lundi 26 octobre 2015

Tournant dans la politique énergétique française ?



Le 24 octobre 2007, le Parlement européen a voté une résolution établissant que l’énergie nucléaire « est indispensable pour couvrir les besoins énergétiques de l’Union Européenne à moyen terme ». Le Parlement européen rappelait :

  • « le rôle de la fission nucléaire dans la sécurité de l’approvisionnement »,
  • que « l’Europe est notamment leader des technologies de l’énergie de fission nucléaire »,
  • « l’importance de la plateforme technologique pour une énergie nucléaire durable, lancée en septembre 2007, dans l’établissement d’un agenda stratégique européen de recherche sur la fission nucléaire ». Elle invitait également à « développer, les réacteurs nucléaires de nouvelle génération ». 
Le 11 mars 2011 a eu lieu au Japon la catastrophe de Fukushima, accident industriel majeur, à la suite du séisme et du tsunami de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku. En ouverture de la première conférence environnementale en septembre 2012, François Hollande, tournant le dos à la résolution du Parlement européen sur la nécessité du nucléaire, annonçait que la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) fermerait "à la fin de l'année 2016". C’était l’une de ses 60 promesses de campagne qui comportait l’objectif de ramener le nucléaire à 50% de la production totale grâce aux énergies renouvelables EnR. 

Concomitamment Angela Merkel annonçait le retrait du nucléaire en Allemagne et une politique tournée vers les EnR. En France le 2 mars 2015, alors que les doutes sur cette fermeture s'intensifiaient, le Président a réaffirmé cet engagement évoquant "l'horizon de la fin du quinquennat". "Cela reste vrai", a assuré François Hollande, lors d'une visite du Premier Ministre québécois. Pourtant plus de 7 mois plus tard, le 26 octobre 2015, Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF annonçait la relance du nucléaire par EDF avec la perspective de lancement de 30 à 50 réacteurs nucléaires d’ici 2050. Que se passe-t-il alors que l’énergie nucléaire est diabolisée en exacerbant les peurs naturelles de la population et en soulignant exagérément sa dangerosité, parfois par idéologie, souvent par méconnaissance ? Car enfin EDF est une entreprise sous le joug de l’État. Serait-ce les lois de la physique qui auraient illuminé le cerveau de nos politiques ? Pourtant politiquement le choix des EnR semblait payant. Une partie de la population a tendance à diviniser les EnR, à magnifier leurs vertus et à leur accorder des capacités qu’elles ne possèdent pas. Le potentiel théorique de production des EnR, notamment celui du vent et du soleil, est considérable mais c’est une énergie « diluée ». Il faut de gigantesques moyens (éoliennes et panneaux photovoltaïques par exemple) pour en récupérer une infime partie.

Alors que le Président prépare fébrilement COP21 pour décembre, il y a là un revirement apparemment inexplicable. Réfléchissons. La France est aux abois pour respecter ses engagements envers Bruxelles, le budget 2016 est bricolé et tient essentiellement aux largesses en liquidités que la BCE de Mario Draghi va déverser jusqu’en 2017. Cela est espéré maintenir notre économie à flot mais nous faisons globalement moins bien que la moyenne des pays européens et la machine à austérité s’essouffle car la pente est de plus en plus pénible à gravir sans perdre des voix électorales. Et si c’était finalement les raisons économiques qui l’emportaient sur l’idéologie de l’écologisme à tout crin ? Le Royaume-Uni relance le nucléaire et la transition énergétique se passe de plus en plus mal sur le plan économique en Allemagne, pays leader dans les EnR avec le Danemark.

Fin 2013 les consommateurs allemands avaient déjà payé 109 milliards d'euros pour les EnR depuis 2000, et les augmentations n’ont pas cessé depuis. Entre 2000 et 2013, le prix réel de l'électricité domestique a augmenté de 80%. Le cabinet McKinsey montre que les prix de l'électricité domestique en Allemagne ont augmenté de 48% par rapport à la moyenne européenne. Dans le même temps, les prix énergétiques européens ont augmenté de 40% entre 2005 et 2013, contrairement à ceux des États-Unis qui ont baissé. Rien que pour le solaire, l'Allemagne s'est engagée à payer des subventions de plus de 100 milliards d'euros sur les 20 prochaines années, bien que le solaire ne constitue actuellement que 0,7% de la consommation primaire en énergie. Cela a-t-il diminué les émissions de CO2 ? L'Allemagne a augmenté ses émissions de CO2 depuis sa sortie du nucléaire entamée en 2011, et cela, malgré les subventions incroyables consacrées aux EnR. Pire, selon les recherches effectuées par quelques-uns des plus éminents économistes de la planète, incluant trois Prix Nobel, pour le Copenhagen Consensus Center, les subventionnements actuels des EnR sont si peu bénéfiques que sur chaque euro dépensé en subvention, 97% est gaspillé. 

Quand on racle les fonds de tiroir et que l’on crie que l’on n’augmente pas les taxes et les impôts, cela fait réfléchir non ? Le patron d’EDF, qui se bat pour essayer d’exister dans le marché des EnR qui ne survit que par les subventions, a sans doute profité de son arrivée pour mettre les chiffres sur la table. Par ailleurs, notre nucléaire, malmené par les orientations gouvernementales, décrié, ridiculisé par les retards de Flamanville alors que les chinois vont mettre en service leur réacteur de même type avant nous tout en l’ayant commencé après nous, demande que notre supériorité dans ce domaine redore son blason. Le marché britannique de deux réacteurs français n’est obtenu qu’en laissant la construction aux chinois ! La relance de notre nucléaire s’adjoint un allongement de la durée de vie des centrales existantes qui passe de 40 à 60 ans, comme aux États-Unis. C’est un tournant à 180° qui renie la promesse faite aux écologistes avant la Conférence COP21 chargée de pousser la cote de François Hollande dans l’esprit des français ! 

Reconnaître son erreur est une preuve d’intelligence

Sauf que gouverner c’est prévoir ! 

Mais y-a-il toujours un…

Pilote dans l’avion ? 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon