jeudi 22 octobre 2015

Fédéralisme et souveraineté sont-ils conciliables ?



Un très intéressant article de Sophie Heine dans Contrepoints fait une analyse pertinente de la montée des mouvements eurosceptiques en soulignant les différences entre les mouvements populistes de gauche et de droite. Par contre elle développe l’idée d’une réconciliation possible entre les européistes et les eurosceptiques sur la base d’un fédéralisme respectant la démocratie et la différence entre les peuples européens. Elle préconise de constituer d’urgence un gouvernement européen accaparant toutes les tâches régaliennes, ce qui inclut la nécessité d’une défense intégrée à la hauteur de ce continent, d’une politique étrangère et économique commune. « L’établissement d’un gouvernement européen doté de capacités de gestion et d’intervention économique, légitime sur le plan démocratique et possédant une police et une armée communes est un impératif plus que pressant. » La raison principale de l’échec serait de vouloir à tout prix gommer le sentiment d’identité nationale et le non aboutissement d’un fédéralisme donnant un sentiment d’appartenance européenne par l’harmonisation des politiques sociales. Elle met en avant la nécessité de la démocratie qui passerait par un renforcement des pouvoirs législatifs du Parlement européen qui ne peut toujours pas créer des lois mais seulement les approuver, les amender.

Malheureusement on retrouve là les idées fondatrices chères à Jean Monet qui trouvent leur écho dans les propos des européistes qui justifient les dysfonctionnement de l’UE par « Pour sortir de ces difficultés, il faut plus d’Europe », sous-entendu aller plus vite vers le gouvernement fédéral s’attribuant l’ensemble des tâches régaliennes au niveau européen. Cette tentative médiatique de vouloir créer un fédéralisme débarrassé de ses oripeaux les plus voyants n’est qu’un cache-sexe qui ne résout rien mais qui essaie de faire passer la pilule du fédéralisme cher aux lobbies et à la Cabale des puissances de l’argent. Le fédéralisme avance à marches forcées mais de plus en plus contre les peuples et non avec eux. L’emprise étasunienne se fait plus voyante et plus pressante dans le domaine militaire avec un renforcement de moyens stationnés dans la plupart des pays de l’Europe. Le rapprochement de la Turquie est en cours avec les négociations sur les immigrés arrivant de ce pays. L’emprise étasunienne sur l’économie se fait de plus en plus dans le secret mais n’en est pas moins impatiente sur la signature du traité transatlantique de libre-échange. La destruction de l’industrie européenne et de son système bancaire est en cours. L’arrivée de la Turquie redevient un sujet d’actualité dans le cadre du resserrement du bloc Europe-USA face à la Russie. Plus l’UE s’élargira plus elle sera manipulable et plus ses liens avec les USA pourront se resserrer.

 La notion d’identité européenne demeure de plus en plus éloignée de l’esprit des peuples malgré les efforts faits pour gommer l’identité nationale. La disparation du drapeau français sur le logo d’Air France, devenu Airfrance, n’est pas anodin. Les grands lobbies sont « anationaux » et vivent à Bruxelles pour ce qui nous concerne. Nous sommes dans un carcan de plus en plus serré nous conduisant à un peuple multiculturel et multi civilisationnel destiné à perdre ses identités nationales pour un package provisoire du vivre ensemble où les peuples de souche ne se reconnaissent plus et abandonnent leur civilisation à la civilisation la plus convaincue, la plus revancharde, la plus encadrée, la plus expansionniste des nouveaux arrivants. Beaucoup plus tard un nouveau bloc de civilisation dominante sera réalisé et les oppositions continueront avec d’autres blocs que la géographie et l’histoire imposeront sur les vestiges d’une civilisation qui se sera aidée elle-même à disparaître.

Les conditions du fédéralisme ne sont pas réunies pour de nombreuses raisons. La première est sans doute qu’il n’est pas issu de la volonté des peuples mais de celles des puissances financières et économiques d’un pays étranger. Il porte ainsi en lui une tare indélébile, celle qui a fait mourir le colonialisme. La seconde c’est qu’il veut fédérer des peuples qui ont une longue histoire qui les a opposés pour la simple raison que leurs origines sont différentes et leur ont donné entre autres des langues différentes. La troisième est que c’est la religion chrétienne qui en a été néanmoins le ciment et que celle-ci est sur le déclin et a été rejetée des fondements des statuts de l’UE. Sa dernière apparition était dans le projet rejeté de la Constitution Européenne et n’a pas été reprise dans le traité de Lisbonne. La quatrième est que l’UE et encore moins l’euro n’ont pas rapproché les niveaux économiques des pays mais les ont au contraire éloignés. Le clivage nord-sud s’est accentué et surtout celui entre l’Allemagne et ses satellites, et les autres pays. 

On ne mélange pas l’huile et le vinaigre, on les force à le faire un temps mais ils finissent toujours par se séparer. Leur nature est incompatible. Il en est de même du fédéralisme européen et du souverainisme. Le fédéralisme se construit par l’apport volontaire par les peuples du pouvoir régalien de l’Etat souverain. Ceci ne peut se faire que dans un accord incluant l’espoir d’un avenir meilleur, accord de plus non contraignant pour l’avenir. Ce n’est pas le cas de l’UE où tout est fait pour rendre la sortie légale difficile, voire non prévue dans le cas de l’euro. Il est de l’intelligence des peuples de décider des avancées qui peuvent les rapprocher pour le bien de tous. Cela peut se passer en dehors des Etats qui n’ont ensuite qu’à avaliser une situation de fait. Ce n’est pas l’UE qui a fait naitre les accords dans l’aéronautique et le spatial, c’est l’intelligence des managers soutenus par des peuples conscients de leur intérêt.

Pour qu’une mayonnaise réussisse il faut que les ingrédients soient à la même température, il en est de même dans le rapprochement entre les peuples. Il faut qu’ils soient proches économiquement, socialement, culturellement, et même cultuellement. De toute évidence nous sommes proches de l’Italie, car notre histoire a grossièrement la même origine gréco-romaine et les économies sont de même nature et de niveau proche. Ce n’est pas le cas avec la Croatie et même le Danemark. Le rapprochement sera donc toujours plus ou moins difficile. C’est même parce que ces conditions n’étaient pas réunies que l’ex-URSS a fini par éclater. Dans le fédéralisme voulu par les USA, l’idée de nation est incompatible. Par contre le souverainisme peut être le ferment solide d’un rapprochement des peuples contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Il y a d’innombrables domaines où les accords bilatéraux, multilatéraux voire européens sont souhaitables et possibles. Ils doivent être librement choisis et ne subir aucune pression des puissances, et des civilisations externes. L’Europe des nations, celle des peuples consentants, se prépare pas à pas dans les bras de la démocratie et non dans ceux qui n’y voient que l’économie et la finance génératrices de flux d’argent allant des plus pauvres aux plus riches. Sous ces conditions le souverainisme et les populismes de droite et de gauche peuvent s’unir pour une autre Europe de demain. 

L’idée de nation, durement acquise au fil des siècles,

Reste le fondement de toute association 

Entre des peuples tous consentants.

La souveraineté reste le ferment 

De l’Europe de demain. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon