore plus mal aux USA avec leur gaz de schiste qui devient trop cher à moins de 50$ le baril.

Un autre pays qui jouait double jeu avec les USA, c’est la Turquie. Erdogan est pris à son propre piège et ses intérêts ne peuvent se comprendre sans l’aspect du transit du futur gazoduc sur son territoire, projet juteux et engagé. Néanmoins son appartenance à l’OTAN et son problème avec les Kurdes rendent indésirables les actions russes qui affaiblissent les forces de l’ISIS que combattent les kurdes. Un incident provoqué à la frontière turco-syrienne avec l’aviation russe serait la bienvenue pour mettre Poutine dans l’embarras. Ce dernier joue très fin avec ce pays et l’on voit combien la diplomatie russe surclasse celle calamiteuse, magouilleuse et finalement honteuse des USA. Même Israël, mobilisé par la révolte palestinienne, est obligé d’admettre que la Russie est maître du jeu et ne peut oublier la grande masse de juifs russes installés chez lui. Poutine a tracé les lignes rouges aux actions israéliennes mais Israël reste le bras armé (ou la tête pensante) des États-Unis. Néanmoins la Russie est en train d’apparaître la nation qui peut garantir un règlement du conflit qui assurerait aussi la sécurité d’Israël vis-à-vis de la Syrie reconstituée en tout ou partie. 

La stratégie et la diplomatie russes ont l’énorme avantage d’être énoncées clairement et elles s’expriment sur trois axes principaux. C’est d’abord le maintien d’un pays syrien stable et allié à la Russie avec une implantation militaire renforcée de celle-ci à Tartous et Lattaquié. C’est ensuite le démantèlement du terrorisme islamique qui mettra un frein à l’action américaine de déstabilisation des anciennes républiques islamiques de l’URSS pour y mettre des dirigeants pro-américain et insuffler des terroristes en Russie. La guerre de Tchétchénie a laissé des traces chez les russes. C’est enfin la nouvelle présence russe dans les relations stratégiques, économiques et pétrolières avec le Moyen-Orient.

S’il s’agit là de motivations purement russes, il faut y ajouter le grand bouleversement mondial que constitue un monde multipolaire déjà symbolisé par les BRICS. Tous ces pays et d’autres qui s’y joignent progressivement sont en train de se coordonner sur le plan économique, monétaire, financier et militaire. Le dollar est remis en cause comme monnaie de réserve, une nouvelle banque commune va concurrencer la banque mondiale et de grands projets d’investissement en Asie en découlent. La puissance militaire russo-chinoise vient se hisser au niveau des USA. D’ailleurs les russes ont pris une avance impressionnante dans la guerre électronique. De véritables zones d’exclusion de tout engin aérien non autorisé, sous peine d’une électronique de bord rendue inopérante, sont créées en Syrie de l’aveu même du général américain Phillip Breedlove commandant l’OTAN. Les 26 missiles tirés depuis la Mer Caspienne, dont la portée était évaluée à 300km, ont franchi 1.500km en traversant l’Iran et l’Irak à faible altitude pour atteindre les cibles prévues. Du coup les USA retirent leur flotte du Golfe Persique dont le porte-avions Roosevelt, 26ème Président des USA… le message codé a été reçu.


La donne est complètement changée. Tous les intervenants dans le conflit Syrie-Irak sont obligés d’abattre leurs cartes et la duplicité de la Turquie et des occidentaux apparaît au grand jour. Poutine les humilie militairement et diplomatiquement par une intervention qui va s’avérer décisive sous réserve que des troupes puissent assurer le contrôle des zones libérées. Son intervention 2015 à Sotchi devant la réunion annuelle du club Valdaï se nourrit de nos contradictions. Il rappelle que nous sommes intervenus au Kosovo sur demande du gouvernement légal et que nous sommes malvenus de lui reprocher de faire de même en Syrie. La France est sans aucun doute le pays qui se couvre le plus d’opprobre et ne sait plus comment il doit se sortir d’un isolement diplomatique qui tourne au fiasco. La Russie est de retour et c’est elle qui apparaît, jusqu’à nouvel ordre, avoir les habits les plus propres. A l’approche des élections présidentielles, les USA entrent de plus dans une zone de faiblesse décisionnelle. Elle se trouve déjà obligée de rameuter ses vassaux pour continuer à maintenir un semblant d’ordre en Afghanistan en y renvoyant des troupes. 

Extrait du discours de Poutine lors de son discours au club international Valdaï le 24 octobre 2014 :
« Dans une situation où vous aviez la domination d’un pays et de ses alliés, ou plutôt de ses satellites, la recherche de solutions globales s’est souvent transformée en une tentative d’imposer ses propres recettes universelles. Les ambitions de ce groupe sont devenues si grandes qu’ils ont commencé à présenter les politiques qu’ils concoctaient dans leurs corridors du pouvoir comme le point de vue de l’ensemble de la communauté internationale. Mais ce n’est pas le cas. La notion même de « souveraineté nationale » est devenue une valeur relative pour la plupart des pays. En essence, ce qui était proposé était cette formule : plus la loyauté de tel ou tel régime en place envers le seul centre de pouvoir dans le monde est grande, plus grande sera sa légitimité. » 

Le chaos voulu et généralisé saute désormais au nez de ses auteurs dans une évolution de moins en moins maîtrisable. Il reste l’Europe qui cherche toujours l’aile protectrice de l’OTAN et la manne économique des lobbies qui arrose d’argent et de présents tous les députés et commissaires européens. Le TAFTA va lui passer le dernier licou. Les banquiers et le cartel des grandes entreprises vont s’implanter un peu plus dans nos pays pour extorquer au moindre prix le labeur des peuples, et les militaires pourront rallumer la peur de la guerre pour montrer leur utilité. Le monde multipolaire des BRICS ne sera peut-être pas finalement meilleur mais il ne peut être pire que celui que celui où nous englue le Nouvel Ordre Mondial auquel nos politiques font allégeance. Le souci carriériste, beaucoup plus que du bien commun, de politiciens de métier, pantins finalement de la grande Cabale, les discrédite jour après jour. Un souffle nouveau ne peut que faire mieux respirer le monde. 

La Russie ne sauvera peut-être pas le monde mais elle peut le délivrer 

D’une emprise hégémonique sur un grand nombre de peuples

Qui date de la fin de la Première Guerre Mondiale 

Soit tout prêt d’un siècle d’esclavage !

Après la chute du mur de Berlin 

Brisons le mur de la peur ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon