jeudi 15 octobre 2015

Diesel taxé, une fausse bonne idée sauf que…



Dès 2016 le gouvernement enclenche un rattrapage des taxes sur le diesel par rapport à l’essence. On aurait pu souhaiter que l’on baisse tout simplement les taxes sur l’essence sans augmenter celles sur le diesel sauf que… cette petite manipulation de +1c€ sur le diesel et de -1c€ sur l’essence rapporte plus de 200 millions d’euros à l’État qu’il va soi-disant reverser généreusement aux collectivités territoriales. J’attends qu’elles avouent l’avoir réellement touché sans qu’une contrepartie ne leur soit demandée. Ce petit jeu, que l’affaire Volkswagen a permis de lancer, n’est en fait qu’une diminution du pouvoir d’achat de citoyens ciblés.

Que peut-on en espérer en 2017 où cette mesure peut être remise en cause par le prochain Président ? Sur le plan de l’incitation à acheter un véhicule à essence l’effet sera évidemment « epsilonesque ». En effet les fluctuations du prix de l’essence et du diesel sont d’une autre ampleur dans le prix du baril de pétrole. Les prix à la pompe varient également plus que cela d’une station-service à une autre et tout le monde ne fait pas automatiquement le détour pour avoir le prix le plus bas. Nous vanter cette idée de taxation finalement supplémentaire sous le prétexte de favoriser l’achat d’un véhicule à essence ou électrique est une escroquerie de plus. Les crânes de Bercy ont trouvé une astucieuse façon de pomper de l’argent. Mais toute taxation supplémentaire réduit le pouvoir d’achat et est néfaste à la consommation, donc au chômage. 

On passe sous silence que le diesel consomme moins que l’essence et rejette moins de gaz carbonique. Sur le plan des particules fines, les véhicules d’aujourd’hui ont réduit les émissions de façon spectaculaire même si les normes vont plus vite que les progrès techniques et poussent les constructeurs à tricher. Si Volkswagen a triché, on sait déjà que la plupart des véhicules récents ne respectent pas les normes en conditions normales d’utilisation d’après un organisme indépendant situé en Allemagne. Encore une fois d’une part on fait évoluer des normes sans avoir l’accord de possibilité par les constructeurs mais d’autre part on handicape une énergie qui a montré qu’elle a des qualités spécifiques et qu’elle progresse d’année en année pour réduire ses nuisances.

Il se trouve que c’est Peugeot qui est le leader mondial de cette technique de motorisation, une entreprise française. L’opprobre jeté sur le diesel ne peut que faire du mal à cette entreprise. On répète ce que l’on fait pour le nucléaire et on s’étonne après de se faire doubler par les russes. Il y a dans ce gouvernement un rejet systématique du progrès qui est désolant pour nos industries. Le gain maximal est dans le rajeunissement du parc des véhicules diesel si l’on veut parler environnement. Mais globalement il est toujours beaucoup plus rentable d’investir dans les progrès de non-pollution faits par les constructeurs que dans la taxation aveugle des consommateurs ayant un véhicule polluant. 

D’ailleurs on a poussé les consommateurs à acheter du diesel et il est tout-à-fait irrecevable de taxer les propriétaires des véhicules déjà en service quand l’État change d’avis. On ne peut comprendre cela que dans un malus sur les véhicules neufs adapté à leur niveau de pollution, car alors il s’agit de s’adresser à un consommateur averti. Le bonus donné pour l’achat d’un véhicule électrique est tout aussi contraire au bon fonctionnement d’une économie libérale. En effet on sait depuis longtemps que des progrès importants sont faits sur les moteurs à hydrogène. Donner un bonus pour l’achat d’un véhicule électrique, c’est inciter les constructeurs à mettre en sommeil les études sur le moteur à hydrogène qui s’avère un progrès technologique important ne demandant pas l’implantation des points de distribution de l’électricité partout en France.

Imposition supplémentaire pour un gain sur la pollution hypothétique, puisqu’il ne tient qu’à la volonté du consommateur de changer de véhicule, et frein mis au progrès sur le diesel et le moteur à hydrogène montrent déjà l’ineptie de ces mesures. En effet le moteur diesel a des qualités auxquelles le consommateur est sensible. Les moteurs non seulement consomment moins mais ils tournent moins vite et leur longévité est donc plus grande. Les représentants de commerce qui roulent beaucoup préfèrent le diesel car le gain de consommation et la longévité permettent de compenser largement le surcoût à l’achat. 

Par ailleurs pousser le véhicule électrique par un doublement du bonus alors que le réacteur nucléaire de Flamanville a pris du retard et que l’on projette l’arrêt de Fessenheim est proprement incohérent. On ne prévoit pas une surconsommation quand on risque de ne pouvoir assurer celle-ci. La production intermittente des éoliennes n’est pas de nature à pouvoir assurer le service à tout moment. Notre politique énergétique mâtinée écologique n’en est pas à une contradiction près pour aider les vues politiques de nos gouvernants où la réussite de COP21 et des régionales passent avant toute cohérence et toute gestion économique de notre pays. La taxe reste le moyen commode de faire coïncider les vues politiques avec les impératifs économiques de dépense. Vous me direz peut-être qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat pour 1c€, c’est vrai sauf que ce sont tout-de-même des sommes importantes qui rentreront dans les caisses de l’État pour ressortir sous forme de bonus sans qu’un semblant de cohérence soit visible et sans que nous puissions juger des résultats de telles mesures. Les pics de pollution à Paris ont souvent pour origine l’Allemagne par vent d’est. Qui pourra alors juger de l’abaissement éventuel de l’impact du transport routier ? 

Notre pays cherche désespérément de la croissance. 

La véritable croissance est liée au progrès

Et elle est plombée par les taxes 

On a encore tout faux ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon