dimanche 18 octobre 2015

Diplomatie française out, la Russie notre sauveur ?



« Vladimir Poutine défend les intérêts de la Russie et ceux de la France. La coalition russe a un objectif et une stratégie claires, alors que la coalition américaine est dans la confusion. Les frappes françaises sont uniquement politiques et idéologiques. » dit le général Desportes, ancien directeur du Collège interarmées de défense (CID), de 2008 jusqu’à l’été 2010. La Russie s’est investie en Syrie en provoquant un effet de surprise et son engagement est total contre toutes les forces anti-Assad. Elle arrive à la demande du gouvernement légal syrien et rameute tous ses partenaires, Iran, Liban Hezbollah, et bientôt Chine qui est déjà présente en Méditerranée. L’effet de surprise a ébranlé toute la stratégie américaine et la qualité des forces russes oblige les États-Unis à reculer. Ces derniers ne peuvent plus cacher leur double jeu de soutien à l’Etat Islamique et la faible qualité de ses frappes contre lui. La Turquie abat ses cartes en demandant à la Russie de ne pas frapper Daesh. L’Arabie Saoudite est contrainte d’avouer qu’elle a permis la formation de l’EI et Israël ne peut plus cacher qu’il est partie prenante aussi dans le double jeu qui n’est en fait qu’une guerre contre Bachar el Assad et le Hezbollah. L’offensive russe vise principalement d’abord les forces rebelles, Al-Nostra, entité syrienne d’Al-Qaïda. La carte ci-contre est explicite sur les raisons qui guident l’offensive russe avec le souci de protéger Lattaquié et de défendre Alep. Par contre la coalition dont nous faisons partie se disqualifie en soutenant Al-Qaïda dans un virage à 180° où l’ennemi devient le partenaire.

Pour un officier d’État-major on ne peut qu’être admiratif sur l’intervention russe malgré tous les risques pris sur la paix du monde. L’effet de surprise est une des bases de la stratégie militaire et a fait ses preuves. C’est ainsi que la Russie a aussi surpris tout le monde par la qualité de son armée. Ils sont devenus maîtres dans la guerre électronique en paralysant l’offensive des alliés de la coalition ourdie pour « neutraliser Bachar ». L’offensive américaine, préparée aussi par notre Etat-Major, a été stoppée au large de la Syrie, les communications entre les différentes composantes aériennes et maritimes ayant été brouillées par les russes. Désormais les forces russes sont en mesure de perturber tous les engins aériens, avions et drones et même de les forcer à atterrir. A contrario ils peuvent éviter que tous les moyens actuels de repérage des leurs soient efficaces. La Russie vient de prendre un avance décisive dans la guerre électronique.

Visiblement l’attitude des États-Unis est antirusse comme le montre leur refus de coopérer sur la récupération des pilotes abattus des deux pays contraints de se parachuter sur des zones ennemies. Mais le Moyen-Orient est en train de sortir de l’emprise étasunienne. La Russie suit une ligne claire qui est l’élimination de l’État Islamique jusqu’en Libye et par là-même la prise de contrôle du Moyen-Orient, y compris les monarchies du Golfe. L’Arabie Saoudite devient fragile par suite d’une guerre de pouvoir qui peut la faire tomber rapidement. Par ailleurs la Russie ne lâchera pas Bachar ni son port de Tartous sur la Méditerranée. Si la Russie a pris le risque c’est qu’elle se sent forte politiquement et militairement.

On ne peut que pleurer sur la politique extérieure française. Sur le plan africain, la faiblesse de nos forces et notre échec de mobilisation d’une force européenne ne permettent pas de résoudre le problème du djihadisme et va finir par être une présence d’autoprotection de nos propres forces. Sur l’Ukraine, rien n’est résolu, la Crimée restera russe et Poutine ne laissera pas les enclaves russes en Ukraine sans un statut d’autonomie garantissant la pratique de la langue russe. Dans ce bras de fer, il y a l’Allemagne avec les États-Unis derrière et la Russie, nous n’avons qu’un strapontin américain. Les États-Unis sont en effet très présents à Kiev dans tous les rouages de l’État ukrainien. Au Moyen-Orient nous menons une politique honteuse et misérable. Notre suivisme des États-Unis dans les frappes en Syrie et en Irak nous met au centre de leur double-jeu et ceci d’autant plus que nous frayons avec l’Arabie-Saoudite, qui a participé à la création de l’EI. La France, pays des droits de l’Homme, vient supplier ce pays de lui acheter des armes, dans une attitude mercantile indigne de ce pays. Il faut être bien bas pour se laisser salir ainsi et fermer les yeux en oubliant que ce pays est l’un des pays les plus éloignés du respect des droits de la femme entre autres et nourrit le djihadisme. 

Vu les moyens engagés par les russes et leurs alliés, on peut prédire une victoire rapide sauf si les États-Unis nous engagent dans une confrontation plus directe et plus claire. Il ne faut pas oublier Israël qui peut devenir le bras armé des États-Unis, ceux-ci ayant du mal à faire accepter l’engagement de leurs troupes au sol. Déjà la Russie a spécifié à Israël qu’elle n’admettrait pas que celui-ci s’oppose à son offensive globale sur toutes les forces anti-Bachar ou s’attaque à ses alliés. Or pour Israël les ennemis c’est le Hezbollah et l’Iran. Plus la victoire russe sera rapide et complète, moins le risque d’élargissement de la guerre sera présent. Visiblement Poutine le sait, si l’on en juge par l’ampleur de son engagement. Si la Russie ne fait que protéger ses frontières des menaces étasuniennes et chasse les États-Unis du Moyen-Orient, celui-ci peut retrouver un nouveau découpage plus stable dans lequel la sécurité d’Israël serait garantie par la Russie. Un tel grand tournant de l’histoire présage que les risques sont grands de voir les États-Unis de plus en plus agressifs telle la bête blessée. Nous verrons probablement se dessiner ce changement quand l’Etat Islamique sera repoussé au sud vers son géniteur… l’Arabie Saoudite. 

Dans ce grand tournant de l’histoire du monde 

La France perd un peu plus de son aura

Elle récupère la haine musulmane 

Et vend son âme pour ne pas…

Pourrir inexorablement ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon 
Commandant de réserve du Service d’État-major