mercredi 7 octobre 2015

La France dans un mauvais courant d’Air



Après les déclarations de nombreux politiques et de membres du gouvernement, l’arrivée massive des « réfugiés » a été assimilée à un « appel d’air ». Le caractère léger de cette définition d’un mouvement humanitaire, qui entraîne des drames et des morts humaines, la rend proprement indécente. Elle n’est que le reflet du peu de cas que cette affaire suscite en haut lieu tant que la population ne manifeste pas. L’arrivée en France ne sera que massivement progressive au fur et à mesure que les pays européens feront sentir aux arrivants leur trop-plein. Les français ne verront pas arriver des milliers de migrants en une seule journée, ils les digèreront lentement mais sûrement qu’ils le veuillent ou non. Pour les politiques, ce n’est en effet qu’un appel d’air qui n’appelle aucune autre préoccupation que locale et au fil du temps. L’important reste les élections régionales et présidentielles qui débouchent sur les législatives. Ces évènements à venir sont autrement importants, l’air de rien. Ils sont conscients qu’un violent appel d’air peut les éloigner du pouvoir législatif ou exécutif, eux pour qui cela représente la seule bouée de sauvetage ou le couronnement d’une carrière passée dans les bras de l’Administration.

Cet appel d’Air France a pourtant fait parler de lui avec un évènement médiatisé de molestations de cadres supérieurs de cette entreprise. « Ces évènements sont inadmissibles et doivent être condamnés » dit Valls. « L’image de la France est écornée » dit Hollande. Ces deux-là ne manquent pas d’air. Le premier, Valls, semble avoir oublié l’une des raisons des difficultés d’Air France, et même la première à savoir la concurrence des compagnies low-cost. Quelle est la première mesure qu’a prise Ryanair ? Mettre son siège social en Irlande pour bénéficier d’impôts sur les sociétés beaucoup plus faibles. Qui définit les impôts sur les sociétés ? Celui qui gère la France, Valls. Pourquoi l’Irlande peut-elle le faire et pas nous ? Parce que l’Irlande a consenti à revoter la Constitution européenne à condition de pouvoir maintenir cette exception européenne. Le second, Hollande, semble avoir oublié qu’il est l’auteur du plus bel affront que peut faire un pays à un autre en matière économique, c’est de signer un contrat et de ne pas l’honorer. Un tel acte discrédite une entreprise, il en est de même d’un Etat qui est censé être le représentant dont la crédibilité se répand de plus sur toutes les entreprises du pays. 

Donc avant d’accuser des salariés, devenus violents parce qu’on leur ôte leur emploi, ces deux chefs de notre pays feraient mieux de faire d’abord leur autocritique et avouer qu’ils ne savent pas juguler le chômage, que notre croissance est trop faible et n’est même pas à la hauteur de la moyenne européenne, et que notre dette continue à augmenter. Par ailleurs ils devraient comprendre que licencier 2.900 salariés dont 1.300 au sol est un acte porteur de désespoir. Ces derniers avaient d’ailleurs réalisé les gains de productivité qui leur avaient été assignées. Lorsque l’on balance un tel plan de diminution du personnel, on peut s’attendre à des réactions vives qui dépassent celles des syndicats. L’exfiltration du PDG dès le début de la réunion montre que celui-ci savait ce qui pouvait se passer. La colère ne pouvait alors s’adresser qu’aux responsables qui se trouvaient piégés dont évidemment le DRH.

Comme pour Louis XVI fuyant jusqu’à Varennes pour finir au bout d’une pique, la colère populaire est révolutionnaire et violente. Sa seule excuse est l’exaspération et un sentiment d’injustice. Si les pilotes ont refusé d’aller plus loin que 13% de gain de productivité, ce n’était pas le cas du personnel au sol. Il avait rempli son contrat et il se voit remercié par des suppressions drastiques d’emploi. Air France ne peut soutenir la concurrence, mais c’est la faute de qui ? Dans l’ordre c’est l’Etat, ensuite les gestionnaires et enfin du personnel qui n’a que la grève pour se faire entendre. Remarquons d’ailleurs que les agriculteurs utilisent fréquemment des moyens violents pour se faire entendre et pas seulement les bonnets rouges. Lorsque dans un pays l’exaspération monte, elle peut mener le pays à une fronde généralisée et pas sur l’air des lampions. C‘est d’ailleurs sans doute ce qui peut lui arriver de mieux. 

Le peuple se rend compte qu’il n’a plus aucune influence sur son destin par les voix démocratiques ou pseudo-démocratiques. Les élus, de plus en plus, ne représentent qu’eux-mêmes et les hommes du pouvoir exécutif captent le pouvoir législatif pour donner notre pays au monde de l’économie mondiale que gèrent la Haute-Finance et quelques centaines de lobbies. Les fameuses « loi Macron » démantèlent les tribunaux Prudhommaux et envisagent de s’attaquer au Code du Travail. On peut craindre qu’il s’agisse plutôt de diminuer les possibilités de recours du salarié plutôt que d’une véritable simplification. Il est contradictoire de prétendre vouloir un « dialogue social apaisé » et de tout faire pour démanteler les institutions et les règles qui permettent à ce dialogue social d’exister. Le social-libéralisme ne faillit pas au talon d’Achille du capitalisme qui peut donner lieu à un transfert de l’argent de bas en haut dans une prospérité qui augmente les inégalités comme l’indicateur Gini le met en lumière depuis la fin du XXème siècle. Philippe De Villiers appelle à la dissidence, c’est tout ce qui reste à un peuple bafoué, cocufié et exploité par ses gouvernants, l’UE et les puissances de l’argent. La « Révolution des casseroles » des Islandais montre que le peuple peut faire sa révolution pacifique mais radicale car l’Air de France est de plus en plus vicié. 

L’entrée dans une économie libérale contient le mot « liberté », 

Liberté d’entreprendre, liberté de posséder et de partager.

Lorsqu’elle signifie exploitation, spoliation, pauvreté, 

Restriction des libertés, enfumage et soumission

Elle se nomme l’esclavage des peuples ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon