samedi 3 octobre 2015

La paix du monde se joue au Moyen-Orient



Le double-jeu des occidentaux a fini par menacer l’existence même de la Syrie et de son Président Bachar el Assad. A force de faire semblant de combattre Daesh tant que celui-ci menaçait les forces syriennes légalistes, l’objectif réel des occidentaux était sur le point d’être atteint, à savoir la mainmise sur toute la Syrie. En même temps Daesh a largement débordé du cadre qui était prévu et son influence a explosé dans le monde musulman lui permettant de rallier de nombreux groupes djihadistes et d’être présent bien au-delà de son territoire irako-syrien, de la Libye à l’Afghanistan. Daesh devient désormais une menace pour tous les pays non musulmans alors que son combat était au départ un combat religieux de prééminence dans l’oumma. L’intervention des occidentaux fait évoluer cet Etat Islamique vers une guerre de religion à vocation mondiale.

Les européens en prennent conscience depuis les menaces proférées contre eux par l’EI et par l’afflux de réfugiés qu’ils continuent à dénoncer. Ils plaident que c’est le fait de Bachar el Assad alors qu’il est désormais évident que, comme en Syrie, nous en sommes à l’origine et que c’est notre complaisance envers tout ce qui pouvait nuire à Bachar el Assad qui a alimenté cet afflux. Nous avons suivi aveuglément la stratégie américaine du chaos en se donnant bonne conscience avec l’accusation d’utilisation d’armes chimiques, pourtant détruites par Bachar el Assad, sous contrôle international d’ailleurs. De plus l’enquête onusienne, non publiée officiellement mais connue, a conclu que cette utilisation avait été faite par les forces anti-Assad. Pour faire bon poids on a ajouté les massacres d’Assad et la lutte pour la démocratie dans le monde alors que la Syrie était l’un des pays les plus démocratiques du monde musulman du Moyen-Orient. Désormais la France se dit en état de légitime défense et incite tout le monde à détruire Daesh, dont les russes, oubliant qu’elle n’a que peu affaibli celui-ci et a été de connivence avec les USA qui ont permis son éclosion et aidé à sa survie. 

La menace de chute d’Assad et de l’implantation menaçante de Daesh ont poussé Poutine à intervenir après s’être assuré que le calme revenait en Ukraine. Prenant acte du double-jeu occidental, Poutine lance ses forces armées au secours d’Assad pour combattre l’ensemble des forces anti-Assad dont Daesh. Il obtient un tonnerre d’applaudissements dans son intervention à l’ONU et devient l’homme incontournable de ce conflit. Tout change alors. Cette fois les frappes aériennes sont et vont être parfaitement ciblées pour désorganiser les forces anti-Assad, toutes même celles soutenues par les occidentaux. La France se trouve diplomatiquement isolée dans son discours anti-Assad, l’urgence n’est plus là. La Russie se prévaut d’une demande d’intervention du gouvernement légal syrien. La Chine arrive avec son porte-avion et 1.000 fusiliers, l’Irak chiite accueille les avions russes au nez et à la barbe des américains, les iraniens font un front de coalition et sont en Syrie.

Ce n’est pas le nez de Cléopâtre qui va changer la face du monde mais l’arrivée fracassante de la Russie sur la scène internationale. Lorsque la Russie, la Chine et l’Iran font front commun, avec des objectifs totalement différents de ceux des occidentaux, tout peut arriver. Cette coalition veut lutter contre toutes les forces terroristes mais en s’appuyant sur Assad, les occidentaux ne veulent que contenir l’Etat Islamique tout en aidant les autres forces anti-Assad dont Al Qaida et mettre la main sur la Syrie. C’est donc à une opposition frontale à laquelle nous assistons et cette fois le leadership est russe et non américain. Il est symptomatique de constater que les gouvernements turcs et irakiens prennent leur distance. Israël, débouté de son désir d’en découdre avec l’Iran par les USA, ne veut pas être absent de son terrain de jeu et projette de combattre sur le territoire syrien en plus de son intervention aérienne avec ses propres objectifs d’expansion. Il risque de compliquer la résolution du problème de la Syrie et de l’Irak. 

Nous sommes donc devant un grand bouleversement dans les rapports de force et les USA sont atteints au plus profond de leur stratégie. Obama en fin de parcours présidentiel peut difficilement mobiliser le peuple américain et le Congrès pour déclencher une guerre de blocs sans se servir d’un incident réel ou non, mais suffisamment important et crédible, l’affrontement militaire. Mais reculer devant la Russie serait l’aveu du déclin de la puissance américaine et de son hégémonie. Nous revivons sous une autre forme l’affaire des fusées de Cuba, mais cette fois la Russie ne pliera pas. Son engagement est total et la Chine, harcelée par les USA sur son pourtour maritime, entend bien remettre en cause l’hégémonie américaine. Les BRICS, la création d’un fonds commun d’investissement, la création d’une Banque concurrente de la Banque mondiale, le rapatriement de l’or, le désengagement des obligations américaines, sont autant de signes que l’équilibre du monde est en train de changer. Poutine a clairement exprimé à l’ONU son choix d’un monde multipolaire.

Ces changements se passent rarement sans dégénérer en conflits armés. Les USA restent la première puissance militaire du monde et nous y sommes liés par l’OTAN. Obama n’est que le pion politique d’un complexe militaro-industriel pour lequel la guerre est toujours une source de profit auquel le monde de la Haute-Finance s’associe. Les médias et les politiques sont soit aveugles soit nous cachent l’ampleur des évènements en cours. C’est déjà le monde qui est présent sur le théâtre conflictuel irako-syrien et même du Moyen-Orient. En effet la guerre du pétrole s’y joue aussi entre le gaz de schiste américain et le pétrole saoudien. Le Moyen-Orient est devenu une poudrière. Seule une victoire rapide de la coalition syro-russo-chino-irako-iranienne peut éviter que les tensions arrivent à leur paroxysme et provoquent la guerre générale. Mais de toute façon la face du monde vient de changer et la France, le nez dans le guidon, recommence comme en 1939, elle est à côté de la plaque et de l’histoire du monde. 

La France, pour avoir cru que son avenir était de l’autre côté de l’Atlantique,

Ne prendra que bien après les autres le train de l’Eurasie de demain, 

Mais à force de passer son tour, elle y entrera…

En guenilles et en mendiante ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon